Opéra
Les jeunes mezzos en force : Anna Harvey reçoit le premier prix du 7ème concours Paris Opera Compétition

Les jeunes mezzos en force : Anna Harvey reçoit le premier prix du 7ème concours Paris Opera Compétition

02 février 2022 | PAR Denis Peyrat

Samedi 22 janvier s’est déroulée la finale du Concours lyrique Paris Opera Competition 2022, précédemment connue comme la remise des trophées « les Mozarts de l’Opera ». La soirée,  présentée par Béatrice Uria-Monzon et le journaliste Jean-Michel Dhuez s’est tenue à l’Opera Garnier et a couronné trois jeunes chanteuses prometteuses, dont deux mezzo-sopranos. Elle avait la particularité de proposer une succession d’airs et d’ensembles accompagnés par l’Orchestre Prométhée sous la baguette de Pierre-Michel Durand, et  dans une mise en espace de Florence Alayrac, qui permettait aux artistes en lice de faire également de leurs talents d’acteurs.

Cette 7ème édition du concours bisannuel fondé par le chef d’entreprise Pierre Vernes, auquel il été rendu hommage en début de soirée, s’est déroulée dans des conditions perturbées par la pandémie, puisque les épreuves initialement programmées en 2021 se sont déroulées en deux étapes, la demi-finale de sélection réalisée en vidéo à distance s’étant tenue en 2021. Néanmoins les jeunes chanteurs qui ont préparé leur prestations pendant une semaine dans les studios de l’Opera Bastille ont livré une prestation de belle tenue qui a révélé de belles personnalités de chanteurs et d’acteurs. 

Neuf finalistes internationaux mais aucun français

Les 9 finalistes sélectionnés par le Comité Artistique étaient trois sopranos hispanophones, Maria Brea, vénézuélienne de 31 ans, Maria Carla Pino Cury, 31 ans, originaire du Chili et Serena Saenz Molinero, chanteuse espagnole de 27 ans. On a également remarqué la qualité des trois mezzo-soprano en lice, Deniz Uzun, 28 ans, chanteuse allemande d’origine turque, l’anglaise Anna Harvey, 27 ans ainsi qu’Aytaj Shikhalizada, chanteuse de 28 ans originaire d’Azerbaïdjan. Seulement trois hommes concourraient : George Vîrban, ténor roumain et Luke Scott, baryton écossais, agés tous deux de 27 ans et le benjamin de la compétition, William Desbiens, baryton canadien de tout juste 24 ans.

Ouvrant la soirée avec Lakmé, Serena Saenz Molinero maîtrise la redoutable virtuosité et le suraigu de l’air des clochettes mais semble un peu empruntée dans un jeu de scène très statique. Elle sera ensuite quelque peu en retrait en Giunia dans le duo de Lucio Silla, mais campera en revanche en dernière partie une Sophie touchante dans le trio final du Chevalier à la rose. La Violetta de Maria Brea convainc et émeut dans le duo « Parigi o cara », mais son « Depuis le jour » de Louise, bien que vocalement irréprochable, pâtit d’une prononciation insuffisante et n’emporte pas l’adhésion. Elle est en revanche une Maréchale d’une grande noblesse en fin de soirée. Quand à Maria Carla Pino Cury, elle est une Gretel piquante et enjouée très à l’aise scéniquement dans son duo.  Remarquable également en Ophélie dans le duo d’Hamlet, sa voix légère ne semble néanmoins pas s’épanouir dans la vocalité Donizettienne de Linda di Chamounix

Pour sa première intervention de la soirée, l’écossais Luke Scott déçoit en Valentin : son « Avant de quitter ses lieux » n’a pas la vaillance ni l’aisance requise, en revanche il se montrera beaucoup plus à l’aise en Guglielmo dans le duo de Cosi fan tutte qui convient beaucoup plus à son timbre et en trio dans le Figaro du Barbier de Séville. C’est dans ce même rôle que triomphera l’autre baryton de la soirée, William Desbiens remarquable d’aisance et de rouerie dans « Largo al factotum ». Il est aussi impeccable dans le duo de la rare Fiancée du Tsar de Rimsky-Korsakov, opéra injustement méconnu. Le canadien campera aussi grâce à sa diction parfaite un Hamlet solide, peut-être même un peu trop pour incarner le héros tourmenté de Shakespeare.  Seul ténor de la finale le roumain George Vîrban est beaucoup moins convaincant en Alfredo qu’en Lensky de Eugène Onéguine, qui semble plus proche de sa vocalité et dont il interprète un « Kuda, kuda » tout en retenue et en émotion.   

Mais ce sont surtout les mezzo-sopranos qui impressionnent lors de ce gala.

Deniz Uzun possède un timbre chaud et des graves pleins qui s’illustrent magnifiquement dans le rare air de Jeanne d’Arc dans La Pucelle d’Orléans de Tchaïkovski. Elle est également une Dorabella remarquable et particulièrement bien chantante dans le duo de Cosi fan tutte.  Dotée de moyens magnifiques la mezzo Azerbaidjanaise Aytaj Shikhalizada est une Isabella de grande classe dans « Cruda sorte » de L’Italienne à Alger, et s’affirme une remarquable vocaliste en Cecilio dans le duo de Lucio Silla. Mais elle est surtout une impressionnante Lioubacha de la Fiancée du Tsar, rôle dans lequel on attend impatiemment de l’entendre en scène. Enfin Anna Harvey n’hésite pas à se confronter au redoutable « Parto, parto » de la Clemenza di Tito dans lequel elle démontre une superbe ligne de chant. Remarquablement à l’aise en scène dans les rôles travestis, la mezzo britannique est ensuite tour à tour un Hansel gamin espiègle et irresistible, et un remarquable et très émouvant Octavian dans le trio « Marie Theres » du Chevalier à la Rose, clou de la soirée, dans lequel son timbre lumineux se marie admirablement à ceux de Maria Brea et Serena Saenz Molinero. 

 

Le palmarès, exclusivement féminin, couronne Serena Saenz Molinero, qui reçoit à la fois le 3ème prix du Jury, et le prix du public, décerné via un vote par SMS des spectateurs du Palais Garnier, que la virtuosité étincelante de la soprano espagnole n’a pas laissé indifférents. Le deuxième prix du jury est attribué à Aytaj Shikhalizada dont le timbre chaud et agile a impressionné tant dans Rossini que dans Mozart. Enfin les qualités scéniques incontestables d’Anna Harvey lui permettent de recevoir un premier prix très mérité, grâce à une interprétation remarquable de trois rôles travestis dans des styles très différents. On a particulièrement hâte de pouvoir découvrir en scène son Octavian dans lequel elle triomphera sans doute bientôt.  

Paris Opera Competition 2022
Les lauréates Serena Saenz Molinero, Anna Harvey et Aytaj Shikhalizada

 

Anna Harvey et Julie Fuchs nous ont accordé toutes deux un entretien que vous pourrez retrouver par ailleurs sur notre site.

Pour découvrir tous ces jeunes et talentueux chanteurs, l’ensemble de la finale est ré écoutable sur Radio Classique jusqu’au 30/07/2022.

La soirée a également été captée par Mezzo et sera diffusée sur cette chaine à plusieurs reprises jusqu’au 14 mars 2022.

Le jury de la finale était constitué de :

                        • Anne Solveig-Blanchard – Directrice artistique du Festival international d’Opéra baroque et romantique de Beaune
                        • Julien Benhamou – Administrateur artistique du Festival d’Aix-en-Provence, conseiller artistique de L’Instant Lyrique
                        • Damia Carbonell Nicolau – Directeur de l’administration artistique de l’Opéra national des Pays-Bas 
                        • John Fiore – Chef d’orchestre 
                        • Sophie Joyce – Directrice du casting de l’Opéra National de Paris
                        • Michel Franck – Directeur Général du Théâtre des Champs-Elysées 
                        • Alain Lanceron – Président de Warner Classics & Erato 
                        • Erik Malmquist – Directeur de casting au Bayerische Staatsoper Munich
                        • Richard Martet – Rédacteur-en-chef d’Opéra Magazine
                        • Laurent Pelly – Metteur en scène 
                        • Matthias Schulz – Directeur Général du Berlin Staatsoper unter Den Linden
                        • Ludmila Talikova – Directrice du Département d’Opéra du Bolchoï Theatre 
                        • Eric Vigié – Metteur en scène, Directeur de l’Opéra de Lausanne
                        • Evamaria Wieser – Directrice de casting du Festival de Salzbourg et casting consultant pour l’Opéra de Chicago
L’agenda classique et lyrique de la semaine du 1er février
Nicolas Daubanes, l’alliance des contraires
Denis Peyrat
Ingénieur exerçant dans le domaine de l'énergie, Denis est passionné d'opéra et fréquente les salles de concert depuis le collège. Dès l'âge de 11 ans il pratique également le chant dans diverses formations chorales, en autodidacte mais avec une expérience qui lui permet à présent de faire partie d'un grand chœur symphonique parisien. Il écrit sur l'opéra et la musique classique principalement.

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