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« Miss Knife » croque la pomme du paradis perdu

« Miss Knife » croque la pomme du paradis perdu

07 septembre 2014 | PAR Bérénice Clerc

Miss Knife et le Festival d’ile de France avaient convié une foule dense et acquise à son cabaret dont elle partagea la scène avec d’autres esprits burlesques, voix uniques et présences rares furent au rendez-vous de ce spectacle improbable comme on aimerait en voir souvent.

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 Le Trianon écrin taillé dans les moulures et le pourpre vibre de son histoire longue et artistique, Mistinguett, La Goulue, Valentin le désossé, Fréhel et tant d’autres y firent salle comble. Le festival d’Ile de France fidèle à la tradition du cabaret choisit ce lieu pour sa soirée d’ouverture proposée par Miss Knife sans tabou, sans limite, hors du genre et des carcans.

Miss Knife, nous la connaissons bien, elle arpente les scènes de France et de Navarre, sans oublier l’Europe et le monde où elle bouleverse et illumine l’espace de sa présence en un chant désespéré et salvateur depuis de nombreuses années.

Fidèle à sa superbe, de miroirs vêtue, une robe à facettes où le rouge se cache, ses musiciens sculptent l’espace de notes comme un tapis de velours pour sa voix et ses mots pareils à la soie parfois déchirée par trop d’amour.

Désespoir, émotion, rires et larmes se mêlent dans la salle. Les spectateurs ont Miss Knife en adoration, à peine un mouvement de cils ou un jeu de mot lancé qu’ils rient sans réfléchir.

Un set de chanson un peu court puis Miss Knife se transforme en maîtresse de cérémonie, bouche trou pour changement de décors avec blagues et échanges avec le public offert.

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Chez Miss Knife les premières invitées sont Baby Dee and Little Annie, l’étrange pénètre le plateau, nous sommes transportés à New-York, un rythme, une voix, un flow, des mots, des danses, une énergie improbable, un bouleversement sincère.

L’étrangeté fantomatique continue avec Joey Arias, queer, ami de Klaus Nomi et de David Bowie, mistress of seduction pour le Cirque du Soleil, bientôt vedette du Cabaret de Thierry Muggler à Paris.

Une robe noire transparente, les cheveux longs noir jais, une sensualité à toutes épreuves, dès sa première seconde sur scène les spectateurs sont sous le charme. Une voix entre Tina Turner, Billie Holiday et Joan Crawford, Joey Arias maîtrise les graves, les aiguës avec chaleur, folie du rythme et un sens du burlesque surpuissant.

Joey Arias The Goddess

Nan Goldin et Pedro Almodovar pourraient être les scénaristes de cette soirée, le réel semble tellement proche de l’impossible, sont-ce des fantômes revenus pour nous dire l’éphémère de la vie ou des vivants, croqueurs de pomme, porteurs d’espoirs et de paradis perdu ?

Troublant, hors du genre et du temps ils donnent tout, pas un centimètre de leurs corps multiples n’est pas engagé et offert au spectacle.

Joey Arias fut applaudi encore et encore, il revint salué avec Miss Knife puis The Tiger Lillies arrivèrent.

Décadence, costumes et maquillage macabres, comme si Brecht avait rencontré le punk et le cabaret des années 30.

Tristes et drôles, ils restent dans la ligne de la soirée avec cependant une certaine distance, une sorte de quatrième mur, ils montrent, ils jouent, ils font de belles choses mais cela est trop lisse, trop propre ou faussement sale, un peu artificiel quand on a vécu le don de soi artistique précédant.

 Un final collégial superbe sur les Feuilles mortes version anglaise, les voix se lovent avec émotion, Miss Knife donne tout, la nostalgie, la tristesse existentielle se meuvent en joie profonde, l’art  délivre du réel, le théâtre et le cabaret sont à leur juste place.

Le Festival d’Ile de France réussit à merveille sa soirée d’ouverture même s’il aurait pu nous épargner le grand panneau en fond de scène !

Visuel : @DR.

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Bérénice Clerc
Comédienne, cantatrice et auteure des « Recettes Beauté » (YB ÉDITIONS), spécialisée en art contemporain, chanson française et musique classique.

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