Humour

Les jeudis et vendredis David Azencot est « Inflammable » au 13ème Art

Les jeudis et vendredis David Azencot est « Inflammable » au 13ème Art

06 novembre 2017 | PAR Yaël Hirsch

Ancien publiciste, David Azencot fait le pari brûlant du stand-up tous les jeudis et vendredis à 19h, au 13ème Art. Un spectacle où l’on apprend ce que sont les Big Datas, que les chats sont lâches et où les frontières de l’humain sont mises en question.

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Pour parfaire l’exercice de la Revue de Presse, David Azencot a choisi l’option upper-class : l’humour noir. Il commence directement au cœur du sujet : la religion et la foi. Non sans se priver de certaines comparaisons en-dessous la ceinture pour faire rire mais en donnant surtout des précisions d’excellent niveau sur le wahhabisme ou l’origine du sionisme. L’on rit et l’on apprend, même quand l’humoriste déconstruit en interaction avec le public, les noms et les genres. Le premier sketch est donc une mine de renseignements qui a l’élégance de finir sur une jolie boucle brillante : le bruit de botte du soldat allemand qui a accompagné le préposé de Vichy demander des juifs à Mohamed V (accès refusé).

Sujet deux, toujours au top de nos préoccupations : le web. David Azencot joue tout de go de l’effet de boucle générationnel sur les cagnottes leetchi. C’est sympa, c’est moderne : simple et funky. Sauf que la suite s’emballe, on en prend plein les neurones sur le transhumanisme, les Gafa et les Big Data. Et l’on s’arrête tout juste avant la Block-Chain, ouf!

Sujet trois, qui court tout le long du spectacle : les animaux, faut-il en manger ou pas? Pas végétarien pour un sou, l’humoriste voit en noir la surexploitation et parvient à nous faire rire avec sans jamais aller jusqu’à défendre la décroissance. On lui pardonnerait presque de placer les femmes dans la suite logique de son traitement des animaux, quelque part entre Weinstein et les Antigones de Warlikowski.

Très à l’aise sur les thèmes qu’il aborde parce que smart et cultivé, David Azencot est aussi très didactique : ce qu’il raconte est clarifié pour un public de stand-up qui n’est pas forcément – hypothèse de travail! – branché sur France Inter tout la journée. Il y a quelques bons mots et quelques mots grossiers pour créer de la connivence. L’on sourit souvent, sans rire franchement, en se disant que l’humoriste a peut-être raté une vraie carrière universitaire et qu’en tant qu’humoriste, il gagnerait à assumer le côté « intello » et élitiste de ce qu’il nous offre, en affinant encore l’emploi des mots et en plaçant tout le sens qu’il leur donne derrière cette musique agile. Sans renoncer à travailler son mime et son jeu, il pourrait forcer ce trait qui fait tout le charme de ce spectacle auquel on a envie de dire comme à une dissertation qui pourrait être excellente : « Quelle est votre problématique? ». Une voix à découvrir en tout cas et un humoriste dont on va entendre parler.

visuel : affiche du spectacle

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Yaël Hirsch
Co-responsable de la rédaction, Yaël est journaliste (carte de presse n° 116976), docteure en sciences-politiques, chargée de cours à Sciences-Po Paris dont elle est diplômée et titulaire d’un DEA en littérature comparée à la Sorbonne. Elle écrit dans toutes les rubriques, avec un fort accent sur les livres et les expositions. Contact : [email protected]

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