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« Femme capital » : Le diable sur la scène du Nouveau Théâtre de Montreuil

« Femme capital » : Le diable sur la scène du Nouveau Théâtre de Montreuil

07 décembre 2021 | PAR quentin didier

Mathieu Bauer et Sylvain Cartigny mettent en scène et en musique un texte de Stéphane Legrand sur la sulfureuse philosophe américaine Ayn Rand, Femme capital. Le Nouveau Théâtre de Montreuil accueille pour quatre représentations la personnification même de l’ultralibéralisme, diabolique maîtresse d’un orchestre qui retrace l’histoire de l’Amérique du 20ème siècle.

Une philosophie provocante

Dans une petite cage en verre, la comédienne Emma Liégeois apparaît sous les traits d’Ayn Rand, philosophe américaine qui a fui sa Russie natale alors sous le joug des bolcheviques. Elle ne quittera pas ces quatre murs de tout le spectacle. Mais personne ne s’y méprend, Ayn Rand n’est pas emprisonnée ou soumise d’une quelconque manière, c’est elle qui assoie son pouvoir sur tout le monde. Ses écrits et ses essais philosophiques gangrènent en effet les pensées libérales et capitalistes de l’Amérique du 20ème siècle. Elle prône l’égoïsme comme l’une des vertus les plus importantes pour l’homme, animal qui se doit d’être guidé uniquement par la raison et non pas par de quelconques sentiments ou formes d’altruisme.

Le procès du diable

Ayn Rand est ici entourée d’un orchestre qui souligne tout son discours en reprenant de grands standards américains. Enfermée dans cette cage en verre à la manière d’Hannibal Lecter, la sulfureuse philosophe jubile, s’exclame, et prône ses théories libertariennes avec une prestance quasi-maléfique – on ne peut par ailleurs que saluer l’excellente performance de la comédienne Emma Liégeois. Dans ce qui s’apparente à un procès, elle reste maîtresse de sa propre condition, de sa liberté la plus totale et chère à ses yeux.

C’est de cette manière qu’elle voit sa place dans une société qu’elle méprise profondément, mettant l’égoïsme sur un piédestal jusqu’à son dernier souffle. Loin d’être à son service, elle incarnait elle-même le libéralisme le plus extrême. Sa bible libertarienne traverse l’Amérique de toute part et devient le second livre le plus influent aux États-Unis, devancée seulement par le fameux texte sacré du christianisme. Son « Atlas Shrugged » conquiert ou empoisonne (c’est selon chacun) les pensées philosophiques du 20ème siècle avec un flegme dont se délecte ici Ayn Rand. Car elle le sait, son venin a été et continuera d’être disséminé dans les esprits.

Femme capitale présente sans détours Ayn Rand comme une figure diabolique dont l’influence est à peine quantifiable. Mathieu Bauer et Sylvain Cartigny signent une mise en scène remarquable qui nous plonge dans un tête à tête intime avec un monstre à l’aura séduisante. La philosophe américaine revêt dans cette pièce l’allure du diable avec une dimension aussi tentatrice que malsaine. Ayn Rand choque, provoque, ou subjugue, mais capte quoi qu’il arrive l’attention de tous.

A retrouver jeudi 9 et vendredi 10 décembre à 20h au Nouveau Théâtre de Montreuil.

Visuel : ©Jean-Louis Fernandez

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quentin didier

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