Opéra
Simon MacBurney donne des couleurs au « Rake’s Progess » de Stravinsky à Aix

Simon MacBurney donne des couleurs au « Rake’s Progess » de Stravinsky à Aix

06 juillet 2017 | PAR Yaël Hirsch

Ce mercredi 5 juillet 201 avait lieu de la première du « Rake’s Progress » (1951) de Igor Stravinsky au Festival d’Aix-en-Provence. Fable revue et corrigée en anglais dans un mélange de pastiche et d’inventivité, cette histoire d’homme déchu portée par des voix anglo-saxonnes, s’est vue transformée par le metteur en scène Simon MacBurney en grande comédie humaine à la vulgarité colorée et assumée.

[rating=3]

Il est dix heures quand la nuit tombe et le rideau se lève sur le Théâtre de l’Archevêché plein et élégamment habité. Commence alors, sous la la baguette de Eivind Gulkberg Jenssen, en remplacement du Directeur habituel de l’Orchestre de Paris, Daniel Harding la fable de Auden et Kellman, inspirée par des gravures de Hogarth (18e siècle). The Rake’s Progress met en scène la chute de Tom Rakewell (agile Paul Appleby) qui quitte sa campagne et son amour Anne Trulove (la soprano américaine Julia Bullock) pour devenir un dandy égaré dans un Londres de finance décandente. Alors qu’Ann « monte » en ville pour faire éclater l’amour vrai,  de son côté, son chéri est conseillé par le diable alias Nick Shadow (excellent baryton et acteur Kyle Ketersen): Tom est en pleine débauche et décide d’épouser la riche et fantasque Baba la turque (Andrew Watts, parfaitement too much en Conchita Wurst de plus de 100 kilos) au lieu de se dédier à la flamme authentique …

C’est la mise en scène de Simon MacBurney qui règne dans ce Rake’s Progress aux voix majoritairement américaines. Il enferme légèrement ses protagonistes dans un parallélépipède d’écrans de papier où des arbres ne cachent aucune forêt et où des projections vidéos viennent signifier les kilomètres parcourus et des boiseries dorées le faste de Londres. Dès le début le blanc – comme la pureté – est percé d’objets inutilement opulents et de personnages qui font apparition : par les murs, le sol et le plafond. Capable de créer une atmosphère léchée à la David LaChapelle où il inclut le public d’Aix dans le spectacle, Simon MacBurney parle bien de la haute société corrompue de notre vieille Europe. Le final est en noir et blanc, plus épuré, où le parvenu expie. Le metteur en scène se montre talentueux et ingénieux, sans jamais vraiment donner un sens trop fort ou clivant à l’oeuvre. Le spectacle défile, voluptueux, et l’on prend plaisir aux couleurs du stupre. Il est près de 1h du matin quand le spectacle se termine et le public applaudit aussi fort qu’attendu.
visuel : Pascal Victor / Art Compress

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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