Spectacles
Le best of des spectacles de 2016

Le best of des spectacles de 2016

22 décembre 2016 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Et s’il fallait en choisir cinq parmi les centaines de spectacles vus cette année 2016 ? Danse, théâtre, public et privé, voici les tops des rédacteurs de Toute La Culture.

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Amélie

Pour faire un bon top cinq, il faut fermer les yeux, vider son esprit et voir quel spectacle surgit. Pour moi le premier est Place des Héros de Lupa vu à Avignon. Une immersion lente et sublime dans le dur de la violence humaine, sans mièvrerie ni compromis. Ensuite, c’est plus compliqué, il faut remonter en janvier 2016 et refaire mois après moi le point. Alors, s’il faut en choisir quatre autres. Il y a eu le choc Sofia Jupither qui avec November,nous avait fait partager les dernières heures du terroriste Sébastian Bosse, le soir même l’attentat de Nice avait lieu. Avant ça, au printemps le génial François Chaignaud ( dont on aurait pu garder dans ce top la reprise de Mimosa) offrait un show très chaud dans un pas de deux musclé et motorisé à l’Étrange Cargo. C’était Da Vinci Park et c’était ouf. On remonte encore, et en hiver, lors de la biennale de danse de lyon, Sciarroni a avec Turning_motion sickness version, redonné au tour ses lettres de noblesse dans un spectacle électrisant.Pour clore ce top 5, on garde la comédie musicale popu de Pierre Notte, Sur les cendres en avant. Une vraie comédie musicale bien sombre où il court après le bonheur pour surtout ne jamais l’attraper.

Christophe

Commençons par deux femmes pour qui 2016 est un peu l’année. Christiane Jatahy et Séverine Chavrier. Révélée par Stéphane Braunschweig, la première est devenue artiste associée du Théâtre de l’Odéon, la deuxième a été nommée à la direction du CDN d’Orléans pour succéder à Arthur Nauzyciel. Elles ont chacune ébloui notre saison avec What if they went to Moscow, magnifique de vitalité et un doublé Bernhard / Faulkner plein de sensualité et de transgression subversives. Il faut encore citer les grands metteurs en scène internationaux pour leurs audaces formelles, leur regard lucide et poétique sur le monde. Après Vienne et Berlin, l’immense Franck Castorf a présenté au Festival d’Automne à Paris ses Frères Karamazov. C’est une immense lecture de Dostoïevski soutenue par une immense mise en scène portée par une immense troupe d’acteurs allemands. On compte aussi parmi les adaptations de romans au théâtre deux bouleversants spectacles : Les Français de Krzysztof Warlikowski d’après Proust et Les Bienveillantes de Jonathan Littell qui magnifient sublimement l’homme confronté au déclin, à la finitude. Enfin, face à une désespérante actualité politique, le duo Nordey / Richter s’est placé dans les pas et l’esprit du réalisateur allemand le plus contestataire en signant l’excellent Je suis Fassbinder, une bonne claque pour refermer ce top de l’année.

David

Pas facile de choisir cinq pièces sur une année aussi riche car sélectionner c’est oublier des dizaines d’autres. Pour les lieux, nous devons applaudir la programmation de grande qualité de Laurent Sroussi pour le Théâtre de Belleville anciennement Le Tambour royal (avec Une Cantatrice Chauve extra, Ma folle otarie de Notte, ou FARA FARA entre autres), les choix courageux d’Eric Ruf pour la Comédie Française (La Mer de Bond ou le Britannicus de Brauschweig et en ce moment le délicieux Le Petit-Maitre corrigé)  et  la programmation de François Rancillac pour le théâtre de l’Aquarium. (Victor F Psychose 4.48, Garde Barrière et Garde fous de Jean Louis Benoit entre autres).

Pour les comédiens l’année fut celle de Nicolas Bouchaud (Dom Juan mise en scène Jean-François Sivadier), de la merveilleuse Cécile Brune (Tartuffe m.e.s Galin Stoev et La mer de Bond m.e.s Alain Françon), du work addict William Mesguich (Noces de Sang  De Federico Garcia Lorca mise en scène William Mesguich, Pompiers Metteur en scène : Serge Barbuscia , Mémoire d’un fou de Flaubert mise en Scène par Sterenn Guirriec.) et surtout de Coraly Zahonero  de la Comédie Française qui a défendu ‘son’ Grisélidis, succès Avignon 2016 et a joué dans Les Rustres et La Maison de Bernarda Alba.

Puisqu‘il faut toutefois choisir, les trois surprises et  grands bonheurs de cette année 2016 sont :   ANTIGONE  DE Lucie Berelowitsch,  Jacques Weber dans La Dernière Bande de Beckett  et En attendant Godot de Becket mise en scène de  Jean-Claude Sachot à l’Essaion.

Au dessus de ce podium imaginaire, survolant tous et toutes Philippe Caubére aura en 2016 joué La danse du Diable.

Geoffrey

En 2016, l’éblouissement théâtral aura frappé certains en… décembre. Lors de la reprise de l’adaptation de Des arbres à abattre par Krystian Lupa au Théâtre National de l’Odéon, dans le cadre du Portrait consacré au metteur en scène (Toute La Culture avait pu voir le spectacle dans le cadre d’Avignon 2015). Ses 4h20 de représentation – sans compter l’entracte – ont installé un temps humain, venimeux, tragique, suprêmement incarné et intelligent, au sein du vénérable théâtre, et dans nos âmes. On salue la splendide troupe d’acteurs qui nous ont permis ce voyage. En septembre, à Limoges, lors des Francophonies en Limousin, une belle bande nous a offert une autre traversée, très marquante aussi : Five Kings, l’Histoire de notre chute. Les rois britanniques des XIVe et XVe décrits par W. Shakespeare, pris en charge par une dizaine de splendides comédiens, dirigés par Frédéric Dubois. Un spectacle de 4 heures – entractes non compris – aux partis-pris très beaux, à la forme ouverte, aux ruptures de ton brillantes. En janvier de la même année, on gardera en tête deux pièces : Richard III, Loyaulté me lie tout d’abord, mis en scène par Jean Lambert-wild au Théâtre de l’Union de Limoges (puis passé du côté de Paris au Théâtre de l’Aquarium, entre autres), où l’interprétation du duo Elodie Bordas / Jean Lambert-wild lui-même, ainsi que la multitude de procédés utilisés, ont su nous transporter dans un monde étrange ; puis Une famille aimante mérite de faire un vrai repas, ou un texte de Julie Aminthe, monté par Thibault Rossigneux, avec notamment Philippe Girard et Elizabeth Mazev, spectacle dans lequel la qualité de la mise en scène a su composer un monde tout en contraste, et en rythme, entre inquiétude et joie. Vu au Théâtre 95 de Cergy-Pontoise, appelé, hélas, à disparaître… Et pour finir, un dernier titre en forme de petit chouchou : Cette guerre que nous n’avons pas faitetexte de Gaël Octavia mis en scène par Luc Clémentin. A Lilas en Scène, on a pu voir ce spectacle immersif, dans lequel le comédien Vincent Vermignon livrait une fantastique performance, faisant souffler une bourrasque lyrique dans l’espace en forme de bar où nous étions rassemblés. A revoir du côté de Paris, on l’espère, en 2017…

Marianne

La danse grande oubliée de ce best of 2016 ? A la lecture des palmarès de mes co-rédacteurs ont pourrait en effet penser que la voix du mouvement et des corps s’est faite plutôt discrète en cette année pleine de rebondissements. 2016 est pourtant l’année où l’art chorégraphique s’est saisi, plus fortement peut-être, d’un porte-voix, embrassant dès lors une poétique politique sans rien perdre de sa dimension esthétique. Que l’on songe au Désir d’horizons de Salia Sanou qui osait, au cœur des ténèbres des camps de réfugiés, revendiquer un droit à la liberté de mouvement, ou à l’écho tissé par Kyle Abraham dans Pavement avec le mouvement #BlackLivesMatter, la danse s’est imposée comme l’un des portes-parole des sans-parts. Rendre audible ce(ux) qui jusqu’alors n’étai(en)t considéré que comme du bruit, mais également rendre visible ce qui était jusqu’alors invisible comme l’a proposé le Mettre en pièce(s) de Vincent Dupont.  Ce top 3, totalement subjectif, rend compte, s’il fallait encore en faire la preuve de la capacité de la danse de s’affronter aux enjeux du monde.

Araso

Un joli mois de mai est la première chose qui me vient à l’esprit en cette fin d’année. Un mois marqué par un excellent festival SPOT au théâtre Paris-Villette et un coup de coeur totalement inattendu, La Fonction de l’Orgasmeune leçon d’anatomie qu’on n’est pas près d’oublier. Ensuite, me revient souvent en mémoire ce petit bijou caché, un apéro totalement déjanté avec la génialement folle Zelda Fitzgerald, Brûlez-là! au Théâtre du Rond-Point, vu au mois de juin. Au même moment, Wajdi Mouawad, dont je suis le travail depuis de nombreuses années avec un amour inégal me clouait sur place dans le fauteuil bien confortable que j’occupais à Chaillot avec son traitement brillantissime de la crise grecque (et de toute une civilisation) dans Inflammation du Verbe Vivrebasé sur la légende de Philoctète, second opus incontournable d’un triptyque à géométrie variable. N’en déplaise aux ultra-politisés d’un bord ou d’un autre, le chef d’oeuvre We Love Arabs, révélation du OFF d’Avignon et revu au Monfort dans le cadre du festival Temps Danse Théâtre a l’humour corrosif qui met tout le monde d’accord, tous âges confondus. Last but not least la palme de la merveille absolue en danse cette année revient de très loin à The Season’s Canonde la chorégraphe Crystal Pite sur une musique de Max Richter réinterprétant les Quatre Saisons de Vivaldi. Vu à l’Opéra de Paris en Septembre, il suivait l’excellente reprise des Blake Works I dans le cadre du programme Sehgal / peck / pite / forsythe qui ouvrait la saison 16/17 de l’Opéra avec le défilé du corps de ballet. Inoubliable. 

Un Post Scriptum, toutefois: il m’est impossible de ne pas parler de cet instant de pure sensualité qui a vu l’Abbaye du Mont Saint-Michel touchée par la grâce. On en parle trop peu, mais le cirque contemporain recèle de talents dont l’écriture n’a d’égale que la poésie du mouvement. Clin d’oeil appuyé à Clément Dazin, dont la performance unique donnée dans le cadre de Monuments en Mouvement pour le Festival Spring a fait courir un Bruit de Couloir qui a marqué à jamais la poignée de privilégiés présents.

visuel : Place des héros © D. Matvejevas

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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