Opéra
La trilogie Mozart / Da Ponte présentée à l’Opéra National de Bordeaux : Le nozze di Figaro « épisode 1 sur 3 ».

La trilogie Mozart / Da Ponte présentée à l’Opéra National de Bordeaux : Le nozze di Figaro « épisode 1 sur 3 ».

25 mai 2022 | PAR Hélène Biard

Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) a composé vingt six opéras dans sa courte vie ; et dans ce corpus opératique non négligeable, trois d’entre eux ont le même librettiste : le poète Lorenzo Da Ponte (1749-1838). C’est cette trilogie que l’Opéra National de Bordeaux a décidé de présenter à son public, venu très nombreux, en ce chaud mois de mai. Les trois opéras sont mis en scène par Ivan Alexandre et dirigés par Marc Minkowski.

Le nozze di Figaro a été le premier opéra à être présenté au public. Pour son livret, Lorenzo Da Ponte s’est inspiré de la pièce Le mariage de Figaro de Pierre-Augustin Caron de Beaumarchais (1732-1799). Si la pièce a été très édulcorée pour passer la censure impériale (Joseph II était assez chatouilleux dès que l’on s’attaquait au pouvoir royal en France (sa sœur y était reine), ou impérial en Autriche). Pour la mise en scène, les responsables de l’Opéra de Bordeaux ont invité Ivan Alexandre. Il est accompagné par Antoine Fontaine qui est, lui, en charge des décors, des costumes et des lumières. Le fil rouge de la trilogie étant l’amour on ne s’étonnera pas de voir de temps à autres des allusions à Don Giovanni et, dans une moindre mesure, à Cosi fan tutte.

Une mise en scène qui fonctionne dans un écrin de bois et de rideaux

Alors que, depuis quelques années, des mises en scènes contemporaines, agrémentées de décors glauques et de costumes sans intérêt, et peu respectueuses du livret, fleurissent un peu partout en France et en Europe, nous avons l’heureuse surprise de voir que cette nouvelle production des Nozze di Figaro bénéficient d’une direction d’acteurs remarquable et de cette mise en scène traditionnelle signée Ivan Alexandre. Son excellente idée est de faire évoluer les artistes sur le plateau avant même le début de la soirée ; chacun va et vient, discute avec ses collègues comme si de rien était. Si l’on peut regretter l’absence de quelques accessoires, notamment un fauteuil, sur l’immense module de bois, Alexandre pousse ses artistes dans leurs retranchements et à utiliser au maximum leurs dons d’acteurs. Mais le metteur en scène est bien aidé par Antoine Fontaine qui est en charge des décors, des costumes et des lumières. Si les costumes transportent effectivement le public au XVIIIe siècle, l’immense module de bois (qui sert pour les trois opéras), fort bien conçu, nous laisse un peu sur notre faim. Car sans les rideaux, on a bien du mal à délimiter les espaces ; on note avec amusement que le contrat que Figaro a passé avec Marcellina s’étale en grandeur nature, ainsi que la chanson que Chérubin a écrit pour la comtesse.

Un orchestre au top dirigé par un Marc Minkowski très en forme

L’orchestre de l’Opéra National de Bordeaux joue la partition de Mozart avec un enthousiasme communicatif. Marc Minkowski, qui quitte la maison bordelaise à la fin de la saison, est visiblement survolté ; il l’est même tellement que la malheureuse Ana Maria Labin qui incarne la comtesse Almaviva finit par perdre pied à la fin de son deuxième aria « Dove sono i bei momenti ? ». Et même si Minkowski et Labin recadrent quasi instantanément, on en n’est pas moins surpris par la rapidité excessive de certains tempi tout au long de la soirée. Cela étant dit, la performance globale de l’orchestre et de son chef n’en est pas moins remarquable. Nous notons, à regrets, l’absence totale du chœur de l’Opéra de Bordeaux ; même s’il n’intervient qu’à deux ou trois reprises, son absence amoindrit assez les rares scènes où il apparaît. Et au final, les solistes chantent l’intégralité de la partition. Si cela est possible pour des œuvres comme La messe en si mineur de Jean Sébastien Bach où les Passions du même Bach, sur un opéra comme Le nozze di Figaro, cela s’avère plus compliqué… surtout lorsque l’Opéra qui accueille la production possède un chœur de qualité.

Une distribution jeune et pleine de promesses pour l’avenir

Il est rarissime de voir les trois opéras signés Mozart et Da Ponte. Pour cette trilogie exceptionnelle, les responsables de l’Opéra de Bordeaux ont invités des artistes jeunes et prometteurs. À tout seigneur tout honneur, le baryton-basse Robert Gleadow campe un Figaro mordant, insolent à souhait.Les trois airs de Figaro sont interprétés avec une insolence et une maîtrise peu communes. Si Angela Brower, sa Susanna, est aussi insolente que lui, à l’occasion, elle sait se montrer plus rusée que Figaro et qu’Almaviva qui tombent l’un et l’autre dans le piège tendu. Que ce soit au deuxième acte ou au dernier acte, les deux airs de Susanna sont une leçon de chant. Habitué du rôle d’Almaviva, Thomas Dolié domine de la tête et des épaules une distribution jeune, ambitieuse, soudée. Avec « Hai gia vinto la causa » la frustration du comte explose, scellant ainsi le piège tendu par la comtesse et sa camérière. Si Ana Maria Labin a une belle voix et beaucoup de très bonnes intentions, aucune ne va vraiment jusqu’au bout et du coup et nous avons une comtesse légèrement en retrait par rapport à ses collègues ; si la « lamentation » du deuxième acte « Porgi amor » est interprétée avec une belle sobriété, l’on regrettera un accident dans le second air, certes vite recadré mais qui aurait pu être évité avec une direction plus souple. Dans la distribution des autres rôles nous saluons la Marcellina, encore un peu tendre mais pleine de promesse d’Alix Le Saux et le Cherubino plein de morgue de Miriam Albano et dont les deux airs sont chantés avec un souffle et une urgence peu communs. On regrettera en revanche que les rôles du docteur Bartolo et d’Antonio aient été confié au seul Norman Patzke . La voix est belle et le seul aria de Bartolo est interprété avec autorité mais dans la mesure ou les deux hommes sont ensembles dans deux ou trois scènes, n’aurait il pas été plus judicieux de les confier à deux interprètes différents ?

Si l’on peut regretter des imperfections qui auraient pu être évitées, notamment par rapport aux tempi parfois excessivement rapides et gênants tant pour les artistes, concernés au premier chef, que pour le public, c’est à une première soirée remarquable, qui a reçu un accueil triomphal bien mérité, que nous avons assisté.

Visuels : © Éric Bouloumié

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Hélène Biard

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