Danse
Top de Régine Chopinot

Top de Régine Chopinot

23 septembre 2021 | PAR Nicolas Villodre

Pour inaugurer sa saison, la MC 93 a invité Régine Chopinot à y donner sa dernière création, au titre on ne peut plus facile à retenir : Top. Sept samouraïs de la danse soutenus par un batteur ce qu’il faut d’énergique et un guitariste plus retenu s’en sont donné à cœur joie et nous en ont mis plein les mirettes.

La danse, simplement

Ici, on va à l’essentiel : au mouvement, au geste, à ce que Régine Chopinot appelle « l’action », prémisse de l’analyse. Par conséquent, pas d’autre performance que physique. Aucun speech préalable, aucun discours durant, aucun commentaire, après. Peu de frais en décors. Tout juste a-t-on repeint pour l’occasion le mur de la sortie de secours du même rouge flamboyant que celui de la photo de João Garcia illustrant le programme de l’établissement – le n° 12 des Carnets, p. 6. Les costumes d’Hortense de Boursetty n’ont rien d’extravagant comme purent l’être ceux de Gaultier; ils sont élégants; ils relèvent du casual, du fonctionnel et de l’art de la rue. Les lumières de Sallahdyn Khatir exploitent le noir et blanc, le clair-obscur et, à travers les cintres, dessinent au sol des bandes, des rais, des stries.

La danse, c’est d’abord une marche. Hésitante, imperceptible ou quasiment, amorcée à l’arrière-fond de la salle Christian Bourgois, des coulisses entrebâillées, changée en déambulation au lever du jour ou du rideau, la flânerie étant assez vite mise au pas, qui n’est pas d’oie, pas militaire du tout, l’unisson étant toujours réfuté par les variations de chaque danseur, leurs différences de style et de gabarit. Ces interprètes sur qui tout repose méritent d’être mentionnés : Nicolas Barillot, Tristan Bénon, Mellina Boubetra, Prunelle Bry, Bekaye Diaby, Naoko Ishiwada, Sallahdyn Khatir, Vincent Kreyder, Nico Morcillo, Deyvron Noel, Julien Roblès – l’équipe-réserve étant formée de Curro Escalante Vargas, Grégory Granados, Ixepë Sihaze. 

Chopinot à plein régime

Le batteur Vincent Kreyder et, le cas échéant, le guitariste Nico Morcillo fixent non seulement le tempo mais découpent le temps imparti (une heure environ) en plusieurs mouvements musicaux. Leurs compositions appartiennent au domaine de la musique de danse. Qu’on le veuille ou non, elles sont plus destinées à la danse qu’à l’écoute, passent du blues (cf. l’introduction à la batterie à la manière d’un morceau d’Isaac Hayes) à la country (cf. les réverbérations de guitare électrique façon Ry Cooder) et de la country au hard rock (dans le déchaînement final). La chorégraphie se charge d’animer les espaces-temps sous forme de tableaux. La structure de la pièce paraît limpide, qui alterne systématiquement temps forts et plus faibles, mais aussi, ambiances lumineuses et sonores nettement distinctes. Lorsque l’attention du public menace de flancher, la chorégraphe insère une série d’allers-retours dans toute la largeur du plateau, en marche avant ou en arrière, ou bien une course endiablée qui franchit les limites et se poursuit en zone rouge.

Le vocabulaire est celui que Chopinot a mis au point, développé, précisé depuis longtemps maintenant. Il est constitué de mouvements élémentaires, n’ayant à première vue rien de particulièrement virtuose qui, enchaînés à grande vitesse, produisent leur effet ou, ralentis à l’extrême, prennent des accents lyriques. Beaucoup de petits gestes dont nous ne savons pas exactement le sens ou la raison émaillent les cavalcades qui évoquent les fantasias. Le bon goût se traduit aussi par le sens de l’asymétrie, du déséquilibre assumé, du contretemps. Nous est ainsi démontré que tout geste, par la chorégraphie, peut être magnifié, sublimé, stylisé. La chorégraphie est aussi un acte de mémoire. En se « relisant », en se « recyclant », Chopinot se redécouvre autre. Elle se dit heureuse de voir la permanence de son travail.

Visuel : Top ©João Garcia

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Nicolas Villodre

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