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[Festival d’Automne] Mansudaetak-gut, un rituel chamanique rare ouvre l’année France-Corée

[Festival d’Automne] Mansudaetak-gut, un rituel chamanique rare ouvre l’année France-Corée

22 septembre 2015 | PAR Christophe Candoni

Tandis que s’ouvre l’année France-Corée à Paris, Kim Kum-hwa, un « trésor national vivant », accompagnée de ses chamanes assistants et de ses musiciens, a offert au public du Théâtre de la Ville plus de quatre heures d’évasion spirituelle avec le Mansudaetak-gut, un rituel chamanique pour la sérénité réalisé pour la première fois hors de Corée. Un événement !

Rien n’est plus beau au théâtre que lorsque celui-ci s’apparente à un voyage immobile au cours duquel, simplement assis dans son fauteuil, on se surprend à être ailleurs et s’y sent complètement dépaysé. C’est pour le moins ce qu’on a vécu ce dimanche 20 septembre et l’on doit cette sensation rare à Kim Kum-hwa invitée par le Festival d’Automne à Paris.

Née en 1931 et initiée très jeune à l’art des mudang, Kim Kum-hwa, à 68 ans de carrière, est l’une des chamanes les plus célèbres et reconnues, capable de réunir des milliers de personnes à l’occasion d’une cérémonie, ce qui témoigne de la persistance des traditions spirituelles ancestrales dans un pays en mutation fulgurante vers la modernité. Accidentée, elle a quand même décidé de monter sur scène pour diriger en fauteuil roulant le rituel qu’elle a minutieusement préparé depuis plusieurs mois et auquel elle demeure très attachée.

Ce fut un grand spectacle, singulier et inclassable, haut en couleurs, incroyablement beau et étonnant, une grande fête, qui rassemble et galvanise, tel un véritable antidote à la morosité ambiante. Riche en musique (un tintamarre percussif avec des clochettes, des tambours et des cymbales), en chants, en danses et en pantomimes, la performance ravit les yeux et les oreilles. Tout est mené de main de maître par les célébrantes magnifiquement parées d’étoffes soyeuses et colorées.

Les chamanes viennent du fond de la salle en procession puis franchissent un portique de branches de pin. Elles purifient les lieux, chassent les mauvais Esprits, invoquent les aïeux et les forces protectrices, naturelles et surnaturelles. L’une embroche sur un trident un cochon qu’elle offre aux divinités, l’autre se perche sur un haut praticable et danse pieds nus sur des lames coupantes en bénissant l’assistance.

On pourra toujours sourire ou s’agacer de voir l’exaltation d’un public profane qui, à la fois grégaire et amusé, monte sur scène pour déposer des vœux aux Esprits sous des lampions chamarrés, se bouscule dans les allées pour récupérer un grigri spirituel et des fruits bénis ou pour mettre des billets de banque dans le tablier de la chamane qui lui garantit bonheur et prospérité. Mais on ne peut être totalement extérieur à la ferveur et la joie qui emplissent et emportent formidablement la salle. Quelle ambiance, quel chaleureux partage comme l’atteste le final où certains spectateurs endossent une tunique et dansent devant la scène pour fêter la réussite du gut et partager les offrandes. 

Cette semaine, on a pu découvrir un autre rituel, le Pansori, donné dans le bel écrin des Bouffes du nord, puis assister au triptyque de la chorégraphe sud-coréenne Eun-Me Ahn qui en trois pièces réunit sur scène des grands-mères, des adolescents et des quadragénaires. Ces trois âges de la vie représenteront en chantant et dansant les différents modes de vie en Corée.

Photo © DR

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Christophe Candoni
Christophe est né le 10 mai 1986. Lors de ses études de lettres modernes pendant cinq ans à l’Université d’Amiens, il a validé deux mémoires sur le théâtre de Bernard-Marie Koltès et de Paul Claudel. Actuellement, Christophe Candoni s'apprête à présenter un nouveau master dans les études théâtrales à la Sorbonne Nouvelle (Paris III). Spectateur enthousiaste, curieux et critique, il s’intéresse particulièrement à la mise en scène contemporaine européenne (Warlikowski, Ostermeier…), au théâtre classique et contemporain, au jeu de l’acteur. Il a fait de la musique (pratique le violon) et du théâtre amateur. Ses goûts le portent vers la littérature, l’opéra, et l’Italie.

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