Humour
Baptiste Lecaplain ose dans un troisième show turbulent et truculent

Baptiste Lecaplain ose dans un troisième show turbulent et truculent

03 janvier 2022 | PAR Lucas Liberati

Il a affiché complet au Café de la Danse du 21 au 27 décembre, avec Voir les Gens, Baptiste Lecaplain fait plus trash en gardant sa pâte et son énergie débordante. 

Un retour haut en couleurs

« Si vous n’aimez pas le mime et les gens qui crient, pourquoi vous allez voir un spectacle de Baptiste Lecaplain » vocifère un des animaux imaginaires avec lequel se dispute l’humoriste dans une envolée lyrique, mêlant absurde et jeux de mots, que l’ancien de Bref maîtrise à la perfection. Tout est très écrit et tout à un sens même si les pérégrinations mentales du jeune papa pourraient faire croire à de l’improvisation. Trois ans après la fin d’Origines, son excellent précédent spectacle, le comédien récemment vu dans la série Rebecca sur TF1 n’a pas perdu de sa superbe sur les planches. Si dans le thème de la famille, on retrouve du Florence Foresti en surface, le trentenaire n’hésite pas à transgresser la morale en allant beaucoup plus loin que sa consœur sur la sexualité dans la paternité ou l’irresponsabilité parentale notamment. 

Un spectacle écrit à quatre mains aiguisées

Pour écrire ce spectacle, Baptiste Lecaplain s’est entouré de Florent Bernard (dit FloBer) connu pour être auteur de fiction pour Internet (Golden Moustache, Studio Bagel) et Canal + (La Flamme, Bloqués) ou encore comme animateur du très populaire Floodcast, un podcast déjanté où il reçoit chez lui des invités du web et d’ailleurs. Lecaplain et lui avaient déjà collaboré dans l’écriture de Pitch, programme court d’humour absurde et survolté sur Canal + où Baptiste Lecaplain incarnait un producteur de cinéma raté et blasé à la recherche d’un grand projet pour faire décoller sa carrière. Dans Voir les gens, on retrouve la pâte de Flober dans l’humour parfois très potache, inspiré des comédies américaines des années 90-2000 et dans la phase plus sérieuse du spectacle dans laquelle est abordée l’échec amoureux, un de ces thèmes de prédilection dans la fiction. Instillé en fin de spectacle, ce moment où l’on rit moins ajoute un peu de corps et d’enjeu à ce seul en scène où les vannes s’enchainent et se répondent au pas de course et permet de les apprécier encore davantage sachant qu’elles ne sont jamais loin, même dans l’apparente solennité d’un moment grave. 

Une galerie de personnages inépuisable au service du récit

Les parties de stand-up « classiques », assez inégales dans leur drôlerie, sont dynamités par la folie de Lecaplain entrecoupant son récit de personnages farfelus vivant dans sa tête et qu’il incarne au grand jour. Si dans les précédents spectacles, vous avez pu apprécier le fantôme nymphomane d’Edith Piaf, le kangourou livreur de pizza avec la voix de Christian Clavier ou encore le paniqué dernier crabe restant dans l’aquarium du rayon poissonnerie. Vous ne serez pas déçu par l’incursion d’une grande actrice française en donneuse de leçons, le sordide vrai visage des Sept Nains, la découverte des arrière-pensées d’une abeille ouvrière ou celles de ces malicieux congénères à poil et à plumes jalonnant le spectacle.
En effet, l’heure et demie de show foisonne de digressions et de trouvailles hilarantes, mais revenant toujours magiquement à la trame par d’astucieux truchements. En outre, le spectacle écrit avant les confinements (et ayant subi trois reports sur un an et demi) a le bon goût d’éviter de parler de la pandémie et dépoussière quasiment sans fausses notes des thèmes qu’on pourrait croire franchement éculés comme celui du « choc des générations » ou de la relecture des contes. 

Si le programme paraît chargé, c’est normal, il l’est. Mais, même si l’on ne sait pas toujours par quel bout on va y arriver, Lecaplain retrouve toujours son chemin et nous emporte, avec son œil ciselé, dans son quotidien de papa, trentenaire, parisien distordu par le prisme du rire, de l’absurde et de l’outrance mêlé parfois à l’émotion. Alors même si vous n’aimez pas trop les mimes, les aspirateurs sans sac ou les animaux qui parlent, allez-y quand même, ça décoiffe.

Le spectacle Voir les Gens de Baptiste Lecaplain est à retrouver à Paris au Théâtre de la Renaissance à partir du 12 octobre 2022, à l’Olympia du 11 au 15 avril 2023 et entre-temps, en tournée dans toute la France. Informations et réservations

 

Visuel © Affiche de Voir les Gens

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