Danse

« Soufflette », les transmissions baroques de François Chaignaud aux Rencontres Chorégraphiques

« Soufflette », les transmissions baroques de François Chaignaud aux Rencontres Chorégraphiques

13 juin 2019 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Aux Rencontres Chorégraphiques Internationales de Seine-Saint-Denis, accueillies par la MC93, François Chaignaud se déploie en un immense chorégraphe en dirigeant Carte Blanche, une compagnie nationale norvégienne. 

Au commencement, il y a des boîtes qui ressemblent à des maisons de poupées dont vont s’extraire des personnages englués dans des grosses écharpes, comme des chenilles. La danse est millénaire. Les pas sont ceux des hommes préhistoriques, ils tapent forts et sont le rythme. Le corps est le rythme sans autre outil. 

Telle une communauté ancienne, ils forment des groupes, des couples, se croisent, se lèvent parfois (mais la tête en bas et les pieds en haut). La sensation est troublante de voir cette organisation communautaire, où les genres sont totalement mêlés, se créer devant nous. Les déplacement se font comme des rondes aux dos courbes et aux jambes lourdes qui viennent sur demi-pointes alléger un peu le fardeau de cette étrange arrivée au monde.

On a la sensation de voir tous les axes de Chaignaud rassemblés ici. Ses passions pour les matières (Sylphides), le chant (Romances Inciertos) ou Les danses libres inspirées d’Isadora Duncan se retrouvent ici avalées dans un geste dément. Le titre du spectacle vient de l’argot. Une « soufflette», c’est le fait de « souffler » de la fumée dans la bouche de l’autre, cela veut dire le transformer, le mettre dans un autre état.  De la chenille au papillon, Chaignaud dirige d’une main de maître Caroline Eckly, Noam Eidelman Shatil, Olha Stetsyuk, Irene Vesterhus Theisen, Anne Lise Rønne, Chihiro Araki, Ole Martin Meland, Mathias Stoltenberg, Timothy Bartlett, Daniel Mariblanca, Dawid Lorenc, Adrian Bartczak, Harald Beharie et Aslak Aune Nygård qui pendant plusieurs mois ont dû apprendre à devenir chanteurs. 

Car dans ce passage d’humanité où la lumière baroque vient faire pousser les fleurs de ce jardin rempli, la voix est un mouvement. L’idée belle est de prendre des tubes, des airs communs à tous,  et de les chanter comme des chants médiévaux. « Killing me Softly » et « Is this Love » deviennent des hymnes, des déclarations pour une autre cité. Un monde décloisonné où les relations peuvent exister dans la sensualité d’une rencontre.

Il impose un tableau en perpétuel mouvement, qui emprunte sans plagiat à Rizzo ou à Fabre mais aussi à toute la peinture baroque. Au cœur de la transformation, ses personnages prennent de la hauteur, les plateform shoes se reflètent sur le tapis presque miroir,  donnant l’illusion des multiples. Les hanches se déplacent et les côtes se désaxent dans des beautés inattendues.

En entrechoquant le moyen-âge et les questions du XXIe siècle, Chaignaud entre encore un peu plus dans la modernité et va au delà de tout ce qu’il a déjà montré. Il prouve ici qu’il est un chorégraphe génial, à la direction parfaite et aux idées plus fines et plus belles les unes que les autres. Il y a la sensation d’une rupture, d’un grand pas dans l’art chorégraphique. Un vent de génie souffle sur la danse, et c’est merveilleux.

A voir ce soir à la Mc93 ( il reste de la place). Infos et réservations ici

Visuel : ©Helge Hansen

 

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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