Danse

« Sin baile non hay paraíso », l’histoire de la danse portée par Pere Faura

« Sin baile non hay paraíso », l’histoire de la danse portée par Pere Faura

25 mai 2014 | PAR Amelie Blaustein Niddam

Première tout court, et ça se passait hier soir à Valence dans le cadre de l’excellente édition du festival Ambivalence(s). Deux petits soirs et c’était déjà fini, alors il faut espérer très fort que les programmateurs auront comme nous, vu du génie dans ce spectacle. Voilà que l’on s’égare déjà car il faut dire que ce danseur désormais, également, chorégraphe nous entraîne sur des chemins de traverse étonnants. Sin baile non hay paraíso, traduisez : Pas de danse, pas de Paradis, en dit long sur la passion qu’entretient ce garçon avec cette discipline.

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Il est sur scène tandis que le public entre. Classique direz vous. Ce qui l’est moins c’est que en un mouvement de bras, en un pas, le geste clé d’une chorégraphie la rend reconnaissable. Quand nous entrons, le danseur est happé par son bras dans une phrase typique de Fase par Anne Teresa de Keersmaeker. L’idée géniale de ce spectacle est de mettre à même niveau quatre soli qui ont joué à la fois dans l’histoire de la danse contemporaine mais qui ont surtout constitué le danseur qu’est devenu Pere Faura.

Décidément, la question de l’archivage ne quitte pas l’obsession des chorégraphes. Citons rapidement car là n’est pas le sujet, Dominique Brun réactivant le Sacre du Printemps, Adam Linder pour Parades de Cocteau, Jérôme Bel et sa Cour d’Honneur avec un incroyable replay spectaculaire… Ici, c’est encore une autre vision de l’archive qui est donnée. Pere Faura porte au premier sens du terme l’histoire de la danse sur lui. Une couche de Cygne est recouverte par la robe de Fase, ensuite, le pantalon patte d’eph de Travolta dans Saturday Night Fever se resserre pour revêtir la droiture propre à Gene Kelly chantant sous la pluie.

Faura découpe, recompose, reproduit en élève appliqué avant de faire sien tout ces pas fondamentaux.

Le spectacle se fait émouvant, drôle aussi, empli, forcement, de mouvement, mais aussi des mots qui viennent donner les définitions les plus foutraques de la danse. Faura convoque Dalida et Léonard Cohen dans son panthéon, et rien que pour cela, on en est groupies. Mais voilà que le monsieur danse, dans un mix témoin d’une intelligence et d’une réflexion juste sur l’acte de danser. Sin baile no hay paradisio n’est pas une leçon de danse ni un hommage mais un éclairage différent sur les influences, conscientes ou non, qui nous font bouger de telle ou telle façon. Oui, le doigt qui se lève sur la musique disco est un geste charrié par des générations. Le spectacle est très ancré dans les doubles notions de mémoire collective chère à Jung et de lieux de mémoire propre à Pierre Nora.

En attendant l’arrivée de Sin Baile à Paris, sachez que Faura danse lundi et mardi au Colombier (Bagnolet) dans le cadre des Rencontres Chorégraphiques de Seine Saint Denis. Il présente Diari d’accions (2011)

Visuel : ©Tatiana Halbach

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Amelie Blaustein Niddam
C'est après avoir étudié le management interculturel à Sciences-Po Aix-en-Provence, et obtenu le titre de Docteur en Histoire, qu'Amélie s'est engagée au service du spectacle vivant contemporain d'abord comme chargée de diffusion puis aujourd'hui comme journaliste ( carte de presse 116715) et rédactrice en chef adjointe auprès de Toute La Culture. Son terrain de jeu est centré sur le théâtre, la danse et la performance. [email protected]

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