Opéra

Anna Netrebko, la reine !

Anna Netrebko, la reine !

01 juillet 2018 | PAR Nicolas Chaplain

C’est l’événement de cette fin de saison à l’opéra de Berlin. Anna Netrebko et Placido Domingo incarnent les époux Macbeth. Le projet repose malheureusement sur la seule présence des deux stars car la pertinence dramaturgique manque à cette nouvelle production mise en scène par Harry Kupfer, peu originale et déjà désuète esthétiquement. Daniel Barenboim dirige la Staatskapelle avec une italianité étonnante et opportune.

La proposition scénique de ce nouveau Macbeth de Verdi par Harry Kupfer est sombre, très sombre. La scénographie grandiloquente permet, grâce à un système d’ascenseur, de passer rapidement et à vue du palais en marbre noir à une terre industrielle nue. La lecture de l’œuvre n’est quant à elle pas singulière. Dans un cadre illustratif et intemporel, le metteur en scène présente les intrigues politiques, mystérieuses et sanglantes d’après Shakespeare. Des vidéos (assez moches) indiquent la ville la nuit, une forêt, un paysage en feu, une église en ruine… Les différents tableaux sont plutôt convenus : l’univers totalitaire est figuré par des soldats armés, des uniformes et des médailles fièrement arborées. Au banquet, les convives trinquent au champagne, traits tirés et mises en plis parfaites. Plus tard, les proscrits écossais ont des airs d’exilés des années 30 (manteaux longs foncés et valises en carton). La somnambule apparait en chemise de nuit blanche, pieds nus, une bougie à la main…

Daniel Barenboim surprend agréablement dans ce registre tant il est parfois vif, acéré et pourtant héroïque. Il obtient de l’orchestre des couleurs fantastiques et angoissantes. Placido Domingo est Macbeth. Le chanteur conserve, malgré son âge, un timbre solaire, un volume saisissant et une présence scénique ahurissante. Inévitablement, son Macbeth est un général fatigué du pouvoir et des crimes, accablé par les remords, plus qu’un prédateur. Sa prestation est magnifique de vérité.

Anna Netrebko est la prédatrice, la femme ambitieuse et assoiffée de pouvoir qui influence, manipule son mari. La soprano colorature russo-autrichienne est impériale. Sa voix rend les sons les plus beaux, les plus émouvants. Elle menace et séduit à la fois, gronde, jubile, se lamente et éclate en triomphe. Arrogante et sauvage, elle possède la tessiture très étendue et la vigueur qu’exige le rôle, un timbre velouté et gracieux, des aigus sidérants et des graves sans forcer. Sa Lady Macbeth est démoniaque, élégante et fatale. Elle apparait d’abord pieds nus, une épée à la main, un bébé mort dans l’autre et traverse ainsi un champ de bataille, piétinant les corps gisants de ses victimes.

On aimerait voir à l’opéra de Berlin des spectacles plus audacieux, plus modernes car ce Macbeth n’est ni fracassant, ni foudroyant comme il devrait l’être. Inutile de dire qu’on attend donc beaucoup du nouveau directeur général Matthias Schulz à qui on souhaite de ne pas manquer de courage et d’ambition pour tenter de nouvelles choses.

Photo : Bernd Uhlig

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