Opéra

[Critique] Orfeo 14 [Vol. 1] suivi de la Querelle à l’Opéra de Lille : une belle soirée couplée

[Critique] Orfeo 14 [Vol. 1] suivi de la Querelle à l’Opéra de Lille : une belle soirée couplée

24 juin 2014 | PAR Audrey Chaix

Pour fêter les dix ans de sa réouverture, l’Opéra de Lille a commandé à ses deux ensembles en résidence, Ictus et Le Concert d’Astrée, une création qui réunit Monteverdi et Joseph Conrad, mais aussi les deux ensembles musicaux que l’on voit toujours jouer séparément, sur une même scène. Ce sera Orfeo 14, une réinterprétation du mythe d’Orphée par le compositeur berlinois Helmut Oerhing, qui utilise l’opéra de Monteverdi et l’œuvre Au cœur des ténèbres de Joseph Conrad pour télescoper l’ancien et le moderne. Un OVNI musical de belle facture. 

Tous deux au plateau, les deux ensembles accompagnent trois chanteurs et une comédienne en langue des signes. Les textes sont tirés des deux œuvres qui ont inspiré Oehring, deux descentes aux enfers très différentes l’une de l’autre, mais qui sont chacune le récit d’une sombre quête, de plus en plus loin de la civilisation. Certains passages sont chantés (le contre-alto Rodrigo Ferreira est époustouflant), d’autres murmurés d’une voix qui semble sortie d’outre-tombe… Autour d’un décor minimaliste fait d’une table de bois et de chaises, les chanteurs laissent la part belle aux deux orchestres qui, une fois n’est pas coutume, envahissent le plateau au lieu d’être dissimulés en fosse.

Si les deux œuvres musicales, l’opéra de Monteverdi et la composition originale de Oehring, apparaissent plus comme juxtaposées que comme imbriquées l’une dans l’autre, elles ont le mérite de faire vivre ensemble Astrée et Ictus, les anciens et les modernes, dans un court opéra qui permet aux aficionados de l’un des deux genres de découvrir le second. Emmanuelle Haïm dirige, comme d’habitude, les musiciens d’Astrée avec une précision d’horloge, tandis que François Deppe et Ictus rendent avec beaucoup de profondeur la noirceur de l’âme d’Orphée tout comme celle de Marlow, héros maudit de Conrad.

Après l’entracte, l’ambiance change et Jean-François Sivadier, compagnon de route de l’Opéra depuis 2004, puisque c’est là qu’il a monté sa première mise en scène d’opéra avec Madame Butterfly (repris d’ailleurs la saison prochaine) s’improvise arbitre d’une querelle séculaire dans l’histoire de la musique – la querelle des Anciens et des Modernes. Autour d’un gros gâteau rose couvert de bougies, Astrée et Ictus font semblant de se détester pour illustrer une querelle entre la musique baroque et la musique contemporaine. Afin de les départager, un jeu de questions, toutes plus farfelues les unes que les autres, leur permet de montrer la richesse de leurs répertoires respectifs. Aux questions « Comment rendre en musique le sentiment amoureux ? » ou encore « Comment une seule note peut-elle ouvrir la porte de tout un monde ? », sans oublier des questions si métaphysiques que l’on n’aura pas eu la possibilité de les prendre en note, chacun des deux ensembles répond par des notes, avec passion et humour. Une belle façon de clôturer la soirée, et la saison, sans oublier un très joli « Happy birthday to you » !

Photos : © Frédéric Iovino

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Audrey Chaix
Professionnelle de la communication, Audrey a fait des études d'anglais et de communication à la Sorbonne et au CELSA avant de partir vivre à Lille. Passionnée par le spectacle vivant, en particulier le théâtre, mais aussi la danse ou l'opéra, elle écume les salles de spectacle de part et d'autre de la frontière franco-belgo-britannique. @audreyvchaixphoto : maxime dufour photographies.

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