Danse
Without References ou la salle des pas perdus selon Cindy Van Acker

Without References ou la salle des pas perdus selon Cindy Van Acker

21 juin 2021 | PAR Nicolas Villodre

Dans le cadre des Rencontres chorégraphiques, la MC 93 a présenté – à moins que ce ne soit l’inverse – la nouvelle création (pléonasme?) de Cindy Van Acker, énigmatiquement intitulée en espéranto Without References.

Art déco

Le hasard objectif a voulu que cette pièce soit donnée salle Oleg Efremov, autrement dit, soit connotée « Théâtre d’art » moscovite, institution illustre que dirigea en son temps Stanislavski, lequel fit bon accueil à Isadora Duncan mais aussi à Gordon Craig, le grand novateur en matière de scénographie et théoricien de la surmarionnette. Il nous apparaît d’emblée que Without References, qu’on le veuille ou non, porte la marque des deux disciplines distinctes que Craig tenta de fusionner : le jeu du comédien (la mise en scène proprement dite) et la déco, qui l’accueille, le soutient, le détermine. Celle-ci, signée Castellucci, est en l’occurrence monumentale, haute de plafond, cistercienne, inspirée par les salles d’attente d’aéroports, les halls de gares comme celle de Rome, intiée par Angiolo Mazzoni, les espaces de bureau répliqués à l’identique par Tati dans Playtime (1967).

Les Ateliers de la Comédie de Genève se sont chargés, dans tous les sens du terme, de la construction et du transport, en fourgonnettes Smart ou en camions Saurer, des trois murs perpétuant l’illusion théâtrale, à base d’une soixantaine de panneaux en bois vernis terre de sienne, soigneusement joints, couronnés d’une baie vitrée semi-translucide. Les costumes de Marie Artamonoff sont sobres et élégants, sans tape à l’œil aucun, avec ce qu’il convient de contemporanéité – unisexualité, matières et teintures naturelles, facilitant le déplacement. La lumière, dosée par Victor Roy et Cindy Van Acker herself, rythme l’écoulement, sépare les tableaux, suggère diverses atmosphères, transforme les onze interprètes en ombres.

Lecture dansée

Ceux-ci sont remarquables, méritent tous d’être cités, qui étaient le dernier jour des représentations de Bobigny : Maud Blandel, Matthieu Chayrigues, Louis Clément Da Costa, Aurélien Dougé, Sonia Garcia, Paul Girard, Yuta Ishikawa, Maya Masse, Anna Massoni, Philippe Renard et Lisa Laurent. Qu’ils soient danseurs ou pas n’a pas grande importance. Il semble que chaque artiste ait recherché et trouvé son personnage, son look, son style. Rien n’est indiqué de sa fonction sociale, voire de ce qui le meut ou pourrait l’atteindre. La neutralité psychologique est de mise. Quoique le show soit proche du défilé de mode, ni arrogance, ni indifférence ne sont affichées ou simulées. Ce en quoi on peut dire que le travail est purement chorégraphique.

Si besoin était, des duos à l’unisson et de magnifiques mouvements en solitaire exécutés par la gracieuse Anna Massoni prouvent qu’on est resté dans ce champ. Les oreillettes et les fils de capteurs HF dont sont équipés les interprètes signalent qu’aucun de leurs faits et gestes n’est improvisé – tout est sous contrôle dans la régie finale où se trouve, il est des chances, le souffleur, le donneur d’ordres, le ou la marionnettiste. La séquence la plus réussie selon nous est celle non d’une conférence dansée mais d’une lecture dansée (le mot « lecture » étant ambigu en anglais) par l’ensemble de la troupe. Une forme de théâtre du silence – eussent dit Brigitte Lefèvre ou le regretté Jacques Garnier.  Mais aussi, la B.O. électro-acoustique du talentueux groupe Goat aidant, qui va des percussions de taiko à la démo de glockenspiel, un vrai théâtre musical.

Visuel : photo de Magali Dougados

 

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