Opéra
Cavalleria Rusticana et Pagliacci ouvrent officiellement le Festival de Vérone

Cavalleria Rusticana et Pagliacci ouvrent officiellement le Festival de Vérone

27 juin 2021 | PAR Paul Fourier

Nonobstant deux représentations d’Aida en version concert, dirigées par Riccardo Muti, les deux opéras marquaient le véritable coup d’envoi de la manifestation. Le spectacle est de grande qualité.

Cavalleria Rusticana et Pagliacci sont deux opéras si couramment donnés ensemble que, pour les désigner, l’on a inventé, pour l’occasion, le diminutif « Cav / Pag ». Bien qu’ils soient tous deux d’essence vériste, il est aisé de distinguer la marque différente de deux compositeurs, Pietro Mascagni dans un cas, Ruggero Leoncavallo dans l’autre.
En dépit de leur durée courte, le drame binaire, sur fond d’infidélités et de jalousie, a le temps de se développer et la mort violente d’être au rendez-vous. 

Comme les Chorégies d’Orange et le Festival de Bregenz, le Festival de Vérone fait partie du club de ces quelques grandes manifestations populaires de plein-air qui savent mettre l’opéra à l’honneur.
On n’y trouvera évidemment ni des conditions idoines pour l’écoute, ni un public de puristes, mais faire le voyage de Vérone, c’est accepter l’idée de se plonger dans ce type de spectacles qui provoquent plaisirs quasi-enfantins devant une débauche de décors et de figurants. Y sont d’ailleurs traditionnellement programmées des œuvres qui se prêtent à cette configuration.Cette année Aïda, Nabucco ou Turandot sont à l’affiche. En revanche, l’on n’attendra pas d’une représentation à Vérone des conditions d’écoute idoines, ni un silence religieux de la part des spectateurs.
Dans sa majorité, le public n’est pas un modèle de discipline. Les écrans de téléphone brillent pendant la représentation et il faut, parfois, tancer quelques individus pour pouvoir sauver son propre confort. Qui plus est, l’organisation du festival utilise un drone pour filmer ; drone qui, évidemment, émet  un bruit d’insecte métallique très pénible.
En cette première, l’intrus électronique se fera heureusement huer par une partie du public et retournera fissa se garer dans les bras de son pilote. Bref, pour apprécier le spectacle, il faut prendre son parti de ce désordre et simplement ne pas résister à la magie, dans de cet endroit porteur d’histoire et majestueux avec ses règles particulières et, parfois dérangeantes.

Après des années marquées par des étalages pharaoniques de carton-pâte (rappelons-nous « les années Zeffirelli »), le festival fait, désormais la part belle aux projections pour les mises en scène. La largeur de scène autorise une vision en grand large pour l’ensemble des spectateurs qui bénéficient ainsi d’un confort de vision excellent.
Pour Cavalleria Rusticana, le dispositif laisse à voir la place d’un village sicilien et le temps changeant qui balaye la campagne environnante.
Pour Pagliacci, on se retrouve projeté dans l’univers de Federico Fellini, se rappelant ainsi quel bel illustrateur de l’univers circassien fut l’immense réalisateur de La Strada.
La relecture du scénario du film fait, en effet, apparaître comme une évidence le parallèle entre les deux oeuvres. Gelsomina – la fabuleuse Giuletta Masina – va ainsi accompagner Canio, Nedda, Tonio et Peppe. 

En dépit des difficultés posées par le chant en plein air, on trouve globalement pour les deux opéras des interprètes à la hauteur, le risque étant de ne pas se retrouver avec des artistes sélectionnés juste en raison de leur projection sonore…

Dans Cavalleria rusticana, Sonia Ganassi – qui a remplacé Anna Pirozzi initialement prévue – n’a, certes pas, le format idéal pour Santuzza, ce personnage si singulier ; le chant est de belle tenue et son engagement, son sens dramatique, emportent l’adhésion sans difficulté. Evoluant sans problème de beaux graves à des aigus percutants, s’autorisant de belles variations, elle parvient, de surcroît, à apporter toute l’émotion requise à cette pauvre fille amoureuse et malmenée.
Son Turiddu, Murat Karahan, en revanche, ne convainc pas du tout. Etalant, en permanence, un chant fruste, en force, entaché d’un laid vibrato et d’épanchements malvenus, il en arrive même à gâcher les duos. 

En dépit d’un jeu de scène un peu sommaire, Amartuvshin Enkhbat réussit à camper un  excellent Alfio et son timbre, à la fois sombre et coloré, fait miracle dans ce rôle où il apporte les subtilités nécessaires.
Si la Lola de Clarissa Leonardi ne fait guère dans la subtilité, Agostina Simmmero est une magnifique Mamma Lucia, tant par sa voix aux graves abyssaux que par sa projection et son impact dramatique.


Si l’on apporte donc quelques réserves au « Cav », dans « Pag », l’ensemble de la distribution se distingue par son excellence et son homogénéité.
Amartuvshin Enkhbat démarre par un superbe air et développe ensuite un portrait du personnage tout en beauté vocale même s’il reste un peu trop noble et qu’il lui manque la petite touche théâtrale qui devrait rendre son Tonio vraiment abject.
Yusif Eyvazov lui, trouve en Canio un personnage totalement adapté à son format vocal. Sa voix si particulière colle parfaitement à cet homme primaire et jaloux. Il sait mettre les accents nécessaires, tout comme il saura délivrer un Vesti la giubba simple, ample et pas trop surligné par les excès véristes que l’on entend parfois.
En Nedda, Marina Rebeka utilise magnifiquement sa maîtrise du bel canto dans son air d’entrée couronné par un flamboyant contre-ut puis met son sens dramatique et son étendue vocale au service de l’affrontement avec Tonio et du duo d’amour avec Silvio, puis du drame qui va en découler. Tout comme le ténor, elle se joue des conditions de plein-air aidée par une projection insolente. Enfin, dramatiquement, elle se fond parfaitement dans la scène où les acteurs sont en représentation, sachant combiner les aspects comiques du mime à la violence de la scène finale.
Le Silvio de Mario Cassi est admirable, réussissant à déployer, malgré les conditions de plein-air, une ligne de chant onctueuse et racée. Même si c’est dans un rôle court, on admire également, le Peppe percutant de Riccardo Rados.

Nous savons que dans « Cav / Pag », le rôle du choeur est important car la foule est l’une des actrices du drame. Covid oblige, celui-ci a été disposé sur les gradins côté jardin attenant à la scène. Musicalement, c’est une très bonne idée car, excellent, il garde une très bel homogénéité et permet de profiter intégralement des belles pages qui lui sont réservées.

Enfin, celui qui donne toute l’ampleur à cette musique, sachant trouver un rythme idoine, une belle ampleur, un subtil dosage des différents pupitres, faisant sonner les percussions mais ne surchargeant jamais la barque, c’est le maestro Marco Armiliato, toujours très à l’aise dans ce type d’œuvres .
Sa direction reste un plaisir de tous les instants et l’intermezzo se révèlera d’une beauté et d’une subtilité à couper le souffle.
A la tête de l’orchestre des Arènes de Vérone dans une fosse qui épouse toute l’étendue de la grande scène, Armiliato démontre ainsi que spectacle en plein-air ne rime pas forcément avec facilité et démonstration de mauvais aloi. 

Sous le ciel désormais étoilé et illuminé par la lune qui nous a gratifiés d’un lever majestueux, la soirée s’achèvera sur une ovation méritée à ce plateau qui a su faire preuve d’excellence et, le public, composé de vacanciers, comme de novices et d’experts, peut, à nouveau, envahir la place qui jouxte les Arènes et pour lequel la représentation constituera, désormais, un très beau souvenir.

© Arena di Verona

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Paul Fourier

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