Opéra
Adieu Madame Christa Ludwig !

Adieu Madame Christa Ludwig !

25 avril 2021 | PAR Paul Fourier

L’inoubliable Octavian du Chevalier à la Rose s’est éteinte le 24 avril 2021 à Klosterneuburg, en Autriche, à l’âge de 93 ans. La mezzo-soprano allemande s’était illustrée, depuis la fin des années 1940 jusqu’au début des années 1990, aussi bien dans l’opéra que dans les lieder. Considérée comme l’une des plus grandes voix de la seconde moitié du XXe siècle, elle fut une interprète merveilleuse de Mozart, Schubert, Schumann, Brahms, Mahler, Strauss…

Meta Christa Ludwig dite Christa Ludwig nait le 16 mars 1928 à Berlin, dans une famille vouée à la musique. Son père, Anton Ludwig, est ténor et administrateur d’opéra, tandis que sa mère, Eugenie Besalla-Ludwig, qui sera son premier professeur de chant, était elle-même mezzo-soprano, se produisant notamment sur la scène de l’opéra d’Aix-la-Chapelle à l’époque où Herbert von Karajan y dirigeait l’orchestre.

Christa Ludwig fait ses débuts, en 1946, à l’âge de 18 ans, interprétant le rôle du prince Orlovsky dans l’opérette La Chauve-Souris, sur la scène de l’Opéra de Francfort-sur-le-Main. De 1952 à 1954, elle travaille à l’opéra de Darmstadt puis, durant la saison 1954-1955, au Staatsoper de Hanovre. En 1955, elle intègre la troupe de l’Opéra de Vienne, dont elle devient rapidement l’une des principales artistes, étant nommée Kammersängerin en 1962 et se produisant avec la troupe durant plus de trente ans.

Vienne, Salzbourg, Bayreuth, Londres, New-York…

En 1954, elle se produit pour la première fois au festival de Salzbourg, sous la direction de Karl Böhm, interprétant le rôle de Chérubin dans Les Noces de Figaro. Elle y chantera régulièrement jusqu’en 1981.
En 1966, c’est le festival de Bayreuth qui lui ouvre ses portes pour le rôle de Brangäne dans Tristan et Isolde.
Sa carrière internationale prend son essor en 1959, avec ses débuts américains sur la scène du Lyric Opera of Chicago, comme interprète de Dorabella dans Cosi fan tutte. La même année, elle interprète Chérubin au Metropolitan Opera de New York et ne cessera de se produire régulièrement sur cette scène prestigieuse jusqu’en 1990.
Sa première prestation sur la scène du Royal Opera House de Covent Garden a lieu en 1969 dans le rôle d’Amneris dans Aïda.
Christa Ludwig élargit progressivement son répertoire, abordant, après des rôles de mezzo lyrique, un répertoire plus dramatique avec Carmen, Kundry dans Parsifal, Ortrud dans Lohengrin, Ulrica du bal masqué de Verdi, Eboli dans Don Carlo, Ottavia dans Le Couronnement de Poppée, Didon dans Les Troyens, Dalila et Clytemnestre dans Elektra. Elle abordera également des rôles contemporains comme Claire Zachanassian dans Der Besuch der alten Dame de Gottfried von Einem, qu’elle crée, puis Georgette dans Die Schule der Frauen de Liebermann, ainsi qu’une voix dans De temporum fine comœdia de Carl Orff.

Lady Macbeth, Leonore, la teinturière et… la Maréchale

Christa Ludwig se sera également risquée, brièvement mais avec grand succès, dans le répertoire de soprano dramatique, interprétant Iphigénie dans Iphigénie en Aulide de Gluck, Leonore dans Fidelio, Lady Macbeth dans le Macbeth de Verdi, Ariadne dans Ariadne auf Naxos de Richard Strauss, ou la Teinturière de La Femme sans ombre de Richard Strauss. Elle chante une magnifique Maréchale dans Le Chevalier à la rose de Richard Strauss au festival de Salzbourg sous la direction de Karl Böhm en 1969.
Son interprétation de la Vénus de Tannhäuser, qu’elle chante sous la direction de Georg Solti, reste un enregistrement de référence.
En plus de ses prestations comme chanteuse d’opéra, Christa Ludwig a consacré une part notable de sa carrière aux lieder, aussi bien dans des enregistrements de studio que lors de récitals, en soliste accompagnée d’un orchestre. Ses interprétations de lieder de Schubert, Schumann, Brahms, Wolf, Mahler et Strauss sont très appréciées. Elle chantera également beaucoup l’œuvre de Bach, interprétant la plupart de ses œuvres vocales majeures, aussi bien sur scène qu’en studio.

De 1957 à 1970, elle fut mariée au baryton-basse Walter Berry avec lequel elle eut souvent l’occasion de se produire sur scène. En 1972, elle épousa en secondes noces le comédien et metteur en scène français Paul-Émile Deiber.
En 1989, à 61 ans, elle fait une apparition remarquée dans Candide de Léonard Bernstein, interprétant avec fantaisie le rôle de la « vieille dame ».
Les dernières années de sa carrière scénique furent principalement consacrées, de 1990 à 1993, à des tournées de récitals de lieder à travers le monde puis, en 1993-1994, à une tournée d’adieux définitifs dans un grand nombre de villes d’Europe et d’Amérique, avec en point d’orgue son interprétation de Fricka dans La Walkyrie sur la scène du Metropolitan Opera de New York.

Christa Ludwig a publié son autobiographie, …und ich wäre so gern Primadonna gewesen, en 1994, année de ses adieux définitifs à la scène. Ce livre de mémoires a été publié en France sous le titre Ma voix et moi (Éditions Les Belles Lettres).
Christa Ludwig, a été promue au rang de commandeur dans l’Ordre de la Légion d’honneur, à l’âge de 82 ans,  en récompense de près de cinquante années de carrière lyrique, le 8 juin 2010 à Vienne.

© CC BY-SA 2.0

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