Opéra

Festival de Parme 2019 – chroniques verdiennes. 3ème partie : I due Foscari et Luisa Miller

Festival de Parme 2019 – chroniques verdiennes. 3ème partie : I due Foscari et Luisa Miller

21 octobre 2019 | PAR Paul Fourier

Toutelaculture a suivi le Festival Verdi de Parme durant cinq jours, avec, pour les troisième et quatrième jours, deux opéras et une montée progressive vers du grand Verdi.

Des Due Foscari guère passionnants au Teatro regio.

Après le triomphe d’Ernani, Verdi sera extrêmement sollicité, trop même. Les trois œuvres qui suivront après 1844 (dont I due Foscari) vont s’en ressentir en termes de qualité. L’intrigue du drame originel de Lord Byron est pauvre et le compositeur comme le librettiste n’en tireront pas un argument plus convaincant. De surcroît, la partition, inégale, oscille entre belles pages et passages qui ne gâtent pas toujours les interprètes.
Paolo Arrivabeni, à la tête de la Filarmonica Arturo Toscanini, et l’excellente formation chorale du Teatro Regio (dirigée par Martino Faggiani) parviennent, malgré cela, à faire ressortir les pépites de cette partition nerveuse de Verdi.
Le ténor Stefan Pop confirme les qualités qu’on lui avait notamment trouvées dans Il castello di Kenilworth au festival de Bergame en 2018. Avec sa voix lumineuse et bien projetée, il est à son aise dans le rôle de Jacopo et réalise un air d’entrée de toute beauté. Le rôle de Lucrezia (personnage qui ne sort guère d’un positionnement réducteur de révolte permanente) met à rude épreuve la soprano Maria Katzarava qui réussit les passages lents, mais se retrouve malmenée dans les vocalises de la cabalette d’entrée, au point de sembler ne pas parvenir à reprendre son souffle. Le Loredano de Giacomo Prestia n’a guère de présence.
C’est donc essentiellement sur les épaules du doge Foscari de Vladimir Stoyanov que va reposer le succès de la représentation. Car si la basse semble s’être économisée en première partie, Stoyanov va « changer de braquet » au fur et à mesure de la seconde jusqu’à un final poignant.
La mise en scène de Leo Muscato n’est certainement pas le plus bel écrin qui soit pour cette histoire de doge maladroit et manipulé. Le décor, réduit au minimum par un dispositif de fond de scène mobile, et les costumes, assez binaires, s’accordent finalement avec la pauvreté du livret, sont efficaces et collent parfaitement à l’intrigue.
Finalement, la principale vertu de cette soirée aura été de nous faire découvrir cette œuvre alors qu’elle est rarement donnée… et de comprendre pourquoi.

Luisa Miller dans l’église San Franceso del Prato.

Le lendemain soir, c’est une partition autrement plus belle qui emplit la nef embouteillée de l’église reconvertie en lieu de concert éphémère. Malheureusement, le lieu n’est guère confortable et on conseillera à ceux qui assisteront à un prochain spectacle (Macbeth y sera représenté dans sa version française en 2020), de privilégier, si possible, pour la vue et pour l’écoute, les places dans les vingt premiers rangs (tout en précisant que cela ne rendra pas pour autant les sièges en plastique plus agréables).
En cette soirée du 12 octobre, il était donc difficile d’apprécier la pertinence de la mise en scène dans l’enchevêtrement d’échafaudages qui garnissent le lieu. Lev Dodin semble donc en avoir pris son parti et choisi, dans cet espace réduit, de se limiter au seul centre de la scène. Positionner Luisa lors de tout le premier acte pour qu’elle assiste aux actions desquelles elle est ordinairement exclue permet de donner une profondeur à la souffrance de ce personnage. En deuxième partie, c’est une table tout en longueur qui occupe le plateau, table où Luisa et Rodolfo vont échanger, table où tous les amoureux et leurs ennemis, dans un final justicier, finiront empoisonnés. On a malgré tout, plus le sentiment d’assister à une version concert, mais comme avec Luisa Miller, l’oreille est à la fête, et que le livret n’exige pas un cadre trop présent, on se plaint plus de l’inconfort que de cette mise en scène en mode « light ».
Amadi Lagha est incontestablement la révélation de cette représentation. Même s’il a quelques problèmes de justesse au tout début, le ténor franco-tunisien chante Rodolfo, cet écorché vif, d’une voix superbe, sonore, capable d’une projection impressionnante, mais également de nuances et de sons pianos. Cet artiste est absolument à suivre et l’on signale que les Toulousains pourront notamment l’écouter dans Jenufa en mai prochain.

La Luisa de Francesca Dotto s’inscrit, comme il se doit pour cette héroïne, dans une tradition belcantiste. Mais si la technique est incontestable, les vocalises impeccables dans l’air d’entrée, il reste que l’on souhaiterait pour ce rôle plus de rondeur et une voix moins cantonnée dans l’aigu.
Le Wurm de Gabriele Sagona n’est pas au niveau requis pour l’une des plus ignobles crapules de l’histoire de l’opéra. Loin d’être un personnage secondaire, il devrait, comme Iago ou Barnaba, être capable, lors de moments clés, d’écraser de sa présence la pauvre Luisa qu’il soumet au plus infâme des chantages. Cela n’est pas le cas et dans la scène d’affrontement avec la jeune fille, celle-ci, révoltée, garde ostensiblement l’avantage et ne trouve guère de répondant.
Franco Vassallo est superbe dans le rôle de Miller. La projection, le jeu, la beauté du timbre sont autant d’atouts qui lui permettent d’incarner avec profondeur le personnage finalement sensible du père de Luisa. Cependant il existe un réel déséquilibre vocal entre ce personnage, certes intransigeant, mais aimant, et l’autre père, le Comte, celui de Rodolfo, cet être hargneux et malfaisant, incarné par Riccardo Zanellato. Une fois encore, alors que les deux chanteurs devraient être sur un pied d’égalité pour pouvoir se confronter efficacement, l’un garde trop ostensiblement l’avantage sur l’autre.
La direction de Roberto Abbado fait rayonner cette belle partition, imposant la tension sans oublier les détails. À la tête de l’orchestre du Teatro Communal di Bologna et avec les chœurs de la même maison (dirigé par Alberto Malazzi), le chef rappelle qu’avec Luisa Miller, on est à l’orée, deux ans avant Rigoletto, de l’éclosion du génie verdien qui n’ira ensuite qu’en grandissant.

Visuel © Roberto Ricci

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Paul Fourier

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