Danse

Une Biennale haute en couleurs à Lyon

22 septembre 2010 | PAR Alienor de Foucaud

Jusqu’au 3 octobre, la dernière édition de Guy Darmet intitulée « Encore ! » est présentée à Lyon, avec au programme, de la danse, toujours et encore. 17 créations, 57 pièces chorégraphiques et 40 compagnies invitées, la Biennale 2010 s’est révélée très prometteuse.

Pédagogique à ses débuts, puis géopolitique, la Biennale est devenue à la fois une fête populaire et un rendez-vous incontournable des professionnels de la danse. Un lieu de rencontre, exemplaire de diversité et d’inventivité. Directeur artistique de l’évènement depuis 1984, Guy Darmet lance l’ultime cuvée sous sa direction : « Aux côtés de la Maison de la Danse, cette manifestation ouverte sur le monde a contribué à faire de l’agglomération lyonnaise un site emblématique de la danse, beaucoup de commentateurs parlant même de « capitale mondiale ». Au fil de ces années je n’ai eu qu’un but, faire aimer la danse au plus grand nombre. Toute la danse, dans sa pluralité de formes et de techniques. »

Une édition sans thème, « un oiseau libre » mais avec un titre explicite : « Encore ! ». Dans son sens français teinté de désir et de gourmandise et dans son sens anglo-saxon le « bis », le rappel offert aux spectateurs comme un présent d’au revoir. Difficile de rendre compte de cette programmation foisonnante qui fait la part belle à la création mais se voulant aussi un clin d’œil à ses quatorze années d’existence et un condensé de ses principes fondateurs : la solidarité et le dialogue entre les cultures et les genres, mais surtout entre les êtres.

Une édition exceptionnelle qui choisit de placer le focus sur des artistes emblématiques non seulement d’une esthétique, mais aussi et surtout d’une démarche, de l’Histoire, ou d’une perception de la société. En somme, des artistes significatifs de l’effervescence et de la diversité de cet art chorégraphique, porteurs d’échanges et de perspectives géopolitiques, engagés dans leur désir d’interroger leur société. La Biennale de Lyon, c’est avant tout un festival de danse, sans barrière ni frontière.

Enfin, une édition qui rend un hommage certain à la grande dame de Wuppertal, en présentant l’un de ses chefs-d’œuvre artistiques et chorégraphiques, Nelken. Cette pièce infiniment triste et belle de 1982 clôt une série d’œuvres chocs de Pina Bausch. Nul n’a oublié les treize mille œillets plantés sur la scène, ni les bergers allemands aboyant en bordure de plateau, comme un dérangeant rappel de la barbarie nazie. Ni l’accordéon chagrin d’Anne Martin traversant le champ d’œillets en culotte Petit-Bateau. Ni les célébrissimes entrechats six de Dominique Mercy, ses « Qu’est-ce que vous voulez ? » rageurs, ses tours, ses manèges, ses grands jetés, son lamentable grand tutu blanc. Pauvre petit fantôme blafard esquissant pour finir, derrière la ligne des danseurs, un port de bras incertain, répété à l’infini. Chaque danseur n’est alors rien d’autre sur scène que lui-même, et nous, avec lui.

La Biennale de Lyon, c’est un rendez-vous créatif et une fête ouverte à tous, tournée vers le rêve d’une société plus solidaire, l’invention de nouvelles utopies. Témoignage de la passion et de la volonté farouche qui ont animé son directeur artistique et, qui l’animeront longtemps encore.

Biennale de la danse de Lyon, jusqu’au 3 octobre : www.biennaledeladanse.com
En collaboration avec La Maison de la Danse : www.maisondeladanse.com

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