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Interview de Pierre Duforeau : « Chalon dans la rue est résolument un festival de création »

Interview de Pierre Duforeau : « Chalon dans la rue est résolument un festival de création »

17 juillet 2019 | PAR La Rédaction

Du 24 au 28 juillet a lieu l’édition 2019 de Chalon dans la rue, de l’eau au moulin. Pierre DUFOREAU, le directeur artistique de ce Festival des espaces publics concentré sur la création, où le public est invité à participer et où 90 % des spectacles sont gratuits (et à réserver), a répondu à nos questions.

Combien de compagnies réunit Chalon dans la rue ? Qui sont les invités internationaux ?

Le festival accueille toutes rubriques confondues environ 160 projets artistiques. Les compagnies étrangères sont présentes dans toutes les rubriques. Nous avons, à titre d’exemple des compagnies belges : Balbàl company, Canicule (Cie), Elodie Doñaque, O Quel Dommage, Odile Pinson (Cie), Royales Marionnettes (Les), Vrais Majors (Les), des compagnies suisses : 3615 Dakota, Ici’Bas… Les compagnies de la rubrique « coopération internationale » ont une place particulière : ce sont des projets programmés par des festivals partenaires de différents pays. L’enjeu est de rendre visible la variété des démarches, ainsi que la convergence des questionnements sur la fonction de la création dans sa relation à l’espace public. Les festivals partenaires sont Les une fois d’un soir (Belgique) avec Victor B, le Gwacheon Festival (Corée du sud) avec CCOT, la Plage des six pompes (Suisse) avec Panorama Kino Theatre, le Deventer Op Stelten (Pays-Bas) avec la compagnie Woest.

Quelle est la place des créations ?

Chalon dans la rue est résolument un festival de création. Il ne s’agit pas d’un rendez-vous qui accumule les spectacles en diffusion, que l’on peut retrouver dans de nombreuses manifestations. Nous souhaitons que la création soit au centre de notre démarche. Le sous-titre est la première facette de cette notion de création. Il s’agit d’un projet à l’année où nous demandons à des artistes de disciplines différentes d’imaginer une création commune, en s’inspirant du territoire et de ses habitants. Le sous-titre de chaque édition (cette 33ème édition est sous titrée « de l’eau au moulin »), a pour objectif de créer un récit qui ancre la manifestation dans une approche sensible, où l’imaginaire à sa place. L’équipe artistique intervient durant toute l’année pour explorer une thématique et en proposer une spectaculaire lors du festival. La seconde facette de la création est le changement majeur de l’année et une programmation éditorialisée en rubriques. Créations in situ, Parti pris de création, L’espace des tentatives, Jeune public, Coopération internationale, La sélection officielle : 6 rubriques comme autant de facettes de la création en espace public. « Partis pris de création » accueille exclusivement des créations de l’année, avec tout ce que cela sous entend de prise de risque, d’accompagnement et de liberté d’expression. Dans cette rubrique, ce sont des spectacles dits « de tournée », qui seront diffusés dans les mois et les années à venir dans d’autres manifestations. La rubrique « création in situ », invite des projets qui sont dédiés à notre manifestation, soit parce qu’ils sont entièrement contextuels comme le projet « balades » d’Elodie Doñaque, soit parce qu’ils proposent des rencontres particulières entre artistes et spectateurs. C’est le cas par exemple de Flânerie Queer. Cette notion de création est aussi la composante principale de la rubrique « espaces des tentatives » où nous invitons des artistes qui ne se connaissent pas à explorer collectivement la thématique de la semence. C’est le processus de création qui est alors partagé chaque jour avec le public au cœur du festival. La sélection officielle, le plus gros de la programmation avec 128 compagnies, comprend elle aussi de nombreuses créations(mais pas exclusivement).

Le off devient « sélection officielle » pourquoi?

Ce glissement sémantique a pour objectif de nous faire prendre conscience. – que les 128 compagnies accueillies dans la sélection officielle sont sélectionnées par l’équipe du festival (cette année quelques 1200 candidatures). Elles reçoivent de notre part un véritable accompagnement (technique, insertion dans le catalogue). Nous cherchons à les valoriser. – qu’il s’agit de la principale offre artistique en volume – que ces compagnies viennent jouer à titre promotionnel. C’est un réel investissement pour ces équipes, le reflet de la fonction « marché » du festival Chalon dans la rue. Par ailleurs, la mise en place d’une programmation éditorialisé insiste sur une manifestation globale. Nous avons besoin de toutes ces propositions artistiques pour que Chalon dans la rue reste un événement phare et attractif. Les rubriques ne reflètent pas une hiérarchisation des propositions artistiques, mais la pluralité des démarches et des enjeux. Une présentation nouvelle de la manifestation pour donner plus de clarté et de visibilité aux spectateurs.

Quel rôle jouent les « figurants » ?

Ils participent de la rencontre, fondamentale pour nous. La rencontre entre une compagnie extérieure et un territoire, entre des artistes et le public. Les figurants vivent une expérience forte pendant le festival et la partage avec le public.

Parlez-nous du volet jeunesse et des cours …

Les cours sont des espaces scénographiés pris en charge par des collectifs d’artistes. Des petits mondes dans le grand univers du festival. Des lieux festifs, atypiques où le public peut facilement passer une journée entière avec une programmation complète, des espaces de restauration, des soirées avec concerts. Les cours aussi participent de la rencontre. Ce sont des lieux gérés directement par les artistes avec leur propre vision. Des lieux complémentaires à la programmation « officielle » du festival. 

90 % des spectacles sont gratuits, comment fonctionne votre modèle économique?

Nous sommes clairement dans le cadre d’une politique publique culturelle avec plus de 90% de subventions. Cela a ses avantages en terme d’accessibilité pour les publics ; nos manifestations sont les plus transgénérationnelles dans le secteur culturel et ses inconvénients ; nous échangeons régulièrement avec des partenaires qui n’ont pas la pleine conscience de l’ensemble du projet. A nous d’être persuasif et suffisamment à l’écoute pour inventer une manifestation artistiquement exigeante, populaire et aux multiples impacts économiques. La diversification des ressources reste un exercice complexe, mais indispensable pour boucler le financement de nos projets. Programmer 160 projets artistiques représente un gros volume qui nécessite une infrastructure de manifestation très importante (temps de travail de préparation, moyens humains, matériels). Une grande partie des financements du festival est consacré à l’accueil des artistes et des spectateurs, sans compter les coûts de sécurité et sûreté qui incrémentent selon la taille de la manifestation. Au-delà de ces considérations pragmatiques, ce nombre important de propositions artistiques permet à notre manifestation d’être un rendez-vous décisif pour le secteur artistique des arts en espace public. Une attractivité importante pour le territoire, une plateforme exceptionnelle pour les relations entre artistes, producteurs, diffuseurs. Mais n’oublions pas le public. Pour nous il est et doit rester au centre du projet. C’est avant tout cette rencontre entre œuvre et public qui nous anime et motive notre travail. Offrir à un large public (à des publics) un vaste panorama artistique : éclectique, bigarré, ouvert. Il y en a pour tous les goûts, avec un souci permanent d’exigence artistique et de qualité de monstration.

Qu’est-ce que la Flânerie Queer ?

Versant Queer est une association grenobloise qui milite autour de la question du genre. Beaucoup Beaucoup est un groupe de musique électro – techno. La combinaison des deux donne Beaucoup Beaucoup Versus Versants Queer. Il s’agit d’une invitation à une randonnée singulière où d’étapes en étapes les participants se maquillent, ajoutent des accessoires, se transforment. Cette marche questionne le genre sans aller vers un discours moralisateur ou caricatural. Le sujet se traite avec humour et légèreté, par le ressenti et l’expérience. La marche est aussi un moment d’échange. On discute, on rit, on partage. La randonnée se termine par un concert de Beaucoup Beaucoup.

visuel : affiche du Festival 

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