Danse
Zéphyr de Mourad Merzouki à La Villette

Zéphyr de Mourad Merzouki à La Villette

24 décembre 2021 | PAR Nicolas Villodre

Nous avons découvert la dernière pièce de Mourad Merzouki, très justement intitulée Zéphyr, salle Charlie Parker, à La Villette, la veille de Noël.

Danse du ventilateur

Une batterie de ventilateurs perforant les trois murs du théâtre à l’italienne fait office scénographique, atmosphérique et dramaturgique dans la dernière création de la compagnie Käfig. Leurs pales rythment l’écoulement, indiquent le tempo, rafraîchissent les dix danseurs qui se dépensent sans compter, diffusent sur scène et au-delà fumigènes à gogo et confettis en veux-tu en voilà. Les ventilateurs ne sont pas simplement fonctionnels. Ils présentent en premier lieu des qualités plastiques, optiques et cinétiques, comme les arts des mêmes noms. Ce dispositif scénographique où se déroule l’action a été conçu par Benjamin Lebreton .

Pour ce qui est de la danse, on garde en mémoire la pièce de Phia Ménard, Vortex (2011), dont une bonne trentaine de ventilateurs cernaient totalement l’interprète, animant objets et matières et contribuant à la métamorphose corporelle finale. Zéphyr a une connotation de vent d’ouest océanique et se réfère clairement au Vendée Globe, la fameuse course en solitaire pour laquelle Merzouki l’a imaginée. Aux effets tempétueux, aux projections de paperolles, aux aspersions brumeuses qui résultent du système de soufflerie s’ajoutent des jeux de voiles qui concluent la chorégraphie : une gigantesque danse serpentine rappelant les flots déchaînés du Casanova (1976) de Fellini; la longue robe de la danseuse orientale qui fait songer à celle d’Azzedine Alaïa portée par Farida Khelfa dans un clip de 1984 signé Jean-Paul Goude; l’étendard levé par un danseur mimant les alfieris du Palio soulignant les variations de ses partenaires. La lumière de Yoann Tivoli, dans ce passage, est très subtilement dosée.

Tous voiles dehors

Le zéphyr a servi de métaphore de la révolution aux poètes romantiques anglais et allemands et l’on trouve trace de ce romantisme dans la composition musicale d’Armand Amar. Malgré les pieds nus ou protégés par des chaussettes des interprètes qui la rapprochent a priori du contemporain, malgré leurs prouesses acrobatiques propres au hip hop, la danse nous a paru proche du néoclassique. L’époustouflant duo introductif de Zéphyr est remarquable en ce qu’il voile littéralement les difficultés techniques, lissant et liant les gestes, les enchaînant harmonieusement. Le zéphyr a inspiré chorégraphe et danseurs qui semblent se soustraire à la gravité.

Les danseurs et danseuses (les quotas n’étant pas véritablement respectés!) méritent tous d’être cités, qui semblent vivre le rêve d’Icare : Soirmi Amada, Ethan Cazaux, Ludovic Collura, Ana Teresa de Jesus Carvalho Pereira, Nicolas Grosclaude, Simona Machovicová, Camilla Melani, Mourad Messaoud, Tibault Miglietti, Adrien Tan. Aux trois finales à base de voiles qui se succèdent – quitte à se neutraliser – a été offert en bonus, le soir où nous étions, répondant aux rappels enthousiastes d’une salle de tous âges, un ballet vivifiant sur un air allègre chanté en un dialecte de l’Italie du sud. 

Visuel : Zéphyr, Compagnie Käfig, ph. : Laurent Philippe.

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