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« La Vie parisienne » à Bordeaux : à 2h04 de Paris, pourquoi s’en priver ?

« La Vie parisienne » à Bordeaux : à 2h04 de Paris, pourquoi s’en priver ?

02 octobre 2017 | PAR Julien Coquet

C’est à une Vie parisienne festive que nous convie l’Opéra national de Bordeaux afin de célébrer l’inauguration de la ligne à grande vitesse reliant la belle endormie à la capitale.

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A notre voisin anglais qui nous demandait un résumé de l’intrigue de La Vie parisienne durant l’entracte, nous sommes un peu restés muets. Comment rendre compte des intrigues amoureuses qui se nouent ? Comment parler de la déclaration d’amour que fait Offenbach à la capitale un an avant l’exposition universelle de 1867 ? Le mieux, pour l’expliquer, est de laisser parler la musique, une musique enjouée et pétillante qui parle d’elle-même.

La mise en scène de Vincent Huguet restitue ainsi parfaitement le climat parisien actuel (l’opération Sentinelle en moins). Transposant l’intrigue du XIXème siècle à aujourd’hui, le livret garde toute sa fraîcheur et certains dialogues sont mêmes modernisés. Comme l’écrit Vincent Huguet : « Peut-être que les gantières sont moins nombreuses que sous le Second Empire, mais pas les jeunes femmes décidées à en découdre et à conquérir la capitale puis le monde ; sans doute les « gandins » qu’étaient Gardefeu et Bobinet ont-ils disparu, mais les hipsters leur ont succédé ». On a le droit ici à une transposition intelligente où le dîner est livré par un coursier en vélo et où les grands de ce monde ne sont plus des comtesses, baronnes et duchesses mais des égéries de la mode : Sonia Rykiel, Geneviève de Fontenay et Karl Lagerfeld (que l’on revoit après un passage dans la Salomé d’Oliveir Py la saison dernière à Strasbourg).

Il manque peut-être un peu de folie dans cette mise en scène, folie qui était inhérente et parfaitement maîtrisée dans la version montée par Laurent Pelly pour l’Opéra national de Lyon, mais l’intelligence des décors signés Aurélie Maestre et la diversité des costumes de Clémence Pernoud ne peuvent que renforcer l’humour et le propos du metteur en scène.

A la mise en scène s’ajoutent quelques scènes chorégraphiées par Kader Attou à l’ouverture et au final. La bonne idée est de proposer un spectacle à l’entracte par le Ballet de l’Opéra national de Bordeaux : les danseurs se produisent devant l’Opéra, amenant dans la rue un art jugé trop souvent élitiste. Un beau moment et une idée à propager.

Marc Minkowski, après avoir entrepris des cycles Offenbach à l’Opéra national de Lyon et au Théâtre du Châtelet, débute cependant avec La Vie parisienne. Et bien sûr, la partition ne lui résiste pas : joyeuse, légère et enjouée, la direction de l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine est plus qu’appréciable. Du fait de la vitesse, quelques décalages naissent cependant avec les chanteurs, notamment à la fin de l’acte III. Mais quel entrain (sans jeu de mots) !

Le plateau n’est pas en reste lui non plus, même si l’on peut regretter le choix d’un comédien, Aubert Fenoy, pour interpréter Urbain, Joseph et Alphonse, puisque la puissance de sa voix contraste durement avec ses camarades. On applaudira particulièrement Anne-Catherine Gillet pour son interprétation de Gabrielle : énergie et vitalité complètent de beaux et impressionnants aigus. Le duo de la gantière et du bottier (Jean-Paul Fouchécourt) est un des beaux moments du spectacle.

Le Baron de Marc Barrard est un personnage bien campé, imposant et à la voix qui porte. Sa femme sur scène, Aude Extrémo, est très émouvante lors de son air au début de l’acte IV, lorsqu’elle prend conscience d’avoir approché Paris au plus près lors d’un spectacle à l’Opéra, pendant que son mari faisait la fête sur les toits du palais Garnier. Il n’y a rien non plus à reprocher aux deux « hipsters », le Bobinet d’Enguerrand de Hys et le Raoul de Gardefeu de Philippe Talbot. Le Brésilien de Rodolphe Briand ne manque pas de souffle, et c’est tant mieux pour le célèbre air « Je suis brésilien j’ai de l’or ».

Enfin, soulignons la parfaite diction d’une troupe francophone qui permet de se passer des surtitres. A 2h04 de Paris, ce sont maintenant les Bordelais qui vont pouvoir gaiement chanter « A Paris, nous arrivons en masse ».

La Vie parisienne de Jacques Offenbach à l’Opéra national de Bordeaux le dimanche 1er octobre 2017. Direction musicale de Marc Minkowski et mise en scène de Vincent Huguet.

Crédit : ©Vincent Pontet

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