Jeune Public
Julien Duval et Philippe Dorin tendres face à la (fin de) vie au Théâtre Paris Villette

Julien Duval et Philippe Dorin tendres face à la (fin de) vie au Théâtre Paris Villette

18 octobre 2020 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Dans ma maison de papier, j’ai des poèmes sur le feu est un texte du roi des écritures scéniques pour enfants, Philippe Dorin. Il est mis en scène à la perfection par Julien Duval. A voir, armés de mouchoirs, au Paris Villette jusqu’au 1er novembre. 

Peut être que la rime est facile, mais Philippe Dorin, c’est toujours bien ! Cet auteur qui n’a jamais pris les enfants pour des idiots signe des textes à la poésie jamais facile. On se souvient du tchekhovien Sœur je ne sais pas quoi frère au Paris Villette en 2014 et nous voici de nouveau dans le même lieu, rénové, quelques années plus tard. 

Carlos Martins gère pour le moment ses apparitions et ses disparitions, mais toujours en smoking. Il est immense et agite ses doigts en parfait prestidigitateur. Mais que veut-il faire disparaître justement ?  Il y a tout au début, une idée géniale pour faire le noir qui nous place dans un monde d’élégance. Ici, rien n’est tape-à-l’œil. Pas de musique d’ambiance, pas de racolage dans la salle.  Ici, le théâtre est, avant tout, tout public, et l’école du spectateur fonctionne à plein tube.

C’est une histoire plus que dure, puisque le sujet de la pièce, c’est la mort. Rien que ça.  Et tout le temps de la pièce se place dans « une pensée ». Oui, une pensée. Mais qui a dit que cela devrait être bref une pensée ?  Sur scène une dizaine de maisons en papier sont le support d’ un imaginaire qui s’avère lumineux.

« Il ne faut pas dire les noms » dit la vieille dame, ou quelque chose comme ça. Et c’est vrai que ce n’est pas l’important. France Darry dialogue avec  son « moi » petite fille (Juliette Nougaret, en alternance avec Camille Ruffié). Rien que l’idée file quelques frissons et fait trembler les paupières. 

La scénographie merveilleuse laisse tomber la neige longtemps et fait craquer des allumettes comme dans le célèbre conte. Ce qui est étonnant c’est que les adultes et les enfants ne reçoivent pas la pièce de la même  façon. Pour les 7-8 ans, il s’agit d’un dialogue entre une grand-mère et sa petite-fille. Cela n’est pas complètement faux. L’idée est même allégorique : peut-on se considérer comme la propre grand-mère de la petite fille que nous étions ?

Dorin joue les funambules dans son texte qui rend la mort glamour. Pourtant les mots sont prononcés sans détour; « mort », « mourir », « c’est ton heure ». Et pourtant, les plus petits ne veulent pas vraiment y croire. Et cela, c’est lié à la finesse de l’écriture et à cette mise en scène toute en dentelle. Même si c’est dit, le contexte du conte rend les choses fictionnelles. 

Bijou absolu, mise en scène et jeux parfaits, ce tout public est un coup de cœur total. 

Au Théâtre Paris Villette- A partir de 8 ans. Du 15 octobre au 1er novembre 2020, ven 16 à 19h, dim 18 à 15h30, mer 21 et jeu 22 à 14h30, sam 24 à 19h, dim 25 à 15h30, mer 28 et jeu 29 à 14h30, ven 30 à 19h, dim 1er à 15h30. Scolaires : jeu 15 à 14h30, ven 16 à 10h

Visuel : ©Pierre Planchenault

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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