Opéra

Eva Zaïcik et Le Consort évoquent les « Héroïnes au bras armé » aux Invalides

Eva Zaïcik et Le Consort évoquent les « Héroïnes au bras armé » aux Invalides

18 décembre 2019 | PAR Yuliya Tsutserova

Le 16 décembre 2019, Eva ZAÏCIK (« Révélation lyrique » des Victoires de la musique classique 2018) et le quatuor LE CONSORT (Sophie DE BARDONNÈCHE au violon, Louise PIERRARD à la viole de gambe, Justin TAYLOR au clavecin et Théotime LANGLOIS DE SWARTE au violon) font le bilan de l’année et de leur collaboration étroite de 5 ans avec un programme évoquant les « héroïnes au bras armé », telles que Lucrezia, Médée, et Junon.

Après son éblouissant succès en Carite (Cadmus et Hermione de Jean-Baptiste Lully à l’Opéra Royal du Château de Versailles), Eva Zaïcik rejoint Le Consort dans un cadre plus intime : un récital au Grand Salon de l’Hôtel des Invalides, consacré aux « héroïnes au bras armé » – des personnages des mythes et tragédies grecques (Médée et Junon), des nobles romaines (Lucrezia) et des assasines juives (Judith).

L’un des violons du quatuor, Théotime Langlois de Swarte, doit malheureusement s’absenter à cause d’une maladie, et Le Consort remanie adroitement le programme pour mettre en valeur l’exceptionnelle distribution à trois : un souffle d’ « esprit versaillais » de Francoeur (Sonate pour violon), un intermezzo méditatif de Bach (Suite pour hautbois et clavecin transcrite pour viole de gambe) et une pétillante course au clavecin de Scarlatti. Cette improvisation est tout à fait décontractée et joyeuse, témoignage non seulement d’une collaboration réussie mais d’un amitié chaleureuse de longue date. C’est une soirée où triomphe la vaillance féminine, bien sûr, mais aussi et surtout une affinité musicale et personnelle entre des jeunes interprètes du plus haut calibre.

Sur scène, Eva Zaïcik est une actrice remarquable qui habite chaque héroïne à la perfection – une Lucrezia sublime et pure, une Médée forcenée et sinistre, une Junon outragée sur le sentier de la guerre. Derrière ces « masques » on découvre, en sortant des coulisses peu après le troisième bis, une personne exceptionnellement humble et généreuse, offrant du conseil à une jeune aspirante de chant et se prenant volontiers en « selfie » avec une admiratrice. L’on est émue et impressionnée par cette transformation de la déesse éméraude en « girl next door » aux pieds bien sur terre.

Le jeu de la violoniste Sophie de Bardonnèche est profondément ressenti, souple et voltigeant comme des fronds des saules, avec sa phraséologie tendrement soignée et pleinement achevée. Justin Taylor au clavecin est un délice éclatant d’énergie et du pathos : c’est clairement un virtuoso mais aussi un grand amateur de Bach et Scarlatti, qui nous entraîne volontiers dans les tourbillons et sous cascades bouillonnantes de leurs œuvres pour le clavecin. Louise Pierrard est toute retenue et grâce discrète à la viole de gambe et crée magistralement ce fameux léger « décalage » rythmique entre la viole et le clavecin au moyen des suspensions ralenties qui évoquent à merveille ces moments où l’on « s’abîme dans la contemplation ».

Des morceaux du premier enregistrement de Eva Zaïcik avec Le Consort, « Venez chère ombre » (label Alpha), sont à votre disposition sur www.outhere-music.com .

Visuels © Yuliya Tsutserova

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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