Opéra
« Jeanne au bûcher » à l’Opéra de Lyon: Jeanne d’Arc nue chevauchant un cheval mort

« Jeanne au bûcher » à l’Opéra de Lyon: Jeanne d’Arc nue chevauchant un cheval mort

24 janvier 2017 | PAR Julien Coquet

C’est une des productions les plus attendues dans le monde de l’art lyrique en ce début d’année 2017: le sulfureux metteur en scène Romeo Castellucci met en scène l’ouvrage d’Arthur Honegger, Jeanne d’Arc au bûcher, à l’Opéra de Lyon. Autant le dire tout de suite, c’est raté.

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Dans cet article, nous nous concentrerons surtout sur la mise en scène car il n’y a rien à redire des chanteurs qui sont tous très bons (Ilse Eerens, Valentine Lemercier, Marie Karall et Jean-Noël Briend). Ni d’ailleurs sur la direction de Kazushi Ono qui a nous habitué à de grands moments: une direction précise fait ressortir les différents registres abordés par cette œuvre étrange qu’est Jeanne d’arc. Du comique à la chanson enfantine en passant par les chants grégoriens, tout passe dans cet oratorio de 1938.

Ce qui bloque tout d’abord dans la mise en scène de Romeo Castellucci est l’absence de chanteurs sur le plateau, tous relégués dans l’amphithéâtre de l’opéra. Les voix des chœurs et des chanteurs sont retransmises par haut-parleurs: cela fonctionne plutôt bien pour les voix solistes mais nettement moins pour les chœurs, que l’on entend des fois presque pas et que l’on ne comprend souvent pas, particulièrement au début de l’ouvrage.

Audrey Bonnet (excellente et impressionnante dans le rôle de la Pucelle d’Orléans que l’on lui donne) est donc seule, ou presque, sur scène. Presque seule puisqu’elle est de temps à autres rejointe par Denis Podalydès, frère Dominique dans l’ouvrage, mais ici directeur d’école qui essaye de raisonner son employé enfermé dans une salle de classe. Oui, vous avez bien lu, son employé, sans e. L’agent de maintenance campé par Audrey Bonnet s’enferme dans une salle d’école et, à la suite peut-être d’une crise d’identité transgenre, se transforme peu à peu en Jeanne d’Arc.

Castellucci écrit: « Cette mise en scène se présente alors comme une opération qui consiste à dépouiller quasi littéralement le personnage de Jeanne d’Arc de ses couches de peau successives pour pouvoir saisir l’être humain dans sa nudité. C’est une allusion à la fouille stratigraphique et à l’exhumation archéologique. C’est une façon de ramener ce personnage à la réalité, avec son pouvoir fracassant d’extraction d’un élément vivant et parlant« . A partir de là, celui qui attendrait la Jeanne d’Arc de Luc Besson, un spectacle politique (Jeanne symbole du FN) ou une habile transposition (ces jeunes djihadistes inspirés par une certaine lecture de l’Islam) serait bien déçu. Castellucci propose un agent d’entretien qui entend des voix et qui, tels ces fous qui se prennent pour Napoléon dans les asiles, s’identifie à la Jeanne qu’il a appris à connaître à l’école.

Le dépouillement est là encore de mise, comme souvent chez Castellucci: on se rappelle de ce magnifique et puissant plateau vide à la blancheur éclatante du Moses und Aron de Schönberg à l’Opéra National de Paris. Le travail de Castellucci est marqué par une profonde réflexion sur la sacralité et, même s’il s’est toujours défendu de faire un « théâtre d’images », nous ne pouvons constater que bien souvent, en sortant de ses spectacles, ce sont des tableaux, beaux, choquants, évocateurs, qui nous reviennent à l’esprit.

Malheureusement, en partant d’une proposition audacieuse, tous les défauts du théâtre contemporain apparaissent dans ce spectacle: nudité gratuite, incompréhension, sexualité, confrontation à la matière (à la craie, à la terre ou encore à la pluie). C’est peut-être beau, certes, mais c’est inintéressant et on s’ennuie (ces longues quinze premières minutes où, dans un silence total, Jeanne, encore agent d’entretien, décide de déménager les douze tables et vingt-quatre chaises de la salle de classe). Après tout, Castellucci prévient bien le spectateur dans le programme: « On peut dire que cette mise en scène sert la musique d’Honegger et « dessert » le livret de Claudel« . Nous sommes tout à fait d’accord pour la seconde partie de la phrase mais en ce qui concerne la première, reléguer chanteurs et choeur au niveau -2 de l’opéra met-il en valeur la musique d’Honneger ?

Nous en doutons fortement et, parfois, on a presque envie de crier, comme certains: « Jeanne, au secours !!« 

Jeanne d’Arc au bûcher d’Arthur Honegger à l’Opéra de Lyon le samedi 21 janvier 2017. Direction musicale de Kazushi Ono et mise en scène de Romeo Castellucci.

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