Opéra
Hamlet ouvre la saison de l’opéra de Marseille

Hamlet ouvre la saison de l’opéra de Marseille

10 octobre 2016 | PAR Elodie Martinez

Du 27 septembre au 4 octobre, l’Opéra de Marseille donnait Hamlet d’Ambroise Thomas d’après le si célèbre drame de Shakespeare dans une mise en scène de Vincent Boussard. L’ensemble des représentations étaient dédiées à Bernard Imbert dont la disparition le 2 juillet dernier avait secoué la scène lyrique française. Alors, cette production était-elle ou n’était-elle pas une réussite? Là est la question…

[rating=3]

Lors de la représentation du dimanche 2 octobre, Rémy Mathieu (Laërte) était annoncé souffrant. Disons donc tout de suite que, même si cela s’est effectivement légèrement entendu, ce que l’on retient reste avant tout un timbre , une projection et une prononciation envoûtants. Un nom à retenir que nous avons hâte de réentendre en pleine possession de ses moyens!

Globalement, difficile de redire quoi que ce soit à la distribution masculine de cette production, y compris pour Antoine Garcin et Florian Cafiero dans les rôles des fossoyeurs. Marc Barrard (que nous avions déjà entendu ici-même dans Cosi fan tutte) offre un Claudius tout à fait convaincant. Toutefois, c’est tout naturellement que l’attention se porte sur Jean-François Lapointe dans le rôle de Hamlet, rôle qu’il tient à merveille. La voix est sûre, le timbre de baryton se joint au jeu pour nous emporter dans ce personnage, ses doutes, ses peurs, sa colère, sa tristesse, etc… L’homogénéité qui se dégage de cette interprétation vocale charme sans peine la salle et la prononciation est excellente même si, à quelques rares moment, on ne serait pas contre un peu plus de projection. Elle l’est d’ailleurs globalement et le sous-titrage devient totalement obsolète lors des interventions de Sylvie Brunet-Grupposo.

L’interprétation de la mezzo-soprano dans le rôle de la reine Gertrude est absolument divine, comme finalement à chaque fois que l’artiste s’empare d’un rôle. Le timbre velouté, dont les graves ambrés et la projection n’ont d’égale que l’interprétation magistrale de Sylvie Brunet-Grupposo. Dès les premiers instants, l’artiste impose une stature et une posture royale qui ne laissent place à aucun doute : elle est la reine.

Autre grand nom attendu, celui de Patrizia Ciofi dans le rôle d’Ophélie. Il faut bien avouer qu’encore une fois, la voix est fatiguée et l’on a l’impression que la chanteuse s’économise dans certains airs pour mieux en réussir d’autres, comme sa scène de folie très bien interprétée dans l’ensemble (même si, lorsque l’on connaît cet air et son potentiel, on se rend compte que la voix est tout de même fatiguée par rapport à d’autres interprètes).

Côté mise en scène, Vincent Boussard, propose une version simple mais non pas inintéressante de l’oeuvre dans un décor où les murs du palais semblent être faits dans du papier froissé tâché de noir en bas, montrant ainsi le côté fictif de la réalité scénique. Tout ceci n’est-il finalement pas un rêve dont tente de s’extraire Hamlet, personnage qui n’hésite pas à sortir du décor pour chanter devant le rideau rouge, de même que les fossoyeurs qui chantent depuis les loges sur les côtés. La scène de la folie d’Ophélie se passe quant à elle dans une baignoire comme pour montrer que le personnage se noie en ne parvenant pas à admettre une vérité qu’elle ne comprend pas, l’amour d’Hamlet disparu. Toutefois, avouons que ce passage, même si nous tâchons de lui trouver une explication, a un petit quelque chose de presque ridicule lorsque l’on voit Ophélie y plonger dans une eau inexistante, ou encore en resurgir.

Côté fosse, Lawrence Foster dirige d’une main de maître un orchestre qui offre un très beau moment musical, nous plongeant dès l’ouverture dans un univers angoissant (on imagine sans difficulté un manoir hanté se profiler à l’horizon). L’équilibre entre les différents instruments est tout simplement parfait et le chef prend garde à ce qu’il existe également avec la scène.

Une production globalement réussie donc, avec un bravo tout particulier pour l’orchestre, son chef et Sylvie Brunet-Grupposo qui, avec Jean-François Lapointe, donne à voir et à entendre une scène d’altercation entre Hamlet et sa mère absolument époustouflante, le fils hors de lui et une femme terrifiée comme nous en avons rarement vu sur scène. Une très belle ouverture saison.

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Elodie Martinez
Après une Licence de Lettres Classiques et un Master en Lettres Modernes, Elodie découvre presque par hasard l'univers lyrique et a la chance d'intégrer en tant que figurante la production du Messie à l'Opéra de Lyon en décembre 2012. Elle débute également une thèse (qu'elle compte bien finir) sur Médée dans les arts en France aux XVIIe et XVIIIe siècles, puis, en parallèle d'un stage dans l'édition à Paris, elle découvre l'univers de la rédaction web et intègre l'équipe de Toute la culture où elle participe principalement aux pages d'opéra, de musique classique et de théâtre. Elle a aussi chroniqué un petit nombre de livres et poursuit l'aventure une fois rentrée sur Lyon. Malheureusement, son parcours professionnel la force à se restreindre et à abandonner les pages de théâtre. Aujourd'hui, elle est chargée de projets junior pour un site concurrent axé sur l'opéra, mais elle reste attachée à Toute la culture et continue d'être en charge de l'agenda classique ainsi que de contribuer, à moindre échelle, à la rédaction des chroniques d'opéra.

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