Opéra

« La force du destin » à l’Opéra Bastille, splendide célébration de la musique de verdi.

« La force du destin » à l’Opéra Bastille, splendide célébration de la musique de verdi.

12 juin 2019 | PAR David Rofé-Sarfati

L’Opéra National de Paris reprend la solide production de Jean-Claude Auvray. Oeuvre au livret touffu et contrasté, La force du destin de Verdi enchante dans une mise en scène épurée magnifiant la musique et les voix.

 

Lorsque le rideau se lève, Don Alvaro s’apprête à fuir avec Leonora; l’ouverture se jouera plus tard. Ils s’aiment en secret. Mais surpris par le père de Leonora et dans un terrible acte manqué, un coup de feu est tiré par Alvaro. L’amant tue le père de sa bien-aimée. Le destin s’abat sur les protagonistes comme chez Shakespeare la chrétienté et son penchant pour la culpabilité en plus.  La Forza del destino est un drame funeste, c’est aussi une saga traversée par la mélancolie de son époque. Depuis 1861 Verdi est député. Ces idéaux politiques, le Risorgimento et l’irrédentisme optimiste sont en échec. L’atmosphère de guerre larvée flotte sur l’oeuvre et si les rebondissements sont souvent improbables ils s’inscrivent dans ce temps où rien n’est en paix et où l’inquiétude générale prévoit aisément que le pire est possible. 

Le tableau d’ouverture est somptueux. Il inaugure l’esthétique générale du spectacle. Elle est épurée, minimaliste; elle maîtrise la pénombre suffocante d’une messe funèbre. A chaque scène, un fauteuil vide trône dans un coin, symbole de ce monde sans paix et abandonné par une nonciature qui aurait protégé et rassuré. Et lorsque le corps du Christ descend du ciel sous la forme d’une statue géante, il ne fait que l’annonce  de la tragédie. Au sein de cette création scénique splendide et puissante, la part belle est donnée aux costumes et à la chorégraphie des personnages. L’intelligence de la construction scénique rencontre la virtuosité des chanteurs.

Les tableaux s’enchaînent chaque fois plus puissants. L’excipit constitue un moment de grâce absolu. La mise en scène de Jean-Claude Auvray traverse toute l’oeuvre avec le même talent. Il  saura se confronter à l’impossible scène du « rataplan » qui fonctionne et nous offrir un final inoubliable. La musique de Verdi est magnifiée par son geste tandis que Nicola Luisotti dirige l’Orchestre de l’Opéra National de Paris avec panache. Le chef d’orchestre nous restitue et la profondeur et la vivacité de la partition dans un sans-faute à applaudir. Les voix, en particulier celle de Varduhi Abrahamyan (Preziosilla) sont au rendez vous de cette magnifique proposition et l’expérience du spectateur est au comble devant les performances légendaires de Anja Harteros (Leonora) et de Brian Jagde (Alvaro).  

Le bonheur de cette mise en scène sobre et efficace datant de 2011 de Jean-Claude Auvray se renouvelle jusqu’au 9 Juillet.

 

 

 

LA FORCE DU DESTIN

Opéra Giuseppe Verdi

Opéra Bastille

du 06 juin au 09 juillet 2019

3h50 avec 2 entractes

Crédits Photos© Julien Benhamou

Infos pratiques

Palais Lumière
Pont du Gard
Géraldine Bretault
Diplômée de l'École du Louvre en histoire de l'art et en muséologie, Géraldine Bretault est conférencière, traductrice et rédactrice dans le secteur culturel, collaboratrice régulière de l'ICOM, des Rencontres d'Arles, de la revue de design Etapes. Membre de l'Association des traducteurs littéraires de France et du Syndicat de la critique de théâtre, musique et danse, elle a rejoint l'aventure de Toute La Culture en 2011, autour des rubriques Danse, Expos et Littérature. Elle a par ailleurs séjourné à Milan (2000) et à New York (2001, 2009-2011), où elle officiait en tant que Docent au Museum of Arts and Design et au New Museum of Contemporary Art.

One thought on “« La force du destin » à l’Opéra Bastille, splendide célébration de la musique de verdi.”

Commentaire(s)

  • HELENE ADAM

    Mise en scène assez faible qui ne ménage guère la possibilité pour les chanteurs d’incarner leurs personnages de manière convaincante : le double mouvement attirance/répulsion entre Alvaro et Carlo est totalement gommé par une grande distanciation permanente entre les deux héros, Quelques beaux tableaux ne font pas une bonne mise en scène. Quant à mettre sur le même plan la « performance » d’Anja Harteros (l’une ou la meilleure titulaire du rôle actuellement) et celle d’un ténor qui n’a cessé de chanter fortissimo une partition remplie de nuances (comme le personnage), c’est une drôle de conception de l’art lyrique…Par contre chef, orchestre et choeur étaient excellents et le baryton, qui , lui sait chanter Verdi, a eu de très grands moments.

    juin 14, 2019 at 8 h 51 min

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