Opéra

A la Scala de Milan, « Andrea Chénier », beau à en perdre la tête

A la Scala de Milan, « Andrea Chénier », beau à en perdre la tête

04 janvier 2018 | PAR Alexis Duval

L’opéra révolutionnaire d’Umberto Giordano sur le poète guillotiné connaît une nouvelle jeunesse cent vingt-deux ans après sa création sur légendaire scène lombarde. Bouleversant de lyrisme.

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Pour son premier opéra de la saison 2017-2018, le Teatro alla Scala a frappé fort. En programmant Andrea Chénier d’Umberto Giordano, c’est tout un pan de l’histoire française que la prestigieuse maison milanaise invite à redécouvrir jusqu’au 5 janvier, cent vingt-deux ans après sa création en 1896 sur cette même scène de légende. Belle à en pleurer, la représentation du 2 janvier, s’est terminée par un « Buon’anno » de circonstance entonné avec allégresse par la troupe sous les applaudissements à tout rompre de son auditoire.

L’argument s’inspire de la vie du poète helléniste André Chénier, guillotiné à Paris le 25 juillet 1794 – le 7 Thermidor de l’an II du calendrier révolutionnaire – à l’âge de 31 ans. Une fin tragique et prématurée pour celui à qui l’on doit certains des vers les plus lyriques de la littérature du XVIIIe siècle. Des générations d’écoliers nourris aux Lagarde et Michard ont appris par coeur sa bouleversante « Jeune Tarentine » : « Pleurez, doux alcyons, ô vous, oiseaux sacrés, / Oiseaux chers à Thétis, doux alcyons, pleurez. / Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine. / Un vaisseau la portait aux bords de Camarine. »

Pour cette nouvelle mise en scène, la Scala a offert le rôle-titre à un ténor azéri, Yusif Eyvasov. Le timbre puissant et nuancé a permis à l’artiste lyrique de faire des merveilles, notamment sur l’air du deuxième tableau « Credi all’amor, Chénier / Tu sei amato » (« Crois à l’amour, Chénier, / Tu es aimé »). Yusif Eyvasov n’est autre que l’époux de la grande soprano russe Anna Netrebko, ici l’interprète de Maddalena di Coigny, inspiratrice des plus grands poèmes de Chénier ! Sa « Mamma Morta », aria d’exception, n’a pas à rougir de la comparaison avec celle immortalisée par Maria Callas.

La complicité du duo confère sur scène une portée tout autre à l’incroyable histoire tragique du poète et de sa muse qui s’est sacrifiée par amour pour lui. A leurs côtés, le baryton italien Luca Salsi a été parfait dans le rôle du fourbe Carlo Gérard, personnage adapté de Jean-Lambert Tallien. Aidés par la baguette souple de Riccardo Chailly et des magnifiques choeurs du Teatro alla Scala, les trois cantateurs ont rivalisé de génie, devant le public de la Scala, béat d’admiration.

Un opéra mené tambour battant

L’académisme de la mise en scène signée Mario Martone était attendu, mais cette dernière n’en était pas moins particulièrement réussie. Avec un plateau tournant faisant parler les décors d’une opulente salle de bal d’un château de province à ceux d’une rue parisienne, le dispositif rend hommage au vérisme qui caractérise cette adaptation de la vie de Chénier. Le glissement du gouvernement des happy few à la sombre démocratie révolutionnaire, Umberto Giordano le transcrit jusque dans sa partition : aux accents brillants d’inspiration baroque du premier tableau succèdent les tourments croissants des trois suivants.

Deux heures trente, voilà un format assez court pour un opéra, qui plus est un opéra tragique. Alternant scènes de foule et scènes intimistes, Andrea Chénier, mené tambour battant quatre actes durant, ne contient aucun temps mort. Il faut dire qu’Umberto Giordano a tiré plusieurs rythmes de célèbres chants symboliques de l’époque, à l’instar de « Ah ça ira, ça ira », « La Carmagnole » ou de « La Marseillaise ». Nul besoin, d’ailleurs, d’être un fervent patriote pour être ému d’entendre l’hymne français siffloté sur la scène de la Scala. On ne saurait que trop conseiller à ceux qui sont fascinés par la période révolutionnaire de saisir les dernières places que met encore en vente la Scala avant de tourner une autre page d’histoire.

Andrea Chénier, jusqu’au 5 janvier au Teatro alla Scala de Milan (Italie). Renseignements sur le site de l’opéra.

Crédits photo : Alexis Duval.

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