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[Festival d’Avignon] Retour manqué pour Preljocaj

[Festival d’Avignon] Retour manqué pour Preljocaj

20 juillet 2015 | PAR Christophe Candoni

Avec Retour à Berratham, créé dans la Cour d’honneur au Festival d’Avignon, le chorégraphe Angelin Preljocaj signe une spectacle péniblement plat et opaque.

Un pays dévasté par la guerre civile se déploie métaphoriquement dans un décor assez sommaire fait de carcasses de voitures calcinées, de sacs poubelle et de grillages. Adel Abdessemed, un artiste à l’univers plastique très fort et violent, signe sa première scénographie pour le théâtre. Un jeune homme marche sur le territoire qui a été autrefois le sien, qu’il a fui et qu’il redécouvre transformé, méconnaissable, pour tenter d’y retrouver son premier amour Katja.

Son histoire tumultueuse est narrée à trois voix par Laurent Cazenave, Niels Schneider et Emma Gustafsson, des jeunes comédiens récitant de la manière la plus atone et dépassionnée qui soit. Cela ne met pas en valeur le texte de Laurent Mauvignier, trop long, trop lourd, écrasant. A l’exception de quelques pas de deux sensuels, la danse souvent gesticulante et trop cérémonieuse de Preljocaj n’est guère plus passionnante. Et les deux éléments phares du spectacle donnent l’impression désolante de ne pas se rencontrer.

Angelin Preljocaj a déjà porté avec succès des textes littéraires sur scène dans une forme de théâtre dansé souvent juste et plus intime. Citons Le Funambule de Genêt ou Ce que j’appelle oubli qui fut sa première collaboration en 2012 avec Laurent Mauvignier. Cette fois, il a passé commande à l’écrivain d’une tragédie épique contemporaine dont la matière trop imposante se dilue au point qu’on dirait que la scène n’est pas traversée par le propos. Rien ne parvient, ne bouscule, ne touche, ne reste au sortir de cette ennuyeuse plongée dans le noir post-apocalyptique.

Un catastrophique Roi Lear par Olivier Py, ce soporifique Retour à Berratham… Pas un bon spectacle au Palais des Papes cette année, pas non plus l’année dernière. Qu’a fait le public pour mériter pareille punition ? On annonce Ivo van Hove l’été prochain, malheureusement pas avec sa merveilleuse troupe du Toneelgroep Amsterdam, mais tant pis, c’est enfin un grand metteur en scène attendu dans la Cour !

Visuel : Retour à Berratham © Christophe Raynaud de Lage / Festival d’Avignon

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III).Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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