Opéra

Dominique Meyer, encore Vienne, bientôt Milan

Dominique Meyer, encore Vienne, bientôt Milan

09 novembre 2019 | PAR Paul Fourier

Le 6 novembre dernier, le directeur de l’Opéra de Vienne, Dominique Meyer, était de passage à Paris – plus précisément dans les murs de l’Ambassade d’Autriche – où il rencontrait quelques journalistes pour parler de la saison 2019-2020 du Staatsoper, pour commencer à dresser un bilan et raconter quelques anecdotes dignes de cette maison séculaire.

L’institution et la saison 2019-2020 :

L’Opéra d’Etat de Vienne est principalement un « théâtre de répertoire », ce qui permet de donner, chaque année, plus de 300 représentations dans la grande salle. Cela n’empêche pas des nouvelles productions, certaines étant dédiées à des opéras jamais encore représentés au Staastoper. Ce fut le cas les années précédentes, avec Alcina de Haendel, Anna Bolena de Donizetti, De la maison des morts et L’Affaire Makropoulos de Janacek, Adrienne Lecouvreur de Cilea, The Tempest de Ades ou Mahagonny de Weill et, bientôt, avec Leonore (la première version du Fidelio de Beethoven).

La saison 2019-2020 (retrouvez l’ensemble de la programmation ici) comprend donc six nouvelles productions : Le Songe d’une nuit d’été de Britten fait partie du répertoire que le directeur promeut depuis son arrivée. C’est, de surcroît, une affaire de femmes puisque Simone Young dirige et qu’Irina Brook met en scène. La création de l’opéra pour enfants Persinette rappelle, dans cette maison, l’importance de la programmation pour le jeune public, y compris par de jeunes artistes puisqu’Alma Deutscher qui composa Cendrillon pour le Staatsoper, l’an passé, a elle-même… treize ans. Le directeur soulignant les richesses de la première version de Fidelio souhaitait, par ailleurs, créer Leonore, ce qui sera fait en février prochain. Riccardo Muti reviendra pour une nouvelle production de Cosi fan tutte. Enfin, la nouvelle production du Bal masqué de Verdi permettra de réentendre Ludovic Tezier, artiste très aimé à Vienne et qui a participé à de nombreuses précédentes productions (Falstaff, Tannhauser,…).

Côté répertoire, pour 2019-2020, on retrouvera bien sûr abondamment celui qui est chanté en allemand : Le Ring dirigé par Adam Fisher avec Nina Stemme, Andreas Schager, Waltraud Meier… ; Lohengrin avec Piotr Beczala ; Parsifal avec Stuart Skelton et René Pape ; Der Rosenkavalier avec Sophie Koch (qui fêtera, à l’occasion, ses 20 ans de « Chevalier » à Vienne) et Camilla Nylund ; Salomé ; Hänsel et Gretel… Mais, de manière ironique, le dernier mois du directeur en exercice sera principalement italien en raison … de la tournée du Philharmoniker, hors de Vienne.

Enfin, le répertoire contemporain sera représenté par les reprises de Orest (Manfred Trojahn) et des Trois sœurs (Peter Eötvös, composition et direction).

Dominique Meyer a également profité de l’entretien pour rappeler qu’à peu près tout ce que la planète lyrique compte de grands chanteurs sera à Vienne cette saison (Anja Harteros, Placido Domingo, Anna Netrebko, Roberto Alagna, Anita Rachvelishvili, Ludovic Tezier, Vittorio Grigolo, Sondra Radvanovsky, Gregory Kunde, Ambrogio Maestri, Ildar Abdrazakov, Simon Keenlyside, Marina Rebeka, Erwin Schrott, Michael Spyres, Sonya Yoncheva, Nicola Alaimo, Carlos Alvarez, Joseph Calleja, Charles Castronovo, José Cura, Juan Diego Florez, Stephen Gould, Maxim Mironov, René Pape, Max Emmanuel Cencic, Aida Garifullina, Camilla Nylund, Marie-Nicole Lemieux, Kate Lindsey,…)

On notera également une bonne présence de la jeune garde française (Benjamin Bernheim, Gaëlle Arquez, Jean-François Borras, Marianne Crebassa, Julie Fuchs).

Un Opéra – une histoire :

L’actuel directeur de l’institution a rappelé le sort expéditif qui fut réservé à certains prédécesseurs, certes prestigieux, mais qui eurent de trop grandes velléités de réformes ou des actes ou propos malheureux. Karl Böhm dut partir après avoir assumé une carrière internationale à côté de son poste à Vienne. Karajan s’en alla en partie à cause d’une grève consécutive au remplacement du souffleur (qui ne parlait pas italien) par celui de la Scala, lors de la production légendaire de la Bohème par Zeffirelli. Quant à Lorin Maazel (considéré comme arrogant), il subit le même sort après avoir « porté atteinte au système de troupe » et changé le principe du répertoire (qui, à l’époque, empêchait purement et simplement les répétitions).

Dominique Meyer a également souligné la forte tradition des célébrations. Ainsi, le 150e anniversaire – qui s’adressait, cette année, plus au bâtiment qu’à l’institution – fut l’occasion de rappeler l’héritage historique (de plus de 300 ans et bien avant Mozart) de la ville… et une anecdote restée dans les mémoires : le mécontentement de l’Empereur à propos du nouveau bâtiment provoqua le suicide de l’architecte. Le jour de l’anniversaire fut donné La Femme sans ombre, seul opéra de Richard Strauss créé à Vienne, alors même que le compositeur fut le plus joué au XXe siècle dans la capitale autrichienne. L’œuvre fêtait, d’ailleurs à cette occasion, son 100anniversaire. L’événement se fit aussi hors les murs puisqu’il fut retransmis non seulement sur l’écran extérieur, mais aussi dans l’ensemble des capitales régionales et certaines nationales (dont Moscou).

Au moment du bilan, outre un renouvellement du répertoire, une utilisation croissante des nouvelles technologies pour la diffusion des représentations et un remplissage à faire pâlir beaucoup de ses homologues, on peut citer parmi les nouveautés dues à Dominique Meyer, un système rénové de sous-titrage en huit langues à chaque place.

Le directeur a salué la qualité de l’équipe permanente du Staastoper, rappelant notamment le professionnalisme des choristes qui, compte tenu du répertoire fourni, doivent mémoriser (et pour les nouveaux, apprendre) un nombre impressionnant de partitions. De même, il a souligné, selon lui, l’amour du théâtre existant chez un public viennois particulièrement bienveillant.

Et l’entretien fut aussi l’occasion de rappeler quelques anecdotes merveilleuses : Placido Domingo qui voit partir Giuseppe di Stefano, malade, mais ne peut le remplacer, faute de connaître le rôle. Ou encore, lors de l’anniversaire des 90 ans de Christa Ludwig (première Maréchale du Rosenkavalier dans la mise en scène de Otto Schenk et la direction de Leonard Bernstein), la présence de 8 autres Maréchales de l’histoire du théâtre.

Manuel Legris quittera ses fonctions en même temps que Dominique Meyer. Celui-ci a sérieusement réformé le ballet en créant notamment une catégorie d’ « étoiles » et en corrigeant le déséquilibre d’effectif qui existait entre les hommes et les femmes.

Ainsi, après la fin de cette dernière saison à Vienne, une nouvelle aventure commence pour Dominique Meyer. Espérons, pour le public et pour lui, que la greffe italienne prendra aussi bien…

L’Opéra de Vienne en faits et chiffres :

– La Wiener Staatsoper contient 1709 places assises et 567 places debout.
– La saison 2019/2020 comptera plus de 350 représentations, dont 223 opéras (y compris La Flûte enchantée pour enfants), 54 ballets, 9 concerts, 11 matinées de chant, 10 matinées de musique de chambre, 5 matinées additionnelles, et des représentations à la Agrana Studiobühne  | Walfischgasse (opéras pour enfants, représentations de l’académie de ballet).
– L’Opéra de Vienne bénéficie de remplissages exceptionnels, avec un public composé à 70 % d’autochtones et de 30% de public étranger qui garantit des recettes à une ville qui vit principalement sur le tourisme.
– Environ 950 personnes sont employées dans l’opéra, personnel technique inclus (environ 360 personnes), personnel de scène, direction managériale et administration.
– 148 musiciens appartiennent à l’orchestre du Wiener Staatsoper, 41 à l’orchestre de scène ; le chœur du Wiener Staatsoper est composé de 92 chanteurs.
– En 2019/2020, 219 chanteurs et chanteuses solistes monteront sur scène et 42 chefs d’orchestre seront accueillis à la Wiener Staatsoper.
– 103 danseurs appartiennent au ballet national (Wiener Staatsballett), dont 79 sont associés à l’Opéra National de Vienne (Wiener Staatsoper) et 24 à l’Opéra Populaire (Volksoper).
– Les billets les moins chers pour les représentations d’opéra et de ballet coûtent 3 € (places debout).
– Le théâtre peut stocker quatre décors dans ses murs et permettre, chaque jour, à un spectacle d’être joué alors que trois autres sont en répétition.

Visuel © Wiener Staatsoper / Michael Poehn

 

Une playlist pour se réchauffer
Charles Péguy, le visionnaire : un seul en scène biographique et instructif, au Théâtre de la Contrescarpe
Paul Fourier

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *