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La tante Caroline laisse un sacré testament – et Roussel aussi !

La tante Caroline laisse un sacré testament – et Roussel aussi !

10 juin 2019 | PAR Victoria Okada

En ce 150e anniversaire de naissance d’Albret Roussel (1869-1937), le Théâtre de l’Athénée-Louis Jouvet, a fait preuve, une fois de plus, d’une grande audace, en présentant Le Testament de la tante Caroline, l’unique œuvre « légère » et « bouffe » du compositeur sérieux, dans une mise en scène simple mais efficace et une distribution parfaite.

Tille Fechner © Pierre Michel

Une richissime tante décède, et dans sa demeure luxueuse, trois nièces, dont deux mariées et une religieuse, se disputent pour la fortune. Le notaire procède à la lecture du testament qui stipule une clause peu banale. Chaque couple concocte un plan pour récupérer ce qu’il croit de son droit. Mais comme dans toues les opérettes, une surprise de taille arrive, puis…

Acrobatie entre chant et comédie

Les chanteurs-acteurs servent le livret de Nino alias Michel Veber, hyper-réaliste dans le sujet et improbable dans les détails, avec un investissement extraordinaire. En premier lieu, Marie Lenormand dans le rôle de la religieuse Béatrice. Son talent d’actrice n’est plus à prouver, mais dans ce spectacle, son jeu est particulièrement délicieux jusqu’aux regards rêveurs, lorsqu’elle chante son air de pêcheur de sardines breton avec cette bonté innocente, voire pudique !

Marion Gomar et Charles Mesrine ainsi que Luciles Komitès et Aurélien Gasse forment deux couples voraces, chacun avec son caractère bien trempé et caricatural. Marie Perboste (révélation classique de l’ADAMI en 2016 et nomination aux Victoires de la musique classique en 2018) et Fabien Hyon (désormais artiste en résidence au Théâtre de Compiègne) endossent les rôles des anciens employés de la tante, avec un art merveilleusement taillé pour leurs personnages. Romain Dayez, précédemment apprécié au même Théâtre dans le rôle de Bagnolet dans Les P’tites Michu de Messager, campe le docteur avec drôlerie assurée, tandis que Till Fechner incarne le notaire intransigeant qui a un tic de hausser compulsivement l’épaule droite.

Belle esprit de troupe

Les Frivolites parisiennes © Bernard Martinez

Tous ces personnages prennent vie — et quelle vie ! — dans un décor constitué uniquement d’accessoires, grâce à l’imagination débordante de Pascal Neyron, qui d’emblée donne le ton en enterrant le cercueil de la défunte dans la fosse… d’orchestre ! Sabine Schlemmer, avec ses costumes au style joyeusement ringard, apporte sa grande contribution à la réussite du spectacle.

Une trentaine de musiciens des Frivolités Parisiennes sont menés par Dylan Corlay qui, après avoir rendu hommage à la milliardaire dans un habit de prêtre, ressort avec justesse les détails à la fois subtiles et dynamiques de cette merveilleuse partition. L’interprétation orchestrale, les chants et la comédie créent une belle unité dans un bon esprit de troupe, qui est une des clefs, certainement la plus importante, de la réussite de cette œuvre injustement méconnue.

Prochaines représentations : 11 juin à 19h, 12 et 13 juin à 20h.
Reprises : 7 novembre 2019 au Théâtre de Compiègne ; 21 novembre 2019 au Théâtre de Rungis

A noter que Warner Classics/Erato a réédité les enregistrements des années 1950 à 1980 en coffret de 11 CD, avec en bonus des documents historiques de 1928-1930.

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Victoria Okada

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