Humour

ASMR ou Caroline Vigneaux ? toutelacuture.com a tranché pour vous

ASMR ou Caroline Vigneaux ? toutelacuture.com a tranché pour vous

04 janvier 2019 | PAR La Rédaction

Aujourd’hui pour se détendre, de nombreux choix s’offrent à nous, comme de passer des heures sur Internet, ou sortir aussi. Mais quand on apprend que l’un des derniers buzz s’appelle les ASMR, on se dit qu’on ferait bien mieux d’aller pointer son nez dehors.

Par Cyril Montana

En effet, les ASMR, littéralement Autonomous Sensory Meridian Response, que l’on peut traduire par Réponse Sensorielle Autonome Culminante, sont des vidéos improbables qui comptent des dizaines de millions de vues, et dans lesquelles des gens chuchotent tout en faisant des bruits destinés endormir ceux qui les écoutent. Il y en a une très connue, par exemple. C’est une jeune femme dont on ne voit que la bouche et le bout du nez, qui mâchouille en live une ruche pleine de miel avec tous les sons buccaux que cela provoque. Mais elle peut tout aussi bien manger une plante d’aloe vera, ou même des lézards séchés, apparemment très croustillants.

Il serait donc clairement plus sage de privilégier les spectacles d’humour, comme celui de Caroline Vigneaux au Palais des glaces, « Croque la pomme ». Avec un tel titre, il est vrai qu’on pourrait hésiter au premier abord à ranger son écran de smartphone. Et puis, le fait que ce soit une ancienne avocate qui ait tout lâché pour se produire pourrait aussi rebuter. Rebuter à cause de cette peur de tomber sur une ancienne salariée coincée dans sa petite vie rangée, et qui rêve de faire de la scène en se trouvant terriblement douée devant le miroir de sa salle de bain. Avec un résultat tout juste au niveau d’un spectacle de fin d’année de comité d’entreprise. Et puis cette peur d’avoir à quitter la salle avant la fin, et de déranger ses voisins en chuchotant comme dans les ASMR.

Mais ce qu’il y a de bien avec Caroline Vigneaux, c’est que bien qu’elle se pointe juste après le lever de rideau avec une espèce de tailleur rouge qui incite à augmenter le doute sur la suite, au bout de trois minutes, on est plié en deux sur son siège. Elle commence avec l’histoire d’Adam et Eve revisitée à sa sauce, et enchaîne sur des sketchs en même temps très engagés, et totalement déjantés, parfois même trashs, avec un humour terriblement corrosif.

Elle est certes profondément féministe, mais pas un féminisme lourdingue. Elle y étrille la gente masculine tout autant que la féminine, nous parle des poils au nez, d’un certain Brad Bite croisé sur Tinder, de Marguerite Duras, Olympe de Gouges, avant d’improviser avec le public dans des joutes verbales hilarantes. Dès qu’elle tient un spectateur, elle ne le lâche plus. Et à chaque fois, on se dit qu’elle va finir par faire un bide, ne pas trouver le rire au bout de sa phrase, ou en faire trop. Mais pas du tout, elle excelle en impro. Elle fait le même effet qu’un avion qu’on verrait partir en piquet vers le sol, et qui au dernier moment repartirait de plus belle en un looping aérien virtuose, en forme de vanne acide à en pleurer de rire.
Tout le monde trinque, les jeunes, les vieux, les enfants, les femmes, les hommes, les chiens, les moins de vingt ans, les plus de quarante, les machos, les blondes, et elle-même aussi, quand elle parle des avocats dont elle faisait partie avant de décider de suivre ce pour quoi elle est clairement destinée : l’humour sans tabou.

Si vous êtes est un peu chanceux, son régisseur Moussa vous emmènera dans les loges. Il suffira d’ouvrir la bonne porte, celle sur laquelle rien n’est écrit, d’emprunter l’escalier qui descend sous terre, puis le long couloir, pour parvenir dans une toute petite pièce surchauffée, avec un canapé, une table contre le mur, un grand miroir, tout plein de pots de maquillage, et les pinceaux qui vont avec. Caroline y évoquera certainement Olympe de Gouges qu’elle admire, en précisant que si seulement deux personnes qui ne la connaissaient pas avant son spectacle la googlise en rentrant chez eux, c’est une soirée réussie.

Alors, si au lieu de retrouver un chien en mode ASMR qui mange une orange, ou de la laitue, on préfère la bio d’Olympe de Gouges, on y apprendra qu’elle est considérée comme la première féministe au 18ème siècle qui a écrit la déclaration de droit de la femme et de la citoyenne en 1791 « la femme naît libre et demeure égale à l‘homme en droit ». Que pour avoir osé, elle sera guillotinée en 1793 non sans avoir écrit que si « la femme a le droit de monter sur l’échafaud, elle doit avoir le droit de monter à la tribune », et qu’elle s’est aussi ouvertement prononcée contre l’esclavage. C’est ainsi qu’a été traitée celle qui n’a commis qu’une faute, celle d’avoir eu raison deux cent ans trop tôt.

Entre Internet et Caroline Vigneaux, il n’y a donc plus à hésiter une seule seconde, puisque la bonne nouvelle est tombée : son spectacle est prolongé en janvier au Palais des glaces, et elle enchaînera ensuite sur une tournée en France courant 2019.

 

 

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One thought on “ASMR ou Caroline Vigneaux ? toutelacuture.com a tranché pour vous”

Commentaire(s)

  • david

    Je connais tout à la fois Olympe de Gouge et l’ASMR (désolé, on ne dit pas « les ASMR » dans le milieu), j’apprécie les deux, et je trouve votre crtitique de l’ASMR consternante… mais bon je pense que vous n’avez pas assez de « toute la culture » pour pouvoir apprécier ce concept… Vomir sur les uns pour mieux encenser les autres, c’est ça votre idée de la culture ?

    janvier 7, 2019 at 12 h 05 min

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