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My fair lady au théâtre du Châtelet : un univers élégant et une pointe de mordant

My fair lady au théâtre du Châtelet : un univers élégant et une pointe de mordant

10 décembre 2010 | PAR Elise Arnould

 

Alors qu’il neige sur Paris, il neige aussi sur la scène du théâtre du châtelet. La première scène s’ouvre sur une magnifique mise en abime. À la sortie de l’Opéra, ­le colonel Pickering est accosté par une marchande de fleur. Si ce dernier s’y intéresse peu, le professeur Higgins en revanche, spécialiste en phonétique se presse d’enregistrer la gouaille de la jeune femme revêche qui ne mâche pas ses mots. Au détour de la rencontre Higgins annonce qu’il pourrait transformer cette jeunette en lady si elle perdait son fameux accent « Cokney ». Une affirmation qui ne tombe pas dans l’oreille d’une sourde et qui amène Eliza Doolittle à lui réclamer des cours pour affiner sa prononciation. La jeune femme mal fagotée ne manque ni d’énergie, ni d’idées et compte bien grimper quatre à quatre les marches de l’ascension sociale pour devenir marchande de fleur en boutique. Un pari entre Higgins et le colonel Pickering scelle l’affaire.

Les costumes créés par Anthony Powell sont magnifiques à la fois classiques et élégants. Les décors réussissent le pari d’évoquer des lieux comme la maison ou la grande bibliothèque sans pour autant rentrer dans une reconstitution poussiéreuse ou sombre de Londres. Ils rappellent une Angleterre des années 30 dans des tons blancs et beiges ce qui confère légèreté luminosité à l’ensemble.

Les quatre rôles principaux sont enthousiasmants. Christine Arand (doublure) campe une Eliza Doolittle rayonnante et éminemment sympathique. Donald Maxwell en Alfred Doolittle ivre du matin au soir est on ne peut plus convainquant. Alex Jeggins est fait pour incarner le professeur Higgins ce vieux garçon en rupture totale avec la gente féminine et nous entrainer dans un  « why can’t woman be more like a man » rythmé et très drôle. Quant à Nicholas Le Prevost, il semble fait pour incarner un colonel Pickering aux accents de gentleman anglais, en opposition à l’intraitable Higgins.

 Inspiré de la pièce de George ­Bernard Pygmalion, My fair Lady présente un tout cohérent si ce n’est un happy end inattendu absent de la pièce et rajouté en dernière minute pour répondre au exigence d’un public refusant la séparation des protagonistes.

Si Higgins parie et réussi à transformer Eliza Doolittle en princesse, il n’en fait pas pour autant une potiche. Si la langue s’affine et si le maintient devient princier le caractère entier d’Eliza Doolittle ne saurait fléchir. Elle s’impose et s’affirme quel que soit la situation, le lieu ou l’entourage. La caractère rebelle de la belle et sa spontanéité ne se laissent dompter et s’expriment en toutes occasions et en tous lieux.  On aime son tempérament impulsif une image de la femme moderne, celle qui prend son éducation en main, celle qui s’affirme en tant que femme et qui est prête à quitter un monde luxueux si elle n’y trouve pas une libre expression d’elle même.  Un désir ardant qui ne l’empêche d’être attirée par cet univers ou tout ne semble être que beauté et raffinement. Eliza est l’expression de cette dualité féminine de celle qui veut être princesse sans rien sacrifier de sa libre pensée et parole, qui compte bien garder son indépendance et être reconnue en temps que collaboratrice de son succès. My fair lady nous présente au final une comédie musicale réjouissante puisque la personnalité innée transcende la classe sociale.

 

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Elise Arnould

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