Opéra

A l’Opéra Bastille, « Falstaff » de Verdi ou le triomphe féminin

A l’Opéra Bastille, « Falstaff » de Verdi ou le triomphe féminin

31 octobre 2017 | PAR Alexis Duval

Résolument progressiste pour son époque, l’opéra-bouffe de Verdi mis en scène par Dominique Pitoiset revient sur la scène de l’Opéra Bastille. Pour le plus grand plaisir du public.

[rating=4]

« Après avoir sans trêve massacré tant de héros et d’héroïnes, j’ai finalement le droit de rire un peu. » Voilà comment Giuseppe Verdi (1813-1901) a abordé la composition de Falstaff, dont la mise en scène de Dominique Pitoiset de 1999 est rejouée à l’Opéra Bastille, à Paris, depuis le 26 octobre. Pari réussi puisqu’à la première, plus d’un siècle après la conception de cet opéra-bouffe, le public a ri à gorge déployée à plus d’une reprise. Créé par le génie italien à l’âge de 80 ans, la comédie lyrique est inspirée des Joyeuses Commères de Windsor de William Shakespeare. Une pièce déjà fort progressiste pour l’époque élizabéthaine.

Celui qu’on surnommait le cygne de Busseto (sa commune natale en Emilie-Romagne) a puisé plusieurs fois dans le répertoire du dramaturge britannique, en particulier les tragédies que sont Macbeth et Othello. On retrouve d’ailleurs cette filiation en clin d’oeil dans cette adaptation, dont les décors fin XIXe-début XXe siècle offrent une transposition intéressante de l’oeuvre de Verdi, censée se dérouler au XIVe siècle. Dominique Pitoiset fait rejouer à deux personnages la célébrissime scène du balcon de Roméo et Juliette – un parti pris dont la dimension stéréotypique se trouve désamorcée par l’ironie des répliques.

Avec Falstaff, son ultime opéra, Verdi conclut une oeuvre opératique foisonnante par un pied de nez. « Tel est pris qui croyait prendre. », ainsi pourrait-on résumer en un adage l’histoire de Falstaff, qui met en scène un ensemble de jeux de dupes. Dans cet opéra-bouffe, hommes et femmes trempent dans le mensonge et la manipulation pour rouler dans la farine les représentants du sexe opposé. Roublardise, leurre et séduction ont la part belle de l’argument. « Tutti gabbati », « tous dupés », s’exclament les personnages dans le final.

Une satire politique

Une des particularités de Falstaff est qu’il ne contient pour ainsi dire aucun « tube », aucune aria suffisamment pénétrante pour qu’on sorte du spectacle avec sa mélodie en tête. Excepté la scène finale, explosion de choeurs enjoués autour de la savoureuse mise en abyme du genre comique « Tutto nel mundo è burla » (« Tout dans le monde est farce »), l’opéra manifeste une certaine égalité musicale. Pas de morceau de bravoure, pas de grand moment d’ennui non plus. 

Ce qui n’a pas empêché le baryton-basse gallois Bryn Terfel d’endosser une nouvelle fois avec brio le costume ventripotent de Sir John Falstaff sur la scène de l’Opéra Bastille. La bedaine en baudruche et l’air fat que ce spécialiste de Mozart arbore magistralement ajoutent au comique des dialogues : impossible de se retenir de rire quand on le voit plastronner et sortir de scène en disant « Vado a fami bello » (« Je vais me faire beau »).

Mais si Falstaff porte en titre le nom du personnage masculin de la comédie, ce sont les femmes qui en sont les héroïnes. Le livret signé Arrigo Bolto exacerbe les différences entre les sexes, dans la droite ligne du propos initial de Shakespeare. Les hommes sont montrés comme bas, faibles et crétins, tandis que les femmes sont fortes, pleines d’esprit et de ressources. La dimension satirique et politique est criante dans le final, où des tracts sont distribués par des personnages criant que… « tout dans le monde est une farce ».

L’opposition des sexes est également soulignée par la partition. Bien que dépourvu d’air phare, Falstaff donne lieu à de belles harmonies féminines. Dommage que la soprano polonaise Aleksandra Kurzak dans le rôle d’Alice l’entremetteuse et la mezzo Julie Pasturaud dans le rôle de Meg Page n’aient pas déployé davantage leur élégant timbre. C’est peut-être le propre des artistes au charisme débordant comme Bryn Terfel de parfois écraser le reste de la distribution. Mais c’est d’autant plus regrettable dans une oeuvre aussi contemporaine que Falstaff de ne pas parvenir à donner plus de place aux cantatrices, dont le jeu scénique témoignait pourtant d’une belle envie d’occuper l’espace de l’Opéra Bastille. Le chef italien Fabio Luisi et les musiciens de l’Opéra national de Paris ont quant à eux effectué un travail d’orchestration fort réussi et honoré une partition riche et sautillante.

https://soundcloud.com/operadeparis/falstaff-giuseppe-verdi

Falstaff, de Giuseppe Verdi, jusqu’au 16 novembre, à l’Opéra Bastille, à Paris. Renseignements : https://www.operadeparis.fr/saison-17-18/opera/falstaff.

Crédit photo : Alexis Duval

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Alexis Duval

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