Opéra

Manfred, en texte et contre tout

02 décembre 2017 | PAR Gilles Charlassier

Depuis son arrivée à la tête de l’Opéra national de Montpellier, Valérie Chevalier n’a de cesse de renouveler l’approche du répertoire afin de braver les difficultés dont a hérité la maison languedocienne, quitte à bousculer les images d’Epinal où d’aucuns voudraient confire le genre lyrique, ce que la Soupe Pop en décembre dernier avait remarquablement illustré. En mettant à l’affiche de Manfred de Schumann, rarement donné, car jugé, à raison peut-être, immontable, elle offre à Sandra Pocceschi, à qui elle avait confié L’Enfant et les sortilèges et L’Hirondelle inattendue en 2015, ainsi que le Stabat Mater de Dvorak en février dernier, une redoutable gageure.
[rating=3]

Schumann n’a guère eu de fortune avec l’opéra – et peut-être n’en cherchait-il pas vraiment. L’échec http://www.opera-orchestre-montpellier.fr/evenement/manfredde Genoveva, son unique opus lyrique, l’a sans doute encouragé à poursuivre vers des formes plus hybrides, de l’oratorio profane aux scènes dramatiques, au diapason d’un Romantisme qui aime renouveler les formes – à l’exemple du Songe d’une nuit d’été de Mendelssohn, écrit pour accompagner la pièce de Shakespeare. Cette appétit d’innovation s’inscrit d’ailleurs dans la quête d’identité de la nation allemande, à la recherche d’un opéra germanique qui se distingue de ses voisins français et italiens, alors dominants sur la scène européenne.
Inspiré par le poème éponyme de Byron, Manfred rompt avec les codes établis, en particulier dans le rapport en texte et musique – le compositeur reprend à son compte l’étiquette de « poème dramatique » apposée par l’écrivain anglais à son œuvre. Et de fait, après une Ouverture qui condense tous les thèmes de l’ouvrage, la part musicale se raréfie au fil de la soirée, se résumant parfois à quelques mesures, ce qui ne manque pas de dérouter plus d’un mélomane.

Sans doute aussi, la nature même du drame, confrontation du héros à ses remords, dans une délectation masochiste passablement antipathique, ne favorise pas l’approche. Tandis que Georges Lavaudant à l’Opéra Comique en 2013, comme Carmelo Bene à La Scala trente-cinq plus tôt, a choisi de faire incarner tous les rôles secondaires par le rôle-titre, sans altérer la nature théâtrale de la pièce, Sandra Pocceschi, avec la complicité de Giacomo Strada, l’adapte en un unique monologue, en français, ponctué par les interventions chorales en allemand et quelques citations en anglais. Si l’on pourra discuter l’intérêt du ressassement psychologique d’un mythe peut-être moins intemporel que Faust, la mise en scène offre à Julien Testard une performance théâtrale qui va au-delà du ton monocorde bridant toute emphase romantique, malmenée presque physiquement par un peu de pantomime. Projections vidéo et accessoires de décors contribuent, avec les figurations fugitives des jeunes amants Astarté et Manfred, dévolues à Maud Curassier et Aurélien Ferru, à meubler la pénombre d’un soliloque rehaussée par les lumières de Matteo Bambi et l’appoint sonore de Julien Guillamat – outre les éléments, on retiendra la boîte qui se déplie à la façon d’une croix couchée, probable métaphore du délire christique du personnage.

Côté musique, on appréciera la puissance et l’originalité de certaines pages chorales, assumées par les choeurs, préparés par Noëlle Gény. Ce sont d’ailleurs de ces effectifs que s’extraient les interventions des génies et autres esprits. Quant à la direction de David Neumann, sa vitalité ne libère pas toujours l’Orchestre national Montpellier Occitanie d’une prudence un peu raide.

Manfred, Schumann, mise en scène : Sandra Pocceschi, Montpellier, jusqu’au 3 décembre 2017
Crédit : ©Marc Ginot

Les années 1990 règnent sur Belfort [Entrevues 2017]
Le Festival du film franco-arabe: notre sélection de films!
Gilles Charlassier

Publier un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *