Opéra
Fin de saison sous le signe de Beethoven à Metz

Fin de saison sous le signe de Beethoven à Metz

09 juin 2021 | PAR Gilles Charlassier

L’Opéra-Théâtre de Metz referme sa saison lyrique avec une nouvelle production de Fideliode Beethoven réglée par Paul-Emile Fourny et dirigée par David Reiland.

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Après une saison marquée par la crise sanitaire, et les annulations en conséquences, le retour du public dans la salle de l’Opéra de Metz se fait avec un des plus emblématiques ouvrages porteurs d’espoir du répertoire, l’unique opus lyrique de Beethoven, Fidelio, marquant ainsi avec un décalage imposé par l’épidémie, la contribution de l’institution lorraine aux commémorations du bicentenaire de la naissance du compositeur allemand.

Directeur artistique de l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole depuis 2011, Paul-Emile Fourny propose une illustration du drame avec l’appoint de la vidéo élaborée par Virgile Koering, qui décline un environnement de pierre et de brique résumant l’enfermement de la prison, et que la lumière finit par faire éclater. Habillée avec les costumes dessinés par Giovanna Fiorentini, la scénographie minimale imaginée conjointement avec Patrick Méeüs, le concepteur des éclairages, est à peine encombrée de cadavres de poupons dans les tréfonds spéléologiques de la geôle où croupit Florestan, et laisse ainsi les lumières développer toute la dynamique eschatologique de la pièce. Sans doute aussi en synchronie avec l’interprétation musicale, ce choix visuel participe du contraste entre une première partie retenue dans les codes archaïques de la comédie du dix-huitième siècle, et une seconde où se condense toute l’originalité et la modernité de Beethoven.

Dans le rôle-titre, Deirdre Angenent fait valoir un engagement saisissant et dévoile l’évolution du personnage depuis la réserve du masque du travestissement masculin jusqu’à la ferveur de la fidélité de l’amour conjugal, avec une voix homogène et équilibrée. En Florestan, Kristian Benedikt fait éclore progressivement l’éclat de son bronze vaillant au fil du crescendo de l’espoir. La solidité de l’émission et la vigueur de la ligne contribue à restituer l’héroïsme blessé que l’on attend, magnifié par une belle balance entre une certaine rudesse de la couleur et un élan solaire relayé par l’épouse Leonore.

L’imposant Stefano Meo condense toute la noirceur vindicative de Don Pizarro. Franz Hawlata confère au servile Rocco des accents parfois un rien débonnaires qui ne jurent aucunement avec le caractère de ce gardien compromis un peu malgré lui dans les turpitudes de son maître. Thomas Gazheli assume l’autorité juste de Don Fernando, tandis que Léonie Renaud et Yu Chen forment en Marzelline et Jaquine un couple aux dimensions du vaudeville. Préparés par Nathalie Marmeuse, le Choeur de l’Opéra-Théâtre de Metz-Métropole contribue pleinement à la puissance expressive de la longue progression dramatique du finale. Dans la fosse élargie pour répondre aux normes sanitaires où prennent place les pupitres de l’Orchestre national de Metz, David Reiland restitue l’essentiel de l’énergie beethovénienne, plus idiomatique dans la seconde partie, la plus authentiquement inspirée de l’oeuvre, sur les ailes de l’espérance universelle. Une belle conclusion de saison qui augurera, on le souhaite, une rentrée plus sereine.

Gilles Charlassier

Fidelio, Beethoven, mise en scène : Paul-Emile Fourny, Opéra-Théâtre Metz-Métropole, du 4 au 8 juin 2021.

©Luc Bertau

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Gilles Charlassier

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