Opéra

Alcina au Théâtre des Champs Elysées : Les voix au-dessus du panier

Alcina au Théâtre des Champs Elysées : Les voix au-dessus du panier

17 mars 2018 | PAR Yaël Hirsch

La production mythique de 2014 de Alcina de Haendel avec Cecilia Bartoli dans le rôle-titre est arrivée cette semaine au Théâtre des Champs-Elysées. Dirigée à Paris par Emmanuel Haïm, l’œuvre est sublimée par de très grandes voix : Philippe Jaroussky, Varduhi Abrahamyan et Emöke Barath.

[rating=4]

Grande séductrice, la sorcière Alcina (Cecilia Bartoli) envoûte Ruggiero (Philippe Jaroussky) mais c’est sans compter que déguisée en homme, Bradamante (Varduhi Abrahamyan) vienne le récupérer. Oronte, jaloux du charme de ce Bradamante masculin et de son effet sur la belle seconde de Alcina Morgana (Emöke Barath qui remplace Julie Fuchs, souffrante depuis la fosse) fait circuler la rumeur que ce dernier a les faveurs d’Alcina. Jaloux, Ruggiero martyrise le cœur de la sorcière…

Transposée par le metteur en scène Christof Loy dans un théâtre baroque du 18e siècle, dot on voit les rouages et surtout les vêtements et les paniers des robes, qui finissent par s’accrocher aux murs pour laisser place à des accoutrements plus minimalistes, cette version d’Alcina est sublimée par ses solistes. Par leurs voix et leurs mouvements. Au premier chef, Bartoli triomphe dans le rôle de la sorcière, transformant chacun de ses six airs en morceau de bravoure. Par sa maîtrise, mais aussi par son talent pour jouer la fureur baroque. On prend de plus en plus de plaisir à la voir errer en robe d’époque puis en combinaison de soie sur le plateau de plus en plus intimiste et elle atteint au sublime dans le « Ah mio cor » du deuxième acte.

Alors que Julie Fuchs continue à jouer son rôle sur scène, Emöke Barath (que nous avions adorée dans Partenope) est très impressionnante depuis la fosse où elle chante le rôle de Morgana au pied levé. Dès le premier acte et le « Tornavia Vagheggiar », nous sommes envoûtés. En Ruggiero, Philippe Jaroussky nous a fait un peu peur dans le premier acte : on n’a pas l’habitude de le voir peiner, mais dès le « Mi lusinga il doce affecto » du deuxième acte il est absolument éblouissant. En Oronte, Christoph Strehl est charismatique de « Simplecetto ? ! Donna Credi ? » à « Un momento di contento ».

En Bradamante, Varduhi Abrahamyan  nous séduit, notamment avec l’air du premier acte « e glosia » et en Melisso, Krzysztof Baczyk est parfait. Conduisant Alcina pour la première fois, Emmanuelle Haïm emmène son Concert d’Astrée au sommet de leur art. Quant au violon qui accompagne Emöke Barath dans l’air « Ama sospira » il est simplement déchirant.

Une production aux voix exceptionnelles, ovationnées et couvertes de fleurs, qui a fait date à Zurich et fera date à Paris, à voir avant le 20 mars au Théâtre des Champs Elysées.

Visuels : (c) Monica Ritterhaus

Un sombre Simon Boccanegra à Dijon
Grâce, maîtrise et tradition : Le Lac des Cygnes par l’Opéra National de Russie
Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *