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La Bombe humaine de Vincent Hennebicq : Utopia @underconstruction

La Bombe humaine de Vincent Hennebicq : Utopia @underconstruction

01 octobre 2021 | PAR Sylvia Botella

Dans un décor d’après-fête recyclé, une actrice enquête. C’est quoi l’anthropocène ? Evitant le discours facile, Vincent Hennebicq signe ici la mise en scène de La Bombe humaine écrit avec Eline Schumacher. Un spectacle d’une admirable justesse qui stimule notre capacité d’agir.

La nouvelle création de Vincent Hennebicq s’appelle La Bombe humaine ! De qui parle-t-elle ? De moi ? De toi ? De nous ? « La bombe humaine, tu la tiens dans ta main… (…) La bombe humaine, see’est toi elle t’appartient, Si tu laisses quelqu’un prendre en main ton destin. See’est la fin, la fin ». Les paroles de la chanson « La Bombe humaine » (1979, in album Crache ton venin) du groupe Téléphone lui sied tragiquement à merveille.

Dans un décor d’après fête en lambeaux – tables et chaises, serpentins et confettis -, elle se tient debout face à nous. Des paillettes bleues zigzaguent sur sa combi bleue. Elle dit : (…) toutes les modifications crées par l’être humain marquent notre entrée dans… l’Anthropocène . Vous écoutez la bombe humaine – épisode 1. L’effondrement ». La fille à paillettes enclenche l’action. On la reconnait, Eline Schumacher. La pièce est là tout de suite : l’actrice montante ; les musiciennes live (Olivia Carrère et Marine Horbaczewski) comme carburant de mise à feu et harmonique ; la régisseuse générale et lumières Aurèlie Perret comme luciole, et le metteur en scène Vincent (Hennebicq) présent aussi comme personnage de sa fiction qui aurait bien voulu créer un requiem/manifesto sur nos peurs avec un orchestre de musiciens zombies. Mais voilà, il a eu un enfant, il a « commencé à angoisser » : « est-ce que ce serait possible ? La fin du monde ? La fin de l’humanité ? ».

Cassandre et misanthrope

La Bombe humaine, c’est bien un récit. Il a même les allures folles d’un podcast vivant en 2 épisodes : L’effondrement et … Mais on est bien ailleurs que dans une pièce ou pire une citation sur l’Anthropocène (ère géologique dans laquelle l’humain a acquis une telle influence sur la biosphère qu’il est devenu l’acteur central. Il a durablement transformé le système terrestre pour garantir le développement des civilisations modernes) et les dérèglements climatiques. La forme, du théâtre dans le théâtre (ou méta théâtre) démembrée, disloquée, à la fois si simple et si riche, témoigne d’une aspiration secrète : prendre congé de tout discours (moralisateur ?) ! Le décor d’après fête recyclé nous invite aussi, et de la manière la plus joyeuse qui soit à prendre de la distance avec la rumination de la dépression. Des raccords de sens, il y en a des centaines dans ces 90 minutes architecturées comme une pièce @underconstruction toute en torsions espace/temps et en embranchements poético-intimes.

On est dans une pièce crépitante, qui nous procure la même excitation qu’une filature et le même mystère qu’une première rencontre avec quelqu’un. On suit l’actrice Eline Schumacher, écorchée vive, à la fois Cassandre et misanthrope dans son enquête. Elle tente d’identifier la nature sinon le sens de ce qui se présente sous ses yeux. Elle y répond par réajustements successifs et précis des différents points de vue qu’elle recueille et de ses échecs : l’échec sentimental avec François (à ne pas confondre avec François Gemenne, spécialiste des questions géopolitiques et de l’environnement même s’il y est interviewé #rire ) ; la culpabilité omnisciente et omnipotente ; la difficulté de convaincre ou même de créer.

C’est bien dans la mise à l’épreuve (ou l’échec) des puissances du théâtre documenté que La Bombe humaine raconte autrement, grâce aux récits intimes et à son onirisme propre, des vérités et une chaine continue de cataclysmes climatiques. On comprend les incompréhensions d’Eline Schumacher. Elle est aussi désemparée que nous, elle n’en sait rien ou presque rien. Elle qui attendait tant de son enquête : une révélation. Elle ne verra pas grand-chose à cause du confinement. Elle vivra le rêve éveillé d’une exploratrice/actrice hyperactive contrariée : une sorte de retraite au Collège Schumacher basé sur l’écologie et les modes de vie durables au Royaume Uni ou le voyage en Islande.

No Future ?

On pourrait craindre que cela devienne le sous-titre. Mais il y a dans La Bombe humaine une étrange transmutation. En acceptant d’être une pièce de la pièce de théâtre @underconstruction, Eline Schumacher rend perceptible la vraie singularité et la véritable puissance du « voir théâtral » : pas un savoir ni la maîtrise de réponses mais l’agencement sensible d’une assemblée de regardeur.ses, dont aucun.e ne peut être à la place de l’autre, et dont aucun.e ne peut donner à voir quoique ce soit seul.e, mais dont la communauté lucide peut rendre possible l’accès à l’épisode 2 : Utopies réalistes.

Comme Théodore Monod, nous en sommes certain.es : « L’utopie ne signifie pas l’irréalisable, c’est l’irréalisé ». Circulez, il y a tout à faire !

La Bombe humaine de Eline Schumacher et Vincent Hennebicq mis en scène par Vincent Hennebicq au Théâtre National Wallonie-Bruxelles jusqu’au 3/10.

Visuel : Eline Schumacher in La Bombe humaine de Vincent Hennebicq et Eline Schumacher mis en scène par Vincent Hennebicq (c) Céline Chariot

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Sylvia Botella

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