Danse

We love Hillel Kogan !

We love Hillel Kogan !

18 septembre 2017 | PAR Marianne Fougere

Drôle et vibrant, le spectacle d’Hillel Kogan, We love Arabs, est à (re)voir au Théâtre du Rond-Point jusqu’au 8 octobre.

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Le théâtre, c’est bien connu, est un art politique. Mais la danse? Peut-elle prétendre à pareil statut? Peut-elle s’emparer d’un sujet aussi tabou et polémique – en France notamment – que les relations entre Israël et la Palestine? La danse peut-elle et même doit-elle porter un message ? Si oui, quelle est la singularité de son pouvoir de politisation? Si oui, quel langage ce message doit-il emprunter?

La danse est d’abord corps et gestes. Mais danser, c’est aussi faire l’expérience au travers de son corps et de ses gestes de l’espace. Chercher l’espace, écraser le sol, prendre appui sur lui et parfois ressentir que le lieu s’y oppose, que l’espace « résiste ». Et c’est précisément cette résistance qui va servir à Hillel Kogan de point de départ à sa confé-danse. A l’instar d’un mur, l’espace qui résiste marque le territoire de l’autre qui du point de vue d’un Juif de gauche est nécessairement Arabe. La métaphore spatiale – du mur – devient ainsi le pré-texte à une réflexion plus générale sur l’identité et la possibilité de la coexistence quand Kogan convoque Adi Boutros sur la scène.

Véritable work-in-progress puisqu’on assiste aux premières répétitions et improvisations d’une pièce à venir qui durera 3 jours – la coexistence demande du temps, précise Kogan ! –  We love Arabs relève moins de l’acte chorégraphique que du combat : combat entre les partenaires, combat de Kogan contre ses propres préjugés, combat de l’oppressé contre la condescendance de l’oppresseur le mieux intentionné. La danse est bien présente mais à l’arrière-plan. Elle ne révèle pas ce que sont les danseurs – là un Juif, là un Arabe, mais qui ils sont : leur identité apparaît au travers de leurs gestes – fluides pour Hillel Kogan, toniques et agiles chez Adi Boutros  – ou de leur simple présence. Et les spectateurs de venir témoigner de la réalité de cette improbable coexistence des différences et des ressemblances en riant et en … prenant leur part de houmous !

Et c’est peut-être ici que réside la singularité politique de la danse. Le texte se fait littéralement métaphore: il convoie autrement les prouesses chorégraphiques et, ce faisant, déplace les murs entre les religions et les communautés. Et si nous aimons Hillel Kogan c’est parce que nous partageons son goût du houmous et des mots bien placés, aussi affûtés que des pointes de pieds, aussi tordants que des mouvements de contorsions !

VIsuel: © Gadi Dagon

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Marianne Fougere

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