Opéra

« Der Rosenkavalier » à Covent Garden: au revoir Mme Fleming

« Der Rosenkavalier » à Covent Garden: au revoir Mme Fleming

18 janvier 2017 | PAR Julien Coquet

Malgré un chef d’orchestre et un metteur en scène prometteurs, cette production du Chevalier à la rose ne convainc qu’à moitié. Pour ses adieux à la scène lyrique, Renée Fleming se démarque grâce à une magnifique Maréchale.

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L’événement est de taille: Renée Fleming, après avoir bouleversé de nombreux spectateurs dans toutes les salles du monde, devrait prendre sa retraite scénique, non parce que l’envie lui manque, mais parce que les rôles pour les femmes de son âge sont rares. Après ce Rosenkavalier à Covent Garden repris à New York, rien, ou les souvenirs que l’on gardera d’une très grande chanteuse, et peut-être l’espoir qu’elle revienne de temps à autre sur scène. Au cours de cette production, c’est elle qui se distingue grâce à une voix incroyable, certes, mais aussi grâce à une belle présence scénique. La prononciation de l’allemand est parfaite. La voix n’est pas très puissante et ne l’a jamais vraiment été: mais chaque note qui sort est parfaitement maîtrisée et assurée. La fin du premier acte, consacrée à une réflexion sur la vieillesse et au temps qui passe, a ému aux larmes certains spectateurs. Notons juste que Mme Fleming a bénéficié d’une standing ovation mais pas d’une seule fleur. Pour des adieux, un bouquet de roses, qu’elles soient d’argents ou non, aurait été bienvenu…

On aurait malheureusement aimé des compagnons d’une telle qualité pour accompagner cette légendaire Maréchale. La mise en scène de Robert Carsen « remplit le contrat »: rien ne manque mais rien ne ressort particulièrement non plus. Le metteur en scène canadien décide de transposer l’ouvrage, composé en 1910 mais situé au XVIIIème sièce, à la veille de la Première Guerre mondiale, éloignant ce Chevalier à la rose de la part de rêve qu’il contient (pour le rêve et la poésie, on préférera la version de Herbert Wernicke à l’Opéra National de Paris). Le spectacle comprend de nombreuses références au travail de Carsen: ainsi des nombreux tableaux accrochés aux murs (Tannhäuser à Paris) et des portes qui s’ouvrent les unes à la suite des autres, réflexion sur la mise en abyme (Capriccio à Paris, encore). Mais certains partis pris sont assez surprenants: Faninal (très énergique Jochen Schmeckenbecher) a fait fortune dans l’artillerie en cette veille de conflit mondial. Les canons du deuxième acte ont de quoi surprendre, ainsi que ces murs décorés par des frises grecques. Enfin, dans sa volonté de rattacher l’ouvrage à la violence qui frappera bientôt l’Europe, Carsen, lors des dernières mesures de l’oeuvre, dévoile une troupe de soldats prête au combat sur la musique pourtant plutôt joyeuse de Strauss.

Le reste de la distribution vocale est correct. La Sophie de Sophie Bevan est attachante et la voix a de la puissance mais les aigus ne sont peut-être pas assez cristallins, si bien que la scène de la présentation de la rose au second acte n’est pas autant émouvante qu’elle devrait l’être. Son compagnon final, l’Octavian d’Alice Coote, est de belle facture: la voix est posée et grave, la présence assumée. Malheureusement, le duo d’amour du second acte entre les deux protagonistes mentionnés ne prend pas. Et bien que Renée Fleming les rejoigne pour l’émouvant trio final, les trois voix semblent trop différentes, sans véritable communion. Le baron Ochs de Matthew Rose est tout à fait convaincant en personnage abject. La scène de rencontre avec Sophie est particulièrement gênante, le baron Ochs l’humiliant publiquement devant les autres soldats, Carsen ayant pris le parti d’un baron misogyne, arrogant et détestable. On remarquera aussi, lors de cette soirée, un beau couple comploteur (Wolfgang Ablinger-Sperrhacke et Angela Simkin) ainsi qu’un chanteur italien émouvant (Giogio Berrugi) qui introduit une parenthèse belcantiste bienvenue.

Enfin, la direction musicale d’Andris Nelsons oscille entre moments décevants et périodes exprimant parfaitement la riche orchestration de Richard Strauss. L’ouverture se situe ainsi dans la première catégorie: on aurait aimé un peu plus de panache et d’entrain pour entrer vivement dans l’œuvre. En revanche, la célèbre valse fredonnée par Ochs est très bien en place (même si la note finale de l’acte II donnée par Ochs est fausse): accélération et ralentissement se succèdent pour donner naissance à un tourbillon.

En bref, on sort de cette production du Chevalier à la rose déçu et un peu triste. Alors que l’on aurait dû pleurer au moins trois fois (fin du premier acte, présentation de la rose et trio final), la mise en scène et quelques passages ont quelque peu terni la pureté du joyau qu’est Der Rosenkavalier.

Der Rosenkavalier de Richard Strauss au Royal Opera House le samedi 14 janvier 2017. Direction musicale d’Andris Nelsons et mise en scène de Robert Carsen.

Visuel: ©Catherine Ashmore

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Julien Coquet

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