Opéra
L’Académie régale du chant en pleine floraison au Palais Garnier

L’Académie régale du chant en pleine floraison au Palais Garnier

02 mars 2020 | PAR Yuliya Tsutserova

Le 28 février 2020, au Palais Garnier, l’Académie de l’Opéra national de Paris a déployé un éventail irisé et séduisant de son équipe polyvalente et internationale au répertoire à la hauteur : des airs emblématiques de Mozart, Berlioz, Wagner, Bizet et Rossini, et deux véritables joyaux de Poulenc (« Pourquoi vous tenez vous ainsi ? » du Dialogues des Carmélites) et Rimski-Korsakov (« Les chansons de Lel » de Sniégourotchka).

Ce concert de gala présente onze artistes d’exception actuellement en résidence à l’Académie : Marie-Andrée BOUCHARD-LESIEUR (mezzo-soprano), Andrea CUEVA MOLNAR (soprano), Fernando ESCALONA (contre-ténor), Ki Up LEE (ténor), Ilana LOBEL-TORRES (soprano), Liubov MEDVEDEVA (soprano), Kseniia PROSHINA (soprano), Ramya ROY (mezzo-soprano), Timothée VARON (baryton), Tobias WESTMAN (ténor) et Alexander YORK (baryton).

En Blondchen et Belmonte, Medvedeva et Westman ouvrent le programme en toute douceur et galanterie avec « Durch Zärtlichkeit und Schmeicheln » et « Konstanze ! [ O wie ängstlich » de l’Enlèvement au sérail de Mozart. Si elle n’est pas strictement mozartienne, Medvedeva dégage un charme candide et discret aux côtés du véritable rossignol de Westman à la voix légérement texturée et débordante de joie de vivre. En tant que composition, la « Doute de la lumière » d’Ambroise Thomas manque d’inspiration et évoque peu la complexité et le pathos de la tragédie shakespearienne, mais fait ressortir la belle densité du baryton de Varon. Bouchard-Lesieur est simplement radieuse en Béatrice : la soprano dramatique est tout à fait dans son élément dans la finale turbulente d’ « Il m’en souvient » de Béatrice et Bénédict de Berlioz. L’on arrive à l’aria méditatif « O du mein holder Abendstern » de Tannäuser de Wagner, dont le rythme ralenti est plus difficile à animer. 

À la fin de cette première partie, un joyau lyrique qui mérite un éloge particulier : aux plus belles harmoniques mineures, le duo de Blanche de la Force et Le Chevalier de la Force, « Pourquoi vous tenez-vous ainsi ? », de l’opéra Dialogues des Carmélites de Poulenc prend vie avec la « chimie » vocale extraordinaire du duo Cueva Molnar et Westman. L’air éveille un élancement de l’âme à la fois impétueux et hésitant, un paradoxe merveilleusement réussi.

Dans la deuxième partie du concert, Molinar est rejointe sur scène par Varon en Comte Almaviva des Noces de Figaro de Mozart : il est évident que Varon n’est pas indifférent à ce rôle qui révèle toute la capacité dramatique de sa voix, une incarnation délicieusement italianisante bien au-delà de l’aspect linguistique. Après la remarquable Blanche de Molnar, son incarnation d’Ilia d’Idoménée de Mozart se montre par endroits légèrement instable.

Le deuxième joyau indisputable de ce concert est la première « Chanson de Lel » de l’opéra Sniégourotchka de Rimski-Korsakov : un air à faire fondre le coeur le plus gelé, non celui de la Demoiselle de neige, mais ceux des êtres humains auxquels ses souffrances sont indifférentes : « Une petite fraise des bois a poussé sous un petit buisson ; la demoiselle orpheline est née pour le chagrin ; Ah ! Ma précieuse ! La petite baie de fraise se glacera sans la chaleur ; la demoiselle orpheline tarira sans accueil. Ah ! Ma précieuse ! ». Soutenu par la généreuse Proshina, le contre-ténor Escalona brave le vieux Slavon pour incarner un Lel inquiet et  plein de regrets, loin de la compagnie habituelle des jeunes filles riantes. Un moment intime suprêmement réussi.

Le grand final débute par « Ô blonde Cérès » de l’opéra de Berlioz Les Troyens, incarné avec beaucoup de tendresse et délicatesse par le ténor richement texturé de Lee. Ensuite, deux favoris sûrs de plaire : deux airs de Carmen de Bizet et un grand chœur de La Cenerentola de Rossini. Le rôle de Carmen est parfaitement attribué à Roy dont la voix étonne par son ampleur, sa rondeur et ses teintes sombres, pendant que la Micaëla de Lobel-Torres, volupteuse mais circonspecte, est tout à fait convaincante. La synergie galvanisante de cette équipe est exposée à la vue des tous dans le chœur final « Siete voi […] Questo è un nodo avviluppato » de la Cenerentola : une célébration d’aventure, d’humour et, bien sûr, d’amour sous toutes ses formes, y compris comique.

Visuel : © Yuliya Tsutserova

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Yuliya Tsutserova

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