Opéra

« Idomeneo » : un Mozart élégant à l’Opéra de Lille

« Idomeneo » : un Mozart élégant à l’Opéra de Lille

31 janvier 2015 | PAR Audrey Chaix

Alors qu’il revient dans son pays, la Crète, le roi Idoménée est pris dans une terrible tempête : il jure alors au dieu Neptune que s’il survit, il sacrifiera la première personne qu’il croisera sur les rives de Crète. Hélas, alors qu’il échoue sur la plage, le premier être humain qu’il y rencontre est son propre fils, Idamante. La joie du retour est de courte durée… d’autant plus qu’Idamante s’est épris d’Ilia, princesse troyenne prisonnière en Crète, alors qu’Électre, fille d’Agamemnon, est, elle, folle amoureuse du jeune prince. Il faudra de nombreuses péripéties, et l’intervention d’un deus ex machina invisible pour que tout revienne dans l’ordre dans le royaume de Crète. 

Dans cet opéra qu’il a composé à vingt-cinq ans, Mozart construit, autour d’un épisode de la mythologie grecque, un opéra sur la relation père – fils. Car si le triangle amoureux entre Idamante, Ilia et Électre est bien présent, c’est évidemment la malédiction qui unit Idoménée et Idamante qui intéresse ici Mozart au premier chef – et, par là même, Jean-Yves Ruf lui-même. L’imposant Krešimir Špicer – même s’il lui a fallu, le soir de la première, quelques minutes pour ajuster sa voix – campe un Idoménée à la stature royale face à un Idamante plus frêle, mais finalement plus solide alors que se révèle à lui la réalité du sacrifice de son père. La mezzo-soprano interprète avec beaucoup de justesse et de fraîcheur le jeune homme bien décidé à parvenir à ses fins.

À leurs côtés, la soprano Rosa Feola complète bien le couple Idamante – Ilia, tandis que Patrizia Ciofi joue une Électre survoltée, femme fatale et amante outragée pleine de fougue et de rage. On ne manquera pas de citer l’excellent Edgaras Montvidas (ténor), formidable dans le rôle du confident d’Idoménée.

Autour de cette belle distribution, et contrairement à la production proposée par l’Opéra de Lyon en ce moment, la mise en scène de Jean-Yves Ruf respire l’élégance, et le plateau est constamment un régal pour les yeux. Idoménée n’est pas un opéra facile à mettre en scène : il comporte de longs moments statiques, il faut choisir de montrer ou non le monstre ou Neptune (Ruf fait le choix judicieux de ne pas le faire), autant d’écueils à contourner habilement pour éviter d’en faire trop… et Ruf parvient à une grande épure qui lui permet d’évoquer beaucoup sans encombrer le plateau – ou le regard du spectateur. On repense à l’Agrippine de Haendel qu’il avait mise en scène à l’Opéra de Lille en 2011 en voyant cet Idomeneo qui profite de la même économie de moyens pour créer un magnifique écrin à l’œuvre de Mozart.

Mise en scène superbe, d’autant mieux servie par la justesse de l’interprétation du Concert d’Astrée, mené par une Emmanuelle Haïm toujours aussi juste et pertinente dans sa direction musicale. Du mariage de son travail et de la mise en scène de Jean-Yves Ruf naît une production séduisante, qui donne une lecture à la fois touchante et limpide d’Idomeneo, proposant ainsi une belle soirée au public de l’Opéra de Lille – qui ne s’y trompe pas en applaudissant chaleureusement la troupe.

Crédits photo : © Frédéric Iovino

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaix photo : maxime dufour photographies.

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