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Itzik Giuli :  « Le Festival Israël ouvre sur différentes façons de penser les arts vivants à notre époque ».

Itzik Giuli : « Le Festival Israël ouvre sur différentes façons de penser les arts vivants à notre époque ».

09 mai 2019 | PAR Yaël Hirsch

Du 29 mai au 15 juin, comme chaque année, Jérusalem se transforme un peu en Avignon avec un Festival unique et pionnier de Théâtre, Musique, Performance et de Danse : le Festival Israël. Sous la direction de Eyal Sher et la direction artistique de Izhik Giuli, les plus grands metteurs en scène, acteurs, musiciens, danseurs et chorégraphes se retrouvent à Jérusalem pour deux semaines de secousses esthétiques. Nous avons rencontré Izik Giuli, metteur en scène israélien important, collaborant avec Yasmeen Godder, et qui construit la programmation du Festival depuis cinq ans.

Depuis combien de temps êtes-vous directeur artistique du Festival ?
C’est la cinquième année que je dirige le festival Israël. Je m’occupais avant de la direction artistique d’un festival de dance et ensuite, j’écris également pour le théâtre et je suis un metteur en scène indépendant qui travaille en Israël depuis un certain temps.

Ce festival est le plus grand d’Israël en termes de créations. Est-ce principalement financé par l’Etat. Avez-vous des sponsors privés ?
Absolument. Nous avons des subventions de l’Etat, des subventions de la ville, de certaines fondations privées et également d’institutions culturelles de différents pays.

Quel est l’objectif premier du Festival ?
C’est un festival international qui apporte des créations contemporaines du monde entier qu’on n’a pas encore vues en Israël et qu’on ne peut voir nulle part ailleurs, d’une certaine manière. Nous observons le paysage culturel en Israël depuis différentes institutions et nous choisissons des spectacles que le public israélien ne peut pas voir en temps normal. En général, les œuvres internationales sont des œuvres qui ont déjà été montrées ailleurs pour chacun c’est leur première en Israël. Nous essayons d’ouvrir différentes fenêtres, différentes discussions, différentes façons de penser les arts vivants à notre époque.

Il y a donc des spectacles qui viennent du monde entier ?
Le programme international est très riche. Cette année, le brésilien Marcelo Evelin vient avec une pièce inspirée d’un livre d’Elias Canetti, auteur allemand qui a obtenu le prix Nobel. Canetti a écrit ce livre fondamental sur le pouvoir, Masse et Puissance en 1960, sur la manière dont les individus s’agrègent pour former des foules. Evelin a adapté ce livre pour en faire une installation très dense. Nous avons deux pièces de Cullberg, la compagnie de Jefta van Dinther, la danseuse sud-africaine Robyn Orlin qui vient avec une pièce en solo. La même soirée, il y a Steven Cohen avec une pièce magnifiquement touchante Put your heart under your feet and walk ! (Lire notre critique). Nous avons Phillipe Quesne avec La nuit des Taupes et le Song of Goat Theater de Pologne qui propose une version très intéressante du Roi Lear, chantant en copte et en latin. Il donne vraiment une perspective différente et puissante de Shakespeare. Il y a aussi Martin Zimmerman, un acteur très physique qui nous vient de Suisse.

C’est une première pour Philippe Quesne ?
Oui. Il vient avec sa communauté des taupes ! Dans ses spectacles, Quesne observe les taupes. C’est un animal solitaire qui ne voit pas et qui vit terré avec ses congénères, tentant de coexister dans des caves… Tout comme nous, un animal qui vit, qui respire, qui donne naissance. C’est un autre point de vue sur la question de la communauté.

Et pour les spectacles israéliens, ils sont créés exclusivement pour le festival ? C’est la première qu’elles seront présentées au public ?
Oui, ce sont des créations. Et il s’agit également du premier voyage en Israël pour une grande partie des artistes invités. La plupart d’entre eux ne sont jamais venus avant.

Et comment atteignez-vous un équilibre entre danse, théâtre, performances et musique ? Est-ce qu’il y a un certain nombre de créations par genre ?
Non, il ne s’agit pas de compter. C’est vraiment le travail, l’œuvre qui nous intéresse, nous voulons qu’elle nous transporte. Cela m’est égal qu’il y ait plus ou moins de théâtre ou de danse. Il y a de nombreux facteurs qui entrent dans la sélection. Est-ce que les compagnies pourront venir, ou non ? C’est quand vous avez la vision d’ensemble à la fin que là, vous pouvez voir. Ce n’est qu’une fois que nous avons le programme que nous pouvons identifier un motif. Nous choisissons des créations. Et ensuite, lorsque nous avons fait notre sélection et que nous avons les spectacles sur la table, nous les regardons et nous nous demandons comment ils s’agencent. Y-a-t-il un thème ? Des questions communes ? Et nous nous rendons compte que, chaque année, quelque chose de commun se dégage.

Quel est le thème qui se dégage pour 2019 ?
Cette année, les spectacles abordent tous la question de l’identité et de la communauté, chacun avec un angle passionnant et bien spécifique.

A Jérusalem, cette problématique de l’identité et de la communauté prend-elle une intensité et une coloration particulière ?
Je pense que la question de l’identité a toujours été particulièrement pertinente, même si Israël a connu et connaît des questions extrêmes sur le sujet. Le débat politique de savoir qui nous sommes ensemble est très pertinent. Comment est-ce que l’on coexiste ? C’est une question importante dans la vie d’un pays. Comment réunir toutes ces parties du puzzle ? Il s’agit d’aller au-delà de la question de l’identité. Est-ce qu’une identité peut décider de ce qu’est un pays ? Ou est-ce que l’essence d’une démocratie est d’autoriser tout le monde à vivre sous les mêmes lois et valeurs de liberté, d’égalité…

Quelle est la première pièce choisie pour cette programmation 2019 ?
Cette année, en fait, du côté israélien, nous nous sommes décidés assez tôt que nous ferions une ouverture au festival qui soit notre propre création. D’habitude, nous nous partageons le travail avec d’autres institutions. Et on a décidé de reprendre le théâtre avec de jeunes artistes qui font aussi bien de l’électro, du rap et de la musique africaine. Donc, il s’agissait de réunir toutes les communautés qui font ces genres de musiques en un spectacle en extérieur. Et après ça, rentrer à l’intérieur du théâtre, sur la scène et créer ce club afin que les artistes partagent leurs créations avec le public et qu’ils puissent continuer leurs explorations. Donc c’est cette idée des communautés se réunissant ensemble dans la liberté de s’exprimer, peut importe ce qu’ils veulent dire… De parler, de se réunir librement. La nuit d’ouverture proposera également une version participative de Roméo et Juliette par le Elad Theatre avec un banquet, avec de la nourriture, à l’extérieur, dans le jardin du musée d’histoire naturelle de Jérusalem.

Quel est votre public ?
En termes d’audience, le festival avait un public qui vieillissait. Depuis 4 ans, nous essayons de le rajeunir pour atteindre les 22 -44 ans l’an dernier. Donc, il y a un public plus jeune qui vient, plus ouvert et prêt à prendre plus de risques. C’est plutôt un bon mélange. Pour moi le festival est là pour faire cette expérience. Nous mettons également en œuvre de nombreuses conversations avec des audiences différentes. C’est très important pour moi. Je vais dans des écoles pour faire des lectures, pour avoir une discussion et pour intéresser les jeunes générations.
visuel : affiche du festival

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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