Opéra
Alcina pyrotechnique à Nancy

Alcina pyrotechnique à Nancy

14 mars 2020 | PAR Gilles Charlassier

L’Opéra national de Lorraine a proposé une nouvelle production spectaculaire d’Alcina, réglée par Serena Sinigaglia, et dirigée par Leonardo Garcia Alarcon, à la tête de son ensemble Cappella Mediterranea. Le spectacle a été annulé les 15, 17 et 18 mars. 

[rating=3]

En coproduction avec Dijon et Strasbourg, l’Opéra national de Lorraine présente une nouvelle production d’Alcina qui mise sur le spectaculaire et tente de renverser le point de vue habituel sur les personnages tirés de L’Arioste. Dans le décor de serre botanique, dessiné par Edoardo Sanchi, probable conservatoire de la flore amoureuse d’Alcina menacée par la sécession militaire de son amant Ruggiero, Serena Sinigaglia a choisi de faire de l’enchanteresse une figure de la résistance face au pouvoir des armes, renouvelant la traditionnelle opposition, dans l’opéra baroque, des vertus de Vénus et de Mars, de la gloire et de la passion. Si les perruques peroxydées qui coiffent Morgana et sa maîtresse peuvent suggérer les illusions des sentiments qui retardent la lucidité face aux situations présentes, l’angle dramaturgique ne pouvait manquer d’habiller la clique de Bradamante d’uniformes noirs qui feraient songer à Star Wars si le salut des troupes n’évoquait pas le nazisme. Cette facilité fait ainsi contraster les efféminements des cheveux longs des hommes d’Alcina, et la virilité caricaturale de ses ennemis. L’ensemble ne serait que discutable si les effets pyrotechniques et les bruitages ne parasitaient, sans grande subtilité pseudo-comique, le spectacle – à cette aune, la seconde partie se révèle bien plus sage.

On se consolera avec la réalisation musicale, et en premier lieu la direction de Leonardo Garcia Alarcon. A la tête de son Orchestre Cappella Mediterranea, sans doute plus fébrile que d’habitude en raison des menaces que le coronavirus fait peser sur la culture, le chef argentin dépasse la prévention de la metteur en scène qui sacrifie quelques da capo au début de la soirée pour faire vivre la palette rhétorique de la partition. Les moments élégiaques sont les mieux servis, avec une admirable intelligence de l’expression. Dans le rôle-titre, Kristina Mkhitaryan affirme un saisissant engagement, et s’appuie sur les teintes charnues de son timbre, autant qu’elle sait orner ses reprises avec un bel instinct musical. En Morgana, Suzanne Jerosme se distingue par un babil aérien et volubile, qui n’évite pas toujours quelques minauderies. La science du style de Ruggiero de Kangmin Justin Kim compense un instrument relativement monochrome. En Bradamante, Beth Taylor démontre une puissance et une plénitude qui se révèlent à leur meilleur quand elles sont calibrées. Leonard Bernad impose un Melisso solide, quand Trystan Llyr Griffiths ne démérite pas en Oronto. Quand à Elisabeth Boudreault, son Oberto léger donne un relief bienvenu à ce rôle généralement sacrifié. Le renouvellement des angles dramaturgiques n’est pas sans bénéfice collatéral.

Alcina, Haendel, mise en scène : Serena Sinigaglia, Opéra national de Lorraine, Nancy, mars 2020

©Jean-Louis Fernandez

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