Danse
Vaison Danses : La Pastorale tout en contrastes de Thierry Malandain

Vaison Danses : La Pastorale tout en contrastes de Thierry Malandain

11 août 2022 | PAR Odile Cougoule

Depuis 1996 chaque année au mois de juillet, à quelques kilomètres du mont Ventoux dans le Vaucluse, Vaison-la-Romaine accueille dans son théâtre antique les grands noms de la danse lors de Vaison Danses, festival international de danse.

À Vaison-la-Romaine la danse a trouvé sa place

Le festival de Vaison, comme on le nomme souvent, est né d’une initiative venant du terrain. Sa gestion en a été reprise par la municipalité en 2018 pour devenir l’un des pôles culturels majeurs de la ville et de la région. Pour sa réalisation, aucun bénévole, l’ensemble du personnel essentiellement saisonnier est salarié par la municipalité et se sent engagé dans la réussite de ce projet d’envergure qui fait vivre la ville à l’heure de la danse.
Le théâtre antique, datant du 1er siècle de notre ère, dispose de 2800 places et c’est plein chaque soir, à part peut être pour les chorégraphes habitués du lieu car le public est difficile. Local et estival, il a ainsi pu découvrir ou retrouver des artistes de renommées internationales tels Maurice Béjart, Sylvie Guillem en duo avec Akram khan, Emmanuel Gat, William Forsythe, Merce Cunningham, Benjamin Millepieds, des habitués comme José Montalvo ou Thierry Malandain et bien d’autres encore. La beauté du lieu s’accorde bien avec les grandes formes universelles que ces chorégraphes savent proposer mais Pierre François Heuclin, directeur artistique actuel du festival ne souhaite pas se limiter à la programmation. Afin d’accompagner aux mieux les passionnés de danse, il propose une diversité d’actions autour de chaque spectacle qui permet de mettre en relation le public, les œuvres et les artistes. La venue du Malandain Ballet de Biarritz le 26 juillet a été l’occasion pour les danseurs amateurs de participer à un cours donné par un danseur de la compagnie et d’assister à l’entraînement quotidien des danseurs, en 2019 un scène ouverte avait été organisé avec Sobanova et en 2021 une mega – giga – barre la première à Vaison avait séduit les participants. Faire venir les jeunes reste un challenge pour tout festival de danse.

« La pastorale », de Thierry Malandain un ballet qui rêve d’un monde meilleur.

Sur la scène une structure métallique d’environ 1m20 de haut en forme de quadrillage qui à la fois crée des cases et enserre les danseurs. Un danseur est allongé au sol alors que deux autres sur la structure semblent veiller sur lui. Dans ce premier tableau tout n’est qu’enfermement, grisaille et questionnement et l’on sent que la période sanitaire traversée a teinté la danse de son malheur. Créé sur la 6ème Symphonie de Ludwig van Beethoven auxquels se joignent des motifs des Ruines d’Athènes et la Cantate op 112, « La pastorale » est une réflexion sur l’existence, parsemée de doutes et d’espoirs. On entre en résonance avec ce danseur, seul, visiblement troublé et les notions de beau, de bien, de mal, de vie rêvée nous envahissent. Ce personnage ne nous quittera pas marquant là l’inexorable insistance du temps qui passe et la difficulté d’être.

Une écriture tout en contrastes

Thierry Malandain a conçu son ballet en 3 parties : la dureté du monde d’aujourd’hui, l’antiquité et sa légèreté, la marche sombre vers la mort. La musique guide cette grande traversée du temps et donne une lisibilité au propos. La deuxième partie entièrement écrite en référence à l’antiquité hellénique semble nous sourire avec ces rondes, ses danseurs en tuniques blanches et ses références aux dessins de poteries ; on croit même voir les nymphes et leur faune. Un élan anime les corps et un souffle vital envahit le plateau. Duo, solo et moments d’unisson déroulent un bien être qui contraste avec la désespérance de l’homme seul. La troisième partie, lorsque la mort rôde, est plus ténébreuse. En costume chair, chaque danseur prend sa part de responsabilité face à ce drame annoncé. Que quitte – t- on que cherche- t- on ? Une délivrance semblent répondre les corps.
Ce ballet, extrêmement bien dansé, met en jeu tout le savoir faire de la danse classique dans un style actuel que Malandain maîtrise parfaitement. La construction de l’ensemble est simple et efficace mais on regrette parfois la redondance de mouvements et les ensembles déjà vus. Le principe de la relation entre motif chorégraphique et motif musical sert le travail de groupe dans des constructions de tableaux séduisants.

« La pastorale » création de 2019, reprise dans le théâtre antique de Vaison -la-Romaine pour Vaison Danses 2022 a su trouver un public réceptif que l’on sentait connaisseur.

Visuel : Olivier Houeix

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