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« Letter to a friend in Gaza » : ombres et faute par Amos Gitaï au Théâtre de la Ville

« Letter to a friend in Gaza » : ombres et faute par Amos Gitaï au Théâtre de la Ville

06 septembre 2019 | PAR Yaël Hirsch

Alors que le Théâtre de la Ville se prépare à passer à l’espace Pierre Cardin une journée entière avec l’artiste ambassadeur de l’année, Amos Gitaï, samedi 7 septembre, et que l’exposition Champ de mémoire a lieu jusqu’au 30 septembre, la saison commence avec un spectacle entre cinéma et poésie imaginé par le réalisateur de Kaddosh et Kippour, Letter to a friend in Gaza.

 

Tout commence avec une déambulation d’un clarinettiste noir devant une table de conférence. Makram Khoury (qui a écrit le texte de la pièce), Clara Khoury et Yaël Abecassis y sont assis. La voix de Jeanne Moreau, qui campait Flavius Josèphe dans La Guerre des fils de lumières contre les fils des ténèbres  résonne qui raconte un épisode guerrier de la Bible sur des projections rougeoyantes qui lèchent la scène, comme des flammes.

Tour à tour, et toujours comme dans La Guerre,  les comédiens lisent des textes dans leur langue : des poésies du grand auteur palestinien Mahmoud Darwich, des textes plus prosaïques d’auteurs israéliens comme Yzhak Smilansky. Alors que les textes s’enchaînent avec des rondes musicales de clarinette, accordéon et santour, et que des images du quotidien sont projetées entre les visages noirs des acteurs, sur scène et dans les textes, la filiation est au centre avec une jeune génération qui demande en langue maternelle pourquoi ? Pourquoi le malheur, d’un côté, pourquoi la faute, de l’autre. Seule la poésie polonaise de Szymborska est dite en polonais.

La ronde des ombres, des questions et de l’histoire se poursuit. Jusqu’à ce que, du public, Amos Gitaï monte sur scène pour lire en hébreu une lettre de Camus de 1943 « À mon pays j’ai préféré la Justice peut être parce que je voulais aimer mon pays dans la Justice ». Des images très violentes sont projetées puis c’est le silence … Spectacle lent, volontairement grave et statique, Letter to a friend in Gaza est émouvant quand la vidéo embrase la scène et quand les langues sœurs et ennemies se répondent.

Malgré tout, même en 1:15, le déroulé est peut être un peu trop répétitif pour nous saisir complètement visuellement. Cela nous laisse du temps et de la pénombre pour réfléchir sur la guerre, la paix et la responsabilité. A voir jusqu’à 7 septembre à l’espace Pierre Cardin avant de retrouver Amos Gitaï au Théâtre de la Ville et au même endroit pour Exils intérieurs du 16 au 22 juin prochains.

Visuel : © Autorisation d’utilisation par le service de presse du Théâtre de la Ville. DR

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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