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Le Comte de Bouderbala, noblesse oblige…

Le Comte de Bouderbala, noblesse oblige…

06 décembre 2012 | PAR Hassina Mechaï

Il avait retenu notre attention lors d’un passage télé où il avait renvoyé Audrey Pulvar dans ses cordes germanopratines. Elle venait de lui faire la leçon, le tançant sur son sketch à propos des Roms, sketch politiquement incorrect selon elle. Et là on s’était dit que ce jeune humoriste avait décidément du répondant, du mordant et une volonté affirmée de ne pas se laisser enfermer dans un discours lénifiant et creux.

Et cette étincelle d’intérêt a été entretenue lors de l’écoute de ses chroniques décalées dans l’émission de Pascale Clark, sur France inter où il tenait son journal intime ouvert à tous. Sans y toucher, l’air de rien, il montrait un regard fin et ironique sur la cour des miracles qu’est parfois  ce monde. Qu’il explose façon puzzle le style de l’inimitable Yves Calvi, le journaliste le plus anxiogène du PAF, ou qu’il se moque vêtu d’un  slip de l’ambassadeur « cheap »endale Boris Boillon, le Comte de Bouderbala alliait alors intelligence, sarcasmes et comique de situation. Il glissait même parfois une ironie pointue envers la très boboïte Pascale Clark, refusant l’aumône de tout regard paternaliste et protecteur.

Depuis, le spectacle qu’il joue en ce moment à l’Alhambra a largement débouché sur un brasier de rires. Là il promène sur scène une silhouette à la Ben Stiller et un goût pour les détails loufoques à la Jerry Seinfeld; il y déploie surtout une dérision, un sens de l’observation et de l’absurde tout droit inspiré par cet humour new-yorkais qui a innervé toute la scène du stand up américain. Car cette scène typiquement new yorkaise, le comte de Bouderbala la connaît bien, lui qui l’a fréquentée, après des études à l’Université du Connecticut menées parallèlement à une carrière de basketteur. Dans cette Mecque du stand-up, il est le seul humoriste frenchie à pouvoir faire rire dans la langue de George Carlin ou de Richard Pryor.

Mais le Comte de Bouderbala est aussi un natif de Saint-Denis, ci-devant Sami Ameziane, cactus de bitume grandi dans un environnement franco-algérien. Il garde ainsi de cette enfance en banlieue parisienne une vision décalée et une volonté de déstructurer avec humour tous les grands thèmes de la société française, « «Avant, j’étais Arabe, trop dur, j’ai arrêté!», grince-t-il ainsi dans un sourire. Seulement là où des comiques font parfois le beur et leur beurre du sempiternel cliché de fils d’immigré maghrébin, le Comte de Bouderbala déconstruit également ce discours parfois misérabiliste. Avec lui, ce n’est vraiment pas et c’est tant mieux, « touchez ma bosse mon seigneur, voyez mes plaies et riez-en ». Sur une musicalité des mots et du rythme, il donne à entendre un autre discours, plus mature et plus intéressant aussi. Mais cet aspect politique ou sociologique de ses sketchs est comme volontairement mis au second plan, on rit d’abord franchement et seulement ensuite on se rend compte que le discours derrière la franche rigolade est décidément original.  Qu’il se moque de la syntaxe approximative de certains rappeurs, qu’il raconte façon « amazing » l’enthousiasme parfois fatigant des Américains, on rit comme rarement.

Percutant, incisif, décalé et pour tout dire porteur d’un spectacle d’une intelligence rare, ce Comte-là est décidément très bon…

Prolongations à l’Alhambra jusqu’en MARS 2013.




 

 

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Hassina Mechaï

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