Opéra

A Berlin, Samuel Youn dans le Vaisseau fantôme

A Berlin, Samuel Youn dans le Vaisseau fantôme

20 mai 2017 | PAR Nicolas Chaplain

A la Deutsche Oper de Berlin, Christian Spuck signe une mise en scène sombre et sobre du Vaisseau Fantôme de Wagner mais la production manque d’audace et ennuie vite. Samuel Youn interprète le rôle-titre avec profondeur et sensibilité.

Confier la nouvelle mise en scène de l’opéra de Richard Wagner Der fliegende Holländer (Le Vaisseau fantôme) au chorégraphe et actuel directeur du ballet de Zurich était téméraire et excitant. La production est finalement assez classique et malheureusement peu singulière. Fidèle à la dimension romantique de l’œuvre et à l’aspect fantastique du livret, le metteur en scène situe l’action dans un espace crépusculaire. Des hauts murs noirs, des costumes sombres et des lumières sépulcrales contribuent à l’atmosphère cauchemardesque. Des nuages de brume épaisse envahissent le plateau. Les marins sortent de l’ombre avec, pour seules lumières, leurs lampes-torche. Une large flaque d’eau recouvre une partie du sol, des gouttes de pluie tombent des cintres.

Christian Spuck se permet une petite originalité pas inintéressante en choisissant de raconter l’histoire à travers le prisme du souvenir d’Erik. Dès l’ouverture, ce dernier est assis, fébrile, à côté d’une petite maquette de bateau qu’il saisit et fracasse contre un mur. L’opéra se déroule comme un flashback et nous comprendrons par la suite que tel qu’il apparait au début, Erik vient d’assister au suicide de Senta, qui s’est jetée sur son couteau de chasseur et est morte dans ses bras.

On s’attendait à ce que le chorégraphe sollicite autrement les corps des chanteurs et évite les poses stéréotypées mais ce n’est malheureusement pas le cas. Les déplacements, entrées et sorties du chœur et des protagonistes sont, comme trop souvent à l’opéra, artificiels. Il organise des danses villageoises et folkloriques attendues, des rondes et des processions conventionnelles.

Donald Runnicles dirige l’orchestre de la Deutsche Oper et fait entendre les couleurs mystérieuses et mélancoliques de la partition ainsi que des accents violents. Le chœur très sollicité est vigoureux.  Les solistes réunis sont tous convaincants. Erik (Thomas Blondelle) et Senta (Ingela Brimberg) chantent avec passion et intensité. La soprano suédoise est exaltée et touchante. Tobias Kehrer est un Daland lumineux et bonhomme. Samuel Youn incarne le capitaine hollandais maudit. La présence singulière et grave du chanteur coréen saisit dès qu’il apparait accompagné d’un groupe de figurants, doubles de lui-même ou passagers fantômes du navire hollandais disparu. Il chante sa complainte et son espoir de rédemption avec un timbre moelleux, déchirant et pénétrant.

A la Deutsche Oper de Berlin, le 16 mai 2017. © Thomas Jauk

« The Rider » ou la passion du rodéo dans l’Amérique profonde [Cannes 2017, Quinzaine]
Le 20 mai le pianiste Shahin Novrasli nous emporte dans un tourbillon à la Maison des Océans [Festival Jazz à Saint-Germain]
Nicolas Chaplain

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *