Opéra

Anne-Theresa de Keersmaeker danse l’adieu et la mort

13 octobre 2010 | PAR Alienor de Foucaud

Jusqu’au 16 Octobre, Anne-Theresa de Keersmaeker et Jérôme Bel offrent au public du Théâtre de la Ville une triple interprétation de l’Adieu de Gustav Mahler, la dernière partie du Chant de la terre. Interprétée par l’ensemble musical Ictus et la mezzo-soprano Sara Fulgoni, la symphonie reprend vie par la danse. Hantée par cette composition, la chorégraphe invite à regarder la musique et écouter le corps.

« J’ai découvert cette musique par mon dealer, mon dealer de musique » précise Anne-Theresa de Keersmaeker. Une rencontre qui nous est contée et surtout dansée. Depuis la création de Rosas, en 1983, les relations entre la musique et la danse sont au cœur de son travail artistique. De même que le rapport entre le texte et la danse. Pour mettre en mouvement cet Abschied, la chorégraphe s’est appuyée sur le texte qui avait inspiré Gustav Mahler, la Flûte chinoise du poète allemand Hans Bethge. Le Départ (Der Abschied) est le dernier volet de la partition. Rendu à la quiétude d’une nature apaisée, un poète attend dans le crépuscule naissant, la venue de son ami. Lorsqu’enfin celui-ci se présente, c’est pour lui annoncer son départ et lui confier son impossibilité d’accéder au bonheur en ce monde. Une nostalgie résignée baigne la fin du poème, avant que Mahler lui-même ne dissolve toute chose dans une éternité contemplative où « l’horizon lointain s’éclaire à jamais ». Un poème puis une composition musicale qui parlent de transcendance et questionnent le rapport de chacun à son inévitable finitude.

Mais peut-on mettre en mouvement une telle partition ? Comment danser sur une musique qui parle de la mort ? Tels sont les défis qu’Anne-Theresa de Keersmaeker s’est imposée, et qu’elle relève avec force et talent. Portée par un élan tant musical que corporel, la chorégraphe épouse parfaitement la partition de Mahler, s’immisçant entre les musiciens, dessinant le mouvement de la partition avec une liberté d’expression propre à la création contemporaine. Elle danse littéralement « à l’intérieur de la musique », habitée par cet adieu, devenue elle-même matière de la danse.

Allant plus loin dans leur ambition artistique, Jérôme Bel et Anne-Theresa de Keersmaeker mettent en crise cet Abschied en lui conférant trois interprétations possibles. Il s’agit d’explorer le sens véritable de l’œuvre, de questionner la mort et le vide. S’inscrivant tous deux dans la continuité d’un théâtre expérimental, ils parviennent ainsi à donner à cette partition une vision plus actuelle par une fécondation mutuelle de la musique et de la danse.

En donnant une forme chorégraphique à cette symphonie, Anne-Theresa de Keersmaeker parvient à créer une émulation nouvelle autour de la danse et de la musique, élevant l’âme et le corps dans un accord commun. La rencontre des deux arts se fait sur scène, dans une osmose parfaite, intime et profonde. Ce n’est plus l’âme qui reçoit ce chant de la mort, mais le corps qui le met en mouvement. En mettant ces pratiques musicales et l’œuvre même de Mahler en crise, c’est avant tout leur propre pratique qu’interrogent les deux chorégraphes.

Photographies réalisées par Anne Van Aerschot.

3Abschied, Anne-Theresa de Keersmaeker, Jérôme Bel, Ictus

Musique, Gustav Mahler, Der Abschied, transcription Arnold Schoenberg

Jusqu’au 16 Octobre, au Théâtre de la Ville (Métro Châtelet)

Durée : 1h45

www.theatredelaville-paris.com / 01 42 74 22 77

Dans le cadre du festival d’automne : www.festival-automne.com

Infos pratiques

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Alienor de Foucaud

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