Opéra

« Hansel et Gretel » de Humperdinck à Nancy : parfait pour clore l’année

« Hansel et Gretel » de Humperdinck à Nancy : parfait pour clore l’année

17 décembre 2017 | PAR Julien Coquet

Un beau casting, une mise en scène intéressante et une musique enivrante font de cet Hansel et Gretel un excellent moment passé à l’Opéra national de Lorraine.

[rating=4]

Un rapport commandé par le syndicat professionnel Les Forces Musicales sur la vitalité de l’Opéra en province interrogeait 11 680 personnes ayant fréquenté 22 structures de production lyrique. La parution de ce rapport, il y a peu, a de quoi soulager les pessimistes : l’Opéra en région se porte bien. D’ailleurs, la production de Hansel et Gretel proposée actuellement à l’Opéra ntional de Lorraine est une preuve parmi d’autres de la santé de ces opéras.

Peu connu en France, Hansel et Gretel d’Engelbert Humperdinck est un véritable classique en Allemagne. En 1894, soit un an après la première dirigée par Richard Strauss à Weimar, ce ne sont pas moins de soixante-dix théâtres qui accueillent cette œuvre inspirée du conte des frères Grimm. Par comparaison, en France, ce n’est qu’en 2013 que l’ouvrage entre au répertoire de l’Opéra national de Paris. Etrange, en effet, qu’une telle œuvre ne soit pas plus diffusée et jouée car, comme l’écrit Richard Strauss à Humperdinck : « Quel réjouissant humour, quelle délicieuse naïveté mélodique, quel art et quelle liberté dans le traitement de l’orchestre, quel aboutissement dans la réalisation de l’ensemble, quelle invention florissante, quelle somptueuse polyphonie, et tout est tellement original, neuf et si authentiquement allemand ! ». Hansel et Gretel est souvent présenté pour les fêtes de fin d’année : les nombreux enfants présents à Nancy en témoignent, enfants qui regarderont avec envie les maisons en pain d’épices exposées dans les galeries de l’Opéra et se réjouiront d’obtenir un gâteau à la sortie de la salle.

Le conte, à l’univers féérique par excellence, a aussi, nous le savons depuis l’ouvrage de Bruno Bettelheim, une forte dimension psychanalytique. Cependant, la metteur en scène Emmanuelle Bastet ne choisit pas cette porte d’entrée : soulignant l’importance de la nourriture (dans Hansel et Gretel, on meurt de faim, on rêve de nourriture, on mange une sorcière transformée en gâteau, etc.), la metteur en scène se concentre sur l’approche de la faim. La lecture de la note d’intention avant le spectacle fait un peu peur concernant l’actualisation de l’intrigue souhaitée : où va-t-on ? Les poubelles, la forêt de lampadaires, la sorcière transformée en pâtissière : n’est-ce pas un peu trop terre à terre ? Heureusement, Emmanuelle Bastet se pose les bonnes questions : « Comment parler du dénuement et de la pauvreté, tout en essayant de créer sur scène un univers poétique et féerique ? ». La noirceur que l’on craignait est alors écartée et sauvée par des touches magiques et bienvenues : l’apparition du marchand de sable qui sort d’une bouche d’égout, l’omniprésence des chats et des souris, le beau décor de l’acte III, etc.

La magie du spectacle ne provient pas seulement d’une mise en scène inspirée mais aussi d’une musique luxuriante où Humperdinck utilise leitmotivs, mélodies entraînantes et orchestration recherchée. La direction de Thomas Rösner sert grandement la partition : alors que l’ouverture est un peu chaotique, le chef d’orchestre trouve sa voie dans les moments forts et énergiques de la partition. Grâce à un bon équilibre entre les voix et l’orchestre, Thomas Rösner fait ressortir les détails de cette partition, et même l’influence notable de Richard Strauss lors de la Prière du soir.

La distribution vocale n’est pas en reste avec deux enfants dont la joie d’être sur scène est communicative. Hansel, chanté par Yete Queiroz (rôle travesti), possède de beaux graves et une continuité dans le chant grâce à un long souffle. On appréciera aussi une bonne diction allemande. Gretel (Marysol Schalit) a elle une puissance de voix notable qui lui fait atteindre des aigus enviables. Ces deux prestations conduisent à de beaux moments, notamment lors des deux célèbres passages de l’opéra : la danse de la première scène et la Prière du soir.

Peter, le père, interprété par Josef Wagner, a un réel coffre : ses « Ra la la » sont très entraînants et le chanteur campe un personnage réellement rassurant. Sa femme sur scène, Gertrud, chantée par Deirdre Angenent, est peut-être la plus impressionnante de la soirée, malgré un nombre restreint d’apparitions : la puissance de la voix est spectaculaire et a surpris la salle à plusieurs reprises. A noter aussi, une belle interprétation de deux rôles, celui du Marchand de sable et celui de la Fée rosée, par Jennifer Courcier. La seule déception de la soirée sur le plan vocal est peut-être la Sorcière : Carole Wilson est en effet souvent couverte par l’orchestre. Cependant, son déguisement de Reine Elisabeth et sa prestation scénique font d’elle une chanteuse très applaudie à la fin du spectacle. Alors oui, nous pouvons le confirmer, l’Opéra se porte bien en région.

Hansel et Gretel d’Engelbert Humperdinck à l’Opéra national de Lorraine le dimanche 17 décembre 2017 à 15h. Direction musicale de Thomas Rösner et mise en scène d’Emmanuelle Bastet.

Photos : ©Opéra national de Lorraine

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